Sur les routes de l’Uruguay

Notre maison de campagne à Melo (chez Florencia)
Notre maison de campagne à Melo (chez Florencia)

C’est l’histoire de deux voyageurs, tellement avides de rencontrer la population du pays qu’ils étaient en train de visiter, qu’ils décident de traverser tout l’Uruguay du sud (Montevideo) vers le nord (Melo) pour passer deux nuits chez une habitante de la région Cerro Largo. L’habitante en question s’appelle Florencia et les voyageurs … c’est nous ! Dès le premier soir, Florencia nous emmène dans la maison de campagne de son père (qui est agriculteur), à une dizaine de kilomètres de la ville. Tout le long de la route, on est accompagnés d’un coucher de soleil prodigieux, qui teinte de rouge et d’orange la campagne bucolique, les vastes pâturages et notre modeste route de terre.

La Posta del Chuy
La Posta del Chuy

Après une nuit sous les combles, on s’organise pour aller visiter la Posta del Chuy, une des rares attractions touristiques du coin. Munis d’un pic-nic, d’une thermos d’eau froide et d’un verre rempli d’herbes à maté1)Pour être plus exact, c’était plutôt un mélange de type tereré, mieux adapté à l’eau froide… Je sais, je chipote., on dégaine nos pouces et on fait du stop. Une heure plus tard, après être montés dans deux camions différents, on débarque à la Posta del Chuy. Il s’agit d’un site historique constitué d’un pont à péage et d’une auberge, où venaient se reposer conducteurs et chevaux du siècle précédent. Le retour, toujours en stop, est plus complexe. Le chauffeur qui nous emmène est tellement bavard qu’on loupe l’entrée du chemin qui mène à notre maison. Du coup, on doit parcourir trois ou quatre kilomètres à pied dans le sens opposé… Quand on n’a pas de tête, on a des jambes, comme dit le dicton.

Mais que fait la police ?
Mais que fait la police ?

Le lendemain, on repart vers le sud, direction la côte est du pays, réputée pour ses plages et ses villages de caractère. On décide de voyager lentement, toujours en stop2)Ici, ça se dit voyager «a dedo», c’est-à-dire «au doigt». et de faire une escale dans la ville de Treinta y Tres. Moins chanceux que la veille, on attend presque une heure au bord de la route avant d’être pris. À noter : la première voiture qui nous emmène est … une voiture de police ! En passant devant un point de vue sur la vallée du coin, le conducteur nous fait descendre et nous invite à prendre des photos. Il nous laissera d’ailleurs à un endroit intéressant : un mémorial d’une des batailles de la guerre civile (1897). Là encore, on prend quelques photos, et on ressort nos pouces. Cette fois-ci, c’est un camion transportant du bois qui s’arrête. Il n’a pas de place dans la cabine mais il y a un grand «trou» dans sa cargaison où on peut s’installer. On se retrouve entourés de bois, dans un espace où on ne tient pas debout mais où on peut admirer le paysage qui défile. Un peu plus d’une heure plus tard, on arrive à Treinta y Tres.

À Treinta-y-Tres, monument des Treinta y Tres Orientales (héros de l'indépendance uruguayenne)
À Treinta-y-Tres, monument des Treinta y Tres Orientales (héros de l’indépendance uruguayenne)

À Treinta y Tres, il y a une attraction touristique importante : las quebradas de los cuervos. Problème : il faut une voiture pour y aller ou payer un guide à la journée… Et en plus, au moment où on passe à l’office de tourisme, il est fermé. Bref, la mort dans l’âme, on renonce et on quitte la ville dès le lendemain matin, après une nuit d’hôtel. On aura quand même pris le temps de visiter le centre-ville et de manger des glaces, non mais !

Gabriel, compagnon de voyage pour quelques heures
Gabriel, compagnon de voyage pour quelques heures

Le lendemain, toujours plus fou, on décide de traverser plus de 200km «a dedo»3)C’est-à-dire «en stop», suivez un peu !. Notre bonne étoile nous permet un début de voyage foudroyant ! Notre premier conducteur nous raconte ses voyages (dont une longue escale en Afrique noire). Le deuxième nous confesse qu’il prend tous les auto-stoppeurs qu’il croise. De fait, dans la partie arrière de son pick-up, on est plusieurs à profiter de l’aubaine ! Sandrine est montée devant avec Miguel (le conducteur) et Nelly (sa femme). Miguel raconte qu’il doit sa situation actuelle à une rencontre effectuée en 1988 lors d’un voyage en stop. De mon côté, à l’arrière, je voyage avec Gabriel, qui me raconte comment sa dernière relation amoureuse l’a aidé à sortir de l’alcool et de la drogue… Il est actuellement artisan et d’ailleurs… il nous offre un cadeau chacun : un bracelet de cuivre pour moi et une boucle d’oreille pour Sandrine. Un peu plus tard, on récupère un autre auto-stoppeur : un paysan qui a visiblement eu un accident avec sa carriole. Il nous montre son harnais cassé et nous explique que son cheval a pris peur et s’est enfui à travers champ !

La suite du voyage est plus délicate. On patiente longuement à la sortie de Lascano. Du coup, on pic-nique debout au bord de la route, en s’interrompant à chaque passage de voiture. Finalement, c’est un bus qui nous prend et ça ne sera pas gratuit… Petit échec pour nous. Qu’à cela ne tienne, le bus n’allant pas jusqu’à Rocha, on décide de tenter de nouveau la chance pour les 50 kilomètres restants. On patientera plus d’une heure au milieu des champs, sous un ciel de plus en plus menaçant. Finalement, c’est un petit camion qui s’arrête. Le chauffeur articule peu et je ne comprends quasiment pas ce qu’il dit. Sandrine un peu mieux et c’est elle qui mène la conversation. Dans ce qu’on arrive à comprendre, on retient que son métier consiste à transporter des pesticides pour les agriculteurs du coin…

Sur la route de Rocha
Sur la route de Rocha

On arrive donc à Rocha dans l’après-midi, juste avant la pluie. Il nous reste encore quelques  kilomètres à franchir avant d’arrivée sur la côte, où on passera finalement quatre jours. Sandrine vous racontera ça dans le prochain article. Ensuite, souhaitant revenir à Montevideo, on se retrouve de nouveau sur les routes, ne réussissant pas à trouver de bus à un horaire qui nous convienne. En faisant du stop, on retourne sans problème à Rocha. Mais à Rocha, malgré un débit routier plus que correct, on peine à trouver une voiture qui veuille bien s’arrêter et nous prendre. On se résout à monter dans un bus qui passe par là, un peu tristes de n’avoir pas pu aller jusqu’au bout «a dedo».

Conclusion : le voyage en stop en Uruguay est une expérience difficile mais intéressante, qui nous a permis de pallier notre manque de contact avec la population.

Denis

References   [ + ]

1. Pour être plus exact, c’était plutôt un mélange de type tereré, mieux adapté à l’eau froide… Je sais, je chipote.
2. Ici, ça se dit voyager «a dedo», c’est-à-dire «au doigt».
3. C’est-à-dire «en stop», suivez un peu !

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