Asunción, capitale du Paraguay… et du tereré !

2014-11-10_12-59-08Après trois mois au Brésil, nous avions perdu l’habitude de traverser les frontières. Celle qui sépare le Brésil du Paraguay se situe sur le Pont de l’Amitié (Puente de la Amistad), qui relie les villes de Foz do Iguaçu (côté brésilien) à Ciudad del Este (côté paraguayen). Nous traversons une bonne partie de Ciudad del Este à la recherche de la gare routière ; l’occasion pour nous de découvrir que la ville est réellement défigurée par le commerce transfrontalier1)Les brésiliens viennent faire des achats ici parce que la fiscalité y est plus clémente. : de la vente de produits électroniques ou de vêtements de marque à même la rue, des panneaux publicitaires énormes et des policiers surarmés qui surveillent tout ça. Beurk ! Pour traverser le pays jusqu’à la capitale, Asunción, nous voyageons dans un bus encore plus luxueux qu’au Brésil. Seul défaut : on nous impose la télé pendant le voyage…

Casa de la Independencia
Casa de la Independencia

N’ayant pas réussi à trouver un hôte en couchsurfing à Asunción, nous nous rabattons sur un hostel en plein centre-ville. Les prix sont indécents : on nous demande 100 000 Gs2)Guaraní, nom de la monnaie du pays par nuit ! Bon d’accord, il faut diviser par 5000 pour faire la conversion en euros… Vous avez fait le calcul ? Oui ? Alors vous comprenez que ce n’est pas ici qu’on va se ruiner ! D’ailleurs, tout près de notre hostel, il y a un restaurant qui propose un délicieux buffet à volonté pour 12 000 Gs (soit moins de 2,5€).

Loma de San Jerónimo
Loma de San Jerónimo

Après une semaine passée ici, l’impression que nous laisse cette ville est très positive ! Il y a beaucoup de choses à visiter (musées, édifices religieux, parcs, etc.) et les rues de la ville sont pleines de surprises ! On a aimé le quartier Loma de San Jerónimo avec ses petites ruelles et ses maisons peintes, le marché municipal (mystérieusement appelé «número quatro») et les musées du centre-ville. On a moins aimé les hordes de moustiques du jardin botanique et zoologique, qui nous ont agressés en plein jour (les salopards !). On est presque étonnés de se sentir aussi bien ici, compte-tenu de la mauvaise réputation du pays (aussi bien au Brésil que sur internet).

2014-11-09_13-39-19
Cliquez sur la photo pour agrandir

Il faut quand même dire que le Paraguay a une histoire très dure, tristement sanglante. On vous la fait brève : indépendance en 1811, guerre de la Triple Alliance (1865 à 1870) qui a fait perdre au pays plus de 60 % de sa population, guerre du Chaco (1933 à 1938) puis dictature violente de 1954 à 1989 (dirigée par un certain Stroessner). Et depuis, le pays connaît une grande instabilité politique et économique (avec, pour conséquences, d’avoir été mis à la porte du Mercosur en 2012). Les traces de cette histoire mouvementée sont visibles partout dans la capitale. Il y a ces institutions ultra-patriotiques que sont la Maison de l’Indépendance et le Panthéon des Héros. Et puis, il y a ce petit musée de l’Histoire des Mémoires de la Dictature qui assume pleinement son devoir d’inventaire (culte de la personnalité, persécutions des opposants et notamment des communistes). Et aussi ces nombreux graffitis sur les murs de la ville, moquant le président et les ministres en place. Et encore ces trois manifestations auxquelles on a pu assister le lendemain de notre arrivée : les pompiers, les sages-femmes et un petit rassemblement syndical aux mots d’ordre fourre-tout devant le Panthéon des Héros. Bref, les tensions sont palpables. D’ailleurs, comme à Ciudad del Este, on croise un peu partout de nombreux militaires/policiers surarmés.

Stand du marché, montrant des accessoires pour le tereré
Stand du marché, montrant des accessoires pour le tereré

N’empêche, l’atmosphère générale est très détendue. En fin d’après-midi, on croise de nombreux habitants qui s’installent sur leur pas de porte pour boire un tereré. Ah oui, on a failli oublié de vous expliquer ça ! Il s’agit d’une boisson d’origine guaraní, qui constitue en une infusion à froid d’un mélange à base de maté (yerba maté) et de menthe. C’est une boisson estampillée «patrimoine culturel national», carrément ! Un peu comme le vin en France, si vous voulez. Pour la consommer, il faut se doter d’un grand thermos (rempli d’eau froide), d’un verre rempli d’herbes (la guampa) et d’une paille métallique faisant office de filtre (la bombilla). C’est à la fois tonique et rafraîchissant. C’est très impressionnant de voir autant de buveurs de tereré dans les rues, avec leur thermos sous le coude et leur bombilla dans la bouche. Cette pratique étant parfaitement incompatible avec la cigarette (ou alors il faut un troisième bras), on voit très peu de fumeurs ici. Vous vous doutez bien qu’on s’est empressés d’acheter un kit à tereré !

Soirée polyglotte dans notre hostel
Soirée polyglotte dans notre hostel

Maintenant qu’on a quitté le seul pays lusophone d’Amérique du Sud, il nous faut nous remettre à l’espagnol. On a un peu l’impression d’avoir tout à réapprendre. Nous qui étions devenus très calés en fruits en légumes au Brésil, il nous faut de nouveau consulter notre dictionnaire devant le rayon confitures… Heureusement qu’on a rapidement fraternisé avec différentes personnes rencontrées dans notre hostel : Lise, qui nous initie au tereré et avec qui nous tentons de communiquer en espagnol ; André, sicilien égaré au Paraguay et ce trio de polonais hors du commun (un couple et leur interprète polyglotte, qui parle français…). Au cours d’une soirée mémorable, Sandrine tente quelques phrases en polonais3)merci la Langue de l’Autre, aux éditions Auberbabel et on leur chante Góralu, histoire de frimer. Les polonais, subjugués, nous filment : c’est pas tous les jours qu’on croise des français au Paraguay qui chantent en polonais. Finalement, devant cette petite assemblée, on donne un récital à deux voix, qu’on commence à bien maîtriser. Nos chants résonnent mélancoliquement dans le grand escalier de l’hôtel et on se prend à repenser à la France et à notre ancienne chorale.

Conclusion ? On a très envie de poursuivre notre aventure dans ce pays et on quitte demain la capitale pour découvrir d’autres villes plus petites. Et si on commençait par l’une des destinations touristiques préférées des paraguayens ?…

Denis

References   [ + ]

1. Les brésiliens viennent faire des achats ici parce que la fiscalité y est plus clémente.
2. Guaraní, nom de la monnaie du pays
3. merci la Langue de l’Autre, aux éditions Auberbabel

9 réflexions au sujet de « Asunción, capitale du Paraguay… et du tereré ! »

  1. Finalement, on va attendre encore un peu avant de poster notre prochain article. Ceux qui s’étaient habitués à lire un article par semaine devront patienter encore quelques jours… Rassurez-vous, on aura encore plein de choses à vous raconter et on vous prépare des photos aux petits oignons 😉

  2. Coucou les Loulous, ça a l’air chouette toutes ces couleurs et contente de voir que tout va bien!! Bisous je pense à vous!! Alice.

  3. Coucou,
    J’espère que vous vous portez bien, et que votre voyage continue de bien se dérouler. Notre expérience au Paraguay s’est bien passée, nous sommes actuellement à Buenos Aires.
    Au plaisir d’avoir de vos nouvelles,
    Charlene, Ludovic et Kylian.

    1. Bonjour tous les trois,
      On espérait vous recroiser quelque part dans le Paraguay… Tant pis ! On a traversé la frontière à Encarnación et on est en ce moment à Posadas (Argentine). Est-ce que vous irez en Uruguay finalement ?
      Bonne continuation à vous,
      Sandrine et Denis

      1. Coucou,

        Oui ça nous aurait également fait plaisir de vous recroiser !
        Finalement nous n’irons pas en Uruguay, nous partirons d’ici deux jours au Quatar pour la suite de notre voyage..
        Nous continuerons à prendre de vos nouvelles et à vous suivre sur votre blog.
        Bonne continuation à vous deux !
        Charlene, Ludovic et Kylian

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *