Colonia del Sacramento : derniers jours en Uruguay

En haut du phare de Colonia, avec Noemí
En haut du phare de Colonia, avec Noemí

Ici, à Colonia del Sacramento, nous vivons notre deuxième séjour chez des uruguayens1)Merci l’ami Couchsurfing ! Pour rappel, notre premier hôte séjournait à Mélo, dans le nord de l’Uruguay. Cette fois-ci, c’est un couple qui nous reçoit : Noemí et Marcel. Chez eux, nous avons nos propres quartiers : une petite chambre coquette avec une grande terrasse. Ce qui ne nous empêche pas de passer plein de moments très sympathiques avec eux.

C’est d’ailleurs autour d’un délicieux asado2)C’est-à-dire l’équivalent régional de notre barbecue, sans merguez et chipolatas mais avec toutes sortes de viandes locales délicieuses (merci Marcel !) qu’on nous parle politique de nouveau3)Ça ne transparaît pas dans nos précédents articles mais nous avons déjà eu des discussions politiques à Melo et dans un bus à Montevideo, presque spontanément. Comme c’était le cas au Brésil, les uruguayens sont en période électorale. En 2014, il y a eu les élections présidentielles et en 2015 il y aura des municipales. D’ailleurs, on trouve de nombreuses maisons/voitures qui affichent clairement les couleurs du candidat de leur choix. Ça aussi, c’est un point commun avec le Brésil.

Au centre, musée de la culture portugaise
Au centre, musée de la culture portugaise

D’ailleurs, profitons du fait que nous soyons actuellement dans une des villes de l’Uruguay les plus riches en patrimoine historique pour vous toucher un mot de l’Histoire du pays. C’est peu dire que l’Uruguay a été un territoire très disputé, tantôt entre les tribus indigènes (les terribles Charrúas) et les espagnols, qui peinent à s’installer sur le territoire, tantôt entre les colons et la couronne (guerre d’indépendance menée par le célèbre Artigas au début du XIXème siècle), puis entre les argentins et les brésiliens. La bande des Treinta y Tres Orientales4)Il y a d’ailleurs une ville uruguayenne qui s’appelle Treinta-y-Tres, dans laquelle on a d’ailleurs passé une nuit ; et il n’y a pas une grande ville  qui n’ait sa rue ou son quartier «Treinta-y-Tres». aura raison de la présence des brésiliens en 1825, année de l’indépendance de l’Uruguay. Malheureusement, le pays sera rapidement de nouveau plongé dans la guerre : d’abord une terrible guerre civile de 1839 à 1841 (entre les partis colorados et blancos) puis la guerre de la Triple Alliance (Brésil-Argentine-Uruguay contre le Paraguay) de 1865 à 1870.

Le XXème commence relativement sereinement et l’Uruguay est surnommé la «Suisse de l’Amérique du Sud». Malheureusement, le pays subit de plein fouet la crise de 1929 et une première dictature s’installe. Ensuite, l’Uruguay connaît une longue période de prospérité et les deux partis historiques (les Colorados et les Blancos) se partagent plus ou moins tranquillement le pouvoir. Dans les années 1970, le libéralisme se fait plus musclé et à force de donner plus de budget à l’armée qu’à l’éducation, une dictature militaire s’installe. Cette fois-ci, elle est accompagnée de toutes les caractéristiques bien connues des dictatures sud-américaines : torture des opposants, prisonniers politiques à la pelle, censure généralisée5)par exemple, les ouvrages de Freud sont interdits, politique ultra-libérale.

La dernière période politique, post-dictature (de 1990 à nos jours), a permis l’émergence d’un nouvel acteur sur la scène politique : le Frente Amplio. Cette structure, fondée en 1971, regroupe l’ensemble des partis de gauche (des chrétiens démocrates à l’extrême-gauche, en passant par les communistes). Et c’est sous cette forme que la gauche arrive au pouvoir en 2004. Devant les succès fulgurants de la coalition (réduction massive de la pauvreté, investissement massif dans l’éducation et la santé, réduction de la dette extérieure, stabilisation de l’économie, etc.), le FA se fait réélire en 2009 et en 2014. À noter, de 2009 à 2014, le président s’appelle Mujica (dit Pepe) et devient une figure emblématique du pays. C’est l’un des rares présidents à refuser de vivre dans le palais présidentiel et à reverser 90% de son salaire de président à des œuvres caritatives (eh oui, ça existe!).

2014-12-27_12-20-25
La Calle de los Sospiros est l’une des rues les plus célèbres de la ville

Bon, et notre séjour à Colonia del Sacramento dans tout ça ? Eh bien, c’est justement une ville au cœur de l’histoire du pays ! Fondée par les portugais en 1680, elle pousse les espagnols à mieux s’intéresser au territoire et les oblige à traverser régulièrement le Río de la Plata depuis Buenos Aires pour empêcher les portugais de s’installer. La ville changea de mains six fois entre le moment de sa création et 1777 , date de la récupération définitive par les espagnols. Du coup, on y trouve des vestiges architecturaux appartenant à la fois aux styles coloniaux portugais et espagnol. Le centre historique est classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Playa de las Brisas, avec ses falaises humides
Playa de las Brisas, avec ses falaises humides

Compte-tenu de la taille plus réduite de la ville, on se retrouve très rapidement dans les champs, en deux coups de pédales. Un peu plus loin sur la côte, Noemí et Marcel nous font découvrir une plage très spéciale, bordée d’une petite falaise creusée de petites grottes humides. Le lieu est superbe et on y rejoint la famille de Noemí, royalement installée en bordure du Río de la Plata, avec maté et petits gâteaux. À cet endroit, le fleuve est si large qu’on ne voit pas l’autre bord. Rien ne le distingue de l’océan, si ce n’est que l’eau n’est pas salée.

Avec Noemí et Marcel
Avec Noemí et Marcel

Pour la dernière soirée, nos hôtes nous entraînent dans un restaurant de la vieille ville.  Nous sommes accompagnés de Liggia, la sœur aînée de Noemí, André, son mari, et Nicole, leur fille. Ils nous confient déjà fréquenter notre blog, parlant un bon français. On finit cette soirée avec un pincement au cœur : nous quittons des hôtes très attachants et un pays qu’on commence à peine à comprendre…

Les jours se réchauffent, l’été prend ses quartiers. Il est temps pour nous de repartir à l’aventure. Au revoir l’Uruguay !

Denis

References   [ + ]

1. Merci l’ami Couchsurfing ! Pour rappel, notre premier hôte séjournait à Mélo, dans le nord de l’Uruguay
2. C’est-à-dire l’équivalent régional de notre barbecue, sans merguez et chipolatas mais avec toutes sortes de viandes locales délicieuses
3. Ça ne transparaît pas dans nos précédents articles mais nous avons déjà eu des discussions politiques à Melo et dans un bus à Montevideo
4. Il y a d’ailleurs une ville uruguayenne qui s’appelle Treinta-y-Tres, dans laquelle on a d’ailleurs passé une nuit ; et il n’y a pas une grande ville  qui n’ait sa rue ou son quartier «Treinta-y-Tres».
5. par exemple, les ouvrages de Freud sont interdits

5 réflexions au sujet de « Colonia del Sacramento : derniers jours en Uruguay »

  1. Salut les jeunes !! profitez bien du soleil car il gèle ici et un peu partout !!! des bisous de nous deux pour la nouvelle année !! tchin tchinnnnnnnnnn à bientôt …. Evelyne et Philippe

  2. Salut les potos !
    Quel plaisir ce journal ! un peu comme des vacances.
    Vous lisez la presse internationale ? alors vous devez savoir qu’ici aussi à Auberbabel, on passe de bons moments, en bonne compagnie, autour de bons petits plats (haggis etc.) et les quelques fausses notes sont à peine perceptibles. Mardi prochain, petits fours à la mairie de Paris avec nos écharpes colorées.
    Et si vous hésitez à revenir sur le vieux continent, visez la Grèce ! Fuck* l’europe et son tiroir-caisse ! Et là-bas aussi les baignades sont exquises…
    Que vous souhaiter de plus pour 2015, que ce que vous vivez déjà ? des pneus de vélo increvables ??
    Grosses bises à vous deux, bonne année, y buenas peregrinaciones !
    Marie-H & Co
    *un des rares mots anglais accepté dans le dictionnaire babélien

    1. Salut Marie-H & Co
      En guise de presse internationale, nous lisons le monde diplo (édition du Cono Sur). Le problème, c’est que ça parle plus de l’Argentine que d’Auberbabel ou de la Grèce. Dis-moi, qu’est-ce que c’est que cette histoire de petits fours à la mairie de Paris ?
      Je vous souhaite également tout un tas de bonnes choses !
      Bises,

      Denis

      PS : En Uruguay, j’ai perdu le chapeau que tu m’avais offert… Il a été emporté par une bourrasque violente au bord de l’océan Atlantique. Une bien belle fin pour lui qui a traversé la moitié du monde…

  3. Bon, disons que ça n’a pas été notre meilleure journée aujourd’hui (qui a commencé avec l’atroce assassinat des journalistes de Charlie Hebdo).

    MAIS, une bonne nouvelle :

    Nous avons réussi à trouver une ferme dans la Patagonie qui va nous recevoir en wwoofing pendant 3 semaines !!!! D’ici-là, nous prévoyons une petite étape dans la Pampa !

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