Agroecologia

Tamisage du compost
Tamisage du compost

Notre séjour à Rio Pomba1)où, pour rappel, nous sommes wwoofers, chez Eric et Marc-Antoine, se termine tranquillement. Côté jardinage, c’est beaucoup moins impressionnant que la première semaine. On finit d’entourer les parcelles du potager avec des bambous, on nettoie une partie du verger et on remet à zéro le tas de compost. Cette dernière opération est prise ici très au sérieux. Eric prend le temps de déplacer toutes les plantes qui ont commencé à pousser (sans autorisation, hein !) dans le tas de compost. Si les plants sont intéressants (on trouve par exemple un très beau plant de tomates), il les replante ailleurs. Ensuite, on tamise le terreau obtenu. On obtient ainsi une terre hyper-fertile très fine et on remet au compost tout ce qui pourrait être mieux décomposé. On mélange ces résidus avec le tas de compost courant (contenant déjà pas mal d’épluchures et de déchets organiques divers) et on recouvre le tout avec de la paille.

L'arrosage fait désormais partie de nos tâches quotidiennes.
L’arrosage fait désormais partie de nos tâches quotidiennes.

Parmi les plants «clandestins» du tas de compost, il y a sept pieds de maracujá2)mais si, vous connaissez cette plante ! Simplement, ses fruits portent un nom très différent en France…. On aide donc Eric à préparer sept trous près des bordures du potager. Accidentellement, Eric dérange un cobra dans sa sieste. Bon, il ne fait qu’une vingtaine de centimètres de long, mais ça n’empêche que ça fait tout drôle ! J’ai le privilège de faire sortir le cobra du potager (à bout de bras, dans une longue pelle…). Au final, on aura tout de même fini par replanter ces pieds de maracujá, ce qui nous laisse tout chose, vu la quantité de jus de maracujá que nous avons bue depuis notre entrée au Brésil.

2014-09-22_15-45-43Tiago, un ami de la maison, nous ayant donné une grosse quantité de films, nous prenons le temps d’en regarder quelques uns. Ici, les gens connaissent quelques films français assez surprenants. Par exemple, on nous a plusieurs fois parlé de «la Belle Verte» (scénario de Coline Serreau). Je ne connaissait même pas le titre de ce film3)il faut dire que j’ai tendance à détester le cinéma français. Au final, on l’apprécie d’autant mieux que les gens de «la Belle Verte» ressemblent décidément beaucoup au gens qu’on côtoie ici ! Le deuxième film que nous regardons est un documentaire sur la permaculture. Bigre ! Tout à coup, on comprend beaucoup de choses sur la façon dont nos hôtes conçoivent leur cadre de vie. Il serait trop long de développer ici, mais je vous encourage vivement à aller jeter un petit coup d’œil sur l’article wikipédia (surtout si vous avez un peu de terrain pour cultiver). En gros, il s’agit de concevoir un mode de vie et de production agricole ayant un impact positif sur l’environnement. Ici, on en est encore loin, mais on s’en approche. L’organisation de l’espace, la polyculture et l’absence de pesticides ou engrais sont autant de signes qui montrent qu’ici on ne marche pas sur la tête.

Feira du samedi matin à Rio Pomba
Feira du samedi matin à Rio Pomba

Petit à petit, on a été amenés à visiter un peu tous les potagers des environs. Les étudiants de la filière agro-écologie de l’université de Rio Pomba s’entraident à tous les niveaux : culture et agriculture. On les voit souvent ensemble travailler sur leur prochain partiel (qu’ils appellent plus simplement «prova»), cuisiner ensemble, s’échanger des graines, etc. Ils se sont même montés en association pour vendre des produits de leurs jardins, des cadeaux, du beurre, etc. De temps en temps, le samedi matin, ils vont à la ville, tenir un stand sur le marché des producteurs familiaux, sous le nom de «as mãos na horta»4)les mains dans le potager. Mais ça semble bien peu par rapport à leurs besoins d’étudiants. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des rêves plein la tête. Un jour, un ami de la maison, Felipe, m’explique qu’il ne croit pas à la politique ni au grand soir et qu’il veut une vie meilleure maintenant tout de suite et ici. Il m’explique qu’il existe ici un potentiel pour monter un éco-village dans le coin avec les étudiants de la filière agro-écologie.

Maison en terre de l'éco-village
Maison en terre de l’éco-village

C’est d’ailleurs avec Felipe, Mariana et Eric que nous passons la dernière journée. Avec la voiture de Mariana, nous partons visiter un petit éco-village à une dizaine de kilomètres de Rio Pomba. L’absence d’asphalte sur la route rend le trajet chaotique. Nous fermons régulièrement les fenêtres pour ne pas laisser entrer la poussière de la route. Eric gueule après quelques aberrations écologiques entrevues sur le chemin (monocultures, sols appauvris, champs de cannes laissés à l’abandon, rivière asséchée, etc.). «Crimes contre la Nature ! Il faudrait les dénoncer, les juger !»

Dans cette photo se cache un aventurier...
Dans cette photo se cache un aventurier…

L’éco-village consiste en trois maisons en terre, entourées de potagers et de forêts de bananiers, fraîchement plantés. Le village a déjà 8 ans mais semble très peu développé. On croise deux chèvres à l’entrée, qui se laissent caresser. Mais la promenade ne s’arrête pas là ! Après avoir dépassé la dernière maison, nous atteignons une petite rivière. Nous la remontons comme on peut, tantôt sur la rive, tantôt directement dans le lit. Pour plus de commodité, nous laissons une partie de nos affaires (dont l’appareil photo) en route. Et bien sûr, on finit donc par arriver à … une petite cascade ! L’eau est froide mais on s’y jette avec délice. Chacun notre tour, nous nous installons sous la cascade pour une séance gratuite d’hydromassage.

2014-09-24_16-31-23Le soir, après avoir dégusté un bolo de bananas que nous avons improvisé pour consommer une partie des réserves de bananes qui arrivent à maturité, nous sommes gratifiés d’un dernier feu de camp. Demain, il faudra repartir après deux semaines passées dans cette petite oasis. Ici encore, nous ne quittons ce lieu qu’avec beaucoup de tristesse. Tout ici est attachant : la Nature, le jardin, les hommes. Et même les animaux.

Prochaine destination : Ouro Preto, dernière étape dans l’état du Minas Gerais.

Denis

References   [ + ]

1. où, pour rappel, nous sommes wwoofers
2. mais si, vous connaissez cette plante ! Simplement, ses fruits portent un nom très différent en France…
3. il faut dire que j’ai tendance à détester le cinéma français
4. les mains dans le potager

5 réflexions au sujet de « Agroecologia »

  1. Coucou les aventuriers !
    Toujours de très belles photos qui nous sortent d un quotidien bien morose. Les nouvelles ne sont pas topissimes ici…..l authenticité de vos journées les unes après les autres sont des petits bijoux précieux ! Ouais bon, j’déprime et alors ?? Je suis en France moi !!….on a encore un beau soleil malgré tout….heureusement !
    Bonne continuation et gros bisou !

  2. Je viens de voir un article sur le site de la mairie d’Aubervilliers (oui, j’y vais encore de temps en temps) intitulé : «Le Brésil comme si vous y étiez». Ça tombe bien, j’y suis ! J’ai regardé les photos et lu le compte-rendu. Bon, je n’y étais pas à cette soirée, mais ça donne quand même l’impression que le pays a été présenté dans ce qu’il a de plus superficiel : sa bouffe et ses filles à moitié dénudées dansant la samba.

    Bref, le Brésil, ça ne ressemble pas à «ça». C’est dit.

    1. Ola Marco-Antonio ! Tudo bom ?
      Nos temos também saudade dos dias que passamos com vocês em Rio Pomba ! Agora, acabamos de chegar em Rio de Janeiro ! Esta noite, colocaremos um articulo novo sobre a nossa estadia no Ouro Preto.
      Nos gostaríamos muito que você der notícias da horta, das galinhas, do pessoal, etc.
      Um abraço ! (falou 😉 )

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *