Archives mensuelles : février 2015

Ushuaia : fin du monde, mon œil !

Vue d'Ushuaia
Vue d’Ushuaia

«¡Hermoso1)Exclamation qui équivaut plus ou moins à notre «magnifique !» Je me retourne et je vois un couple d’argentins qui contemplent le Río Pipo, petit cours d’eau au bord duquel nous nous étions installés pour pic-niquer. «Claro, rebonito el arroyo!»2)«Tout à fait d’accord, très joli ce ruisseau» lui répond-on. Et immédiatement la conversation s’engage. Évidemment, rapidement, on parle de l’Argentine, de ses paysages, de son maté. Et on avait besoin de ça. Pour plusieurs raisons.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAD’abord, on effectue ici, à Ushuaia, en Terre de Feu, notre dernière étape en Argentine. En deux mois, on a traversé le pays du nord au sud, en passant par Buenos Aires, la Pampa, la Patagonie, etc. On y a été régulièrement hébergés chez l’habitant3)moins souvent que pour le Brésil mais plus que pour l’Uruguay et le Paraguay, on y a travaillé et on y a attrapé un accent bien particulier 4)Par exemple, tous les y et les ll s’y prononcent [sh]. Il était temps qu’on fasse le point. D’ailleurs, on ne se privera pas d’aborder ici les aspects négatifs de notre séjour dans ce pays, la plupart étant liés à l’argent : l’agression à Buenos Aires qui nous a fait perdre une paire de lunettes, un téléphone et un appareil photos en même temps que notre belle naïveté ; le fait que notre nouvel appareil photo rende l’âme au bout d’un mois (agaçant et coûteux) ; le fait que nos cartes bleues fonctionnent dans très peu de distributeurs et dans encore moins de magasins, nous demandant de toujours emporter avec nous de grosses sommes en liquide faute de savoir avec certitude si nous pourrons tirer de l’argent à notre prochaine étape5)C’est un problème très connu en Argentine ; de nombreux touristes débarquent en découvrant avec stupeur qu’ils ne peuvent tirer de l’argent nulle part et changent rapidement de pays. ; le fait que dans chaque lieu touristique tout soit payant et cher6)À Ushuaia, il y a un musée qui coûte 150 pesos (15€) par personne. Et l’entrée du parc national dans lequel tout le monde va se promener coûte 140 pesos par jour !. C’est dit !

Canal Beagle
Canal Beagle

Mais revenons à nos deux argentins. La conversation va bon train et on se sent tout heureux de pouvoir s’exprimer en espagnol. Parce qu’ici, à Ushuaia, on a beau être en Argentine, l’anglais domine largement, que ce soit dans les rues ou dans notre hostel. Certes, c’est la ville la plus australe du monde et le voyage en bus est plutôt sportif (il faut passer par 4 postes frontières et traverser le détroit de Magellan) ; mais comme la ville est dotée d’un aéroport international, forcément, on sent que tout est fait pour recevoir un maximum de touristes, qu’ils se sentent «chez eux»7)ici, la culture argentine se fait très discrète et qu’ils y laissent au passage un beau paquet de devises. Dans notre hostel, on nous parle régulièrement en anglais (sans nous demander d’abord si on parle cette langue venue de très loin) et nous répondons en espagnol. Certains touristes admirent notre effort, d’autres se contentent de constater que la communication s’en trouve entravée. Du coup, vous comprenez mieux pourquoi on se lie si facilement avec le peu d’argentins qu’on croise ici.

Dans le port d'Ushuaia
Dans le port d’Ushuaia

Alors quoi ? On va râler alors qu’on se trouve dans un endroit mythique où tout un chacun rêve de séjourner une fois dans sa vie ? Que nenni ! Simplement, à Ushuaia, le slogan «fin du monde» ne recouvre qu’une réalité géographique, rien de plus8)Et encore, comme me l’a très justement fait remarquer mon père, il existe une petite ville chilienne sur une île plus au sud…. La ville est hyper récente et sans charme particulier et il faut en sortir rapidement pour comprendre pourquoi ce lieu est si populaire. On y trouve un port, avec son lot de containers, ce qui n’est pas sans nous rappeler quelques souvenirs… Mais ce qui fait le charme de cette partie du monde, c’est la combinaison entre un climat très particulier et des paysages à couper le souffle.

Ascension vers le glacier Martial : la température baisse tout au long de la montée...
Ascension vers le glacier Martial : la température baisse tout au long de la montée…

Commençons par le climat. On est en février, deuxième mois d’été. Et pourtant, la température ne dépasse quasiment jamais 10°C. En quelques heures, le temps peut changer plusieurs fois, allant de la pluie froide à beau temps, avec ou sans vent. On a même eu de la neige une après-midi ! Pour ceux qui connaissent, ça ressemble un peu au Finistère en hiver. Une après-midi, pendant qu’on pic-niquait à flanc de montagne, on a même assisté à la formation d’un nuage juste au-dessus de nos têtes ! Évidemment, dans ces conditions, impossible de sortir en short-tee-shirt. Comme les vêtements vendus sur place sont hors de prix, on se contente de se procurer un bonnet pour Sandrine et une paire de gants pour moi. Ainsi, on se sont prêts pour aller se promener.

Vue de la Cordillère de Terre de Feu, depuis le Cerro Guanaco
Vue de la Cordillère de Terre de Feu, depuis le Cerro Guanaco

Et ici, les promenades valent clairement le détour. Il y a des montagnes – la Cordillère de la Terre de Feu – et de l’eau – dont le canal de Beagle au bord duquel est installée la ville. Sans parler des nombreux lacs, des glaciers, de la neige à flanc de montagne, y compris en dessous de 500 mètres d’altitude ! Notre dernière promenade – l’ascension du Cerro Guanaco – nous permet d’admirer la vallée, ses forêts de lengas, ses marécages, ses petits lacs et ses pics arides. On en prend plein les yeux et la montée nous fait transpirer en dépit du froid. Régulièrement, Sandrine sort son papier épais et ses peintures à l’aquarelle pour immortaliser la vue.

Traversée du Détroit de Magellan
Traversée du Détroit de Magellan

Que retient-on de notre semaine passée ici ? Que même si on a apprécié les promenades inoubliables qu’on y a faites et les paysages qu’on y a admirés, Ushuaia n’est pas une ville du «bout du monde». C’est une destination hautement touristique, qui cultive un certain entre-soi très occidental, finalement assez pauvre culturellement. C’est d’ailleurs assez vrai de toutes nos dernières étapes dans le sud de l’Argentine : El Calafate, El Chaltén et Ushuaia. Sans doute qu’on l’aurait moins senti si on avait réussi à se faire héberger chez l’habitant.

Quoiqu’il en soit, l’Argentine nous aura marqués profondément et on remercie très vivement tous les argentins qui nous ont hébergés ou simplement aidés dans notre périple. ¡Chau Argentina! y ¡Hola Chile!

Denis

References   [ + ]

1. Exclamation qui équivaut plus ou moins à notre «magnifique !»
2. «Tout à fait d’accord, très joli ce ruisseau»
3. moins souvent que pour le Brésil mais plus que pour l’Uruguay et le Paraguay
4. Par exemple, tous les y et les ll s’y prononcent [sh]
5. C’est un problème très connu en Argentine ; de nombreux touristes débarquent en découvrant avec stupeur qu’ils ne peuvent tirer de l’argent nulle part et changent rapidement de pays.
6. À Ushuaia, il y a un musée qui coûte 150 pesos (15€) par personne. Et l’entrée du parc national dans lequel tout le monde va se promener coûte 140 pesos par jour !
7. ici, la culture argentine se fait très discrète
8. Et encore, comme me l’a très justement fait remarquer mon père, il existe une petite ville chilienne sur une île plus au sud…

Camaïeu de bleus sur glaciers

Paysage typique de Patagonie
Paysage typique de Patagonie

Après El Bolson et le sentiment de devoir accompli après avoir passé trois semaines de travail chez Glo et Seba, nous voyageons de nouveau. Nous traversons la Patagonie en bus, plutôt confortable, pour plus de vingt-quatre heures, parcourant des portions de la mythique Ruta 40. C’est plat, et comme la Pampa, il n’y a pas grand chose à voir ; on croise des troupeaux de guanacos et des puits de pétrole. En guise de végétation, des buissons trop petits pour faire de l’ombre. Quand on arrive dans la région des glaciers, l’impression est magique. Nous sommes au cœur du parc naturel, cernés par des montagnes enneigées, comme si on était montés très haut en altitude. En fait, le climat est froid et il en faut peu pour que la neige reste accrochée aux sommets ! Et qui dit glacier, dit lac. Le Lago Argentino est plutôt immense et nous offre une palette de bleus magnifique et très riche !

Devant le glacier «Perito Moreno»
Devant le glacier «Perito Moreno»

Nous passons cinq jours à en prendre plein la vue. Le premier jour, on fait une excursion jusqu’au glacier Perito Moreno. On peut presque le toucher tellement il est tout prêt ! Il paraît vivant, il craque souvent ; on a pu voir des blocs se détacher et tomber dans le lac, dans un grand fracas. C’est comme un jeu, on entend craquer et on se retourne pour voir de quel côté ça va tomber… Comme on n’a plus d’appareil photos1)Oui, notre nouvel appareil, acheté 500€ à Buenos Aires, est tombé en panne après seulement un mois de fonctionnement… On s’est acheté un petit appareil à El Calafate histoire de continuer à prendre des photos. Problème : la qualité est loin d’être aussi bonne qu’avant… Ami lecteur, il faudra t’y faire…, ce jour-là, on fait « du stop » avec notre carte mémoire et on trouve deux types sympas qui nous prêtent leur appareil afin que l’on puisse vous ramener quelques souvenirs.

Baies de calafate
Baies de calafate

Au cours de cette randonnée, on découvre le calafate((c’est aussi le nom du premier village où nous nous arrêtons trois jours, village fondé en 1927, pour empêcher les chiliens d’investir le territoire, alors désert)), un fruit très proche de la myrtille, que l’on n’aura de cesse de grignoter le long des chemins. C’est aussi un coin où nous rencontrons énormément de touristes et surtout beaucoup de français. Nous sympathisons avec Patrice, fraîchement retraité, parcourant la Patagonie pour faire des randonnées plutôt “luxueuses”, et Sophie et Joeffrey, jeune couple voyageant pour 6 mois entre le Chili, l’Argentine et le Brésil. Nous croisons encore beaucoup d’autres français, à El Chaltén, petit village de montagne, paradis des randonneurs et escaladeurs de tous niveaux.

Vue sur le Lago Torre
Vue sur le Lago Torre

C’est à El Chaltén que nous faisons connaissance avec le fameux Mont Fitz Roy qui nous toise de loin. Nous lui préférons le plus modeste mais néanmoins fort majestueux Cerro Torre qui est l’occasion d’une grande promenade de 22 kilomètres, lors d’une belle journée ensoleillée. Nous y retrouvons Patrice, par hasard, qui fait un bout de chemin avec nous et que nous initions au calafate. C’est aussi lors de cette randonnée que nous rencontrons beaucoup d’animaux dont une chouette curieuse qui s’approche de nous. Il ne nous en fallait pas plus pour lui tirer le portrait. En redescendant, on est doublés par deux animaux encore inconnus pour nous et dont ce n’est pas du tout la région… Si vous voulez savoir de quoi il s’agit, allez donc jeter un coup d’œil sur la galerie de photos !

On finit notre parcours avec une nuit à Rio Gallegos, histoire de revoir un peu l’océan Atlantique, avant de rejoindre un petit port du « bout du monde ».

Sandrine

References   [ + ]

1. Oui, notre nouvel appareil, acheté 500€ à Buenos Aires, est tombé en panne après seulement un mois de fonctionnement… On s’est acheté un petit appareil à El Calafate histoire de continuer à prendre des photos. Problème : la qualité est loin d’être aussi bonne qu’avant… Ami lecteur, il faudra t’y faire…

Éco-constructeurs en Patagonie

Tout petit au milieu de la forêt patagonne
Tout petits au milieu de la forêt patagonne

Il y a des fois où on se sent tout petits. Tout petits devant l’immensité du paysage qui s’offre à nos yeux, la Cordillère des Andes dans toute sa splendeur ; tout petits devant la puissance évocatrice de la forêt au milieu de laquelle nous sommes hébergés, tout petits dans la toute petite tente qu’on nous a prêtée et que nous avons installée au milieu des arbres ; tout petits devant la maison en paille de nos hôtes, Seba et Gloria, devant l’immense travail qu’elle leur a demandé, devant le travail qui reste à faire et dont une partie nous incombe ; tout petits enfin devant leur générosité sans fin, leur capacité à tout partager, encore et encore.

Le potager avant notre intervention
Le potager avant notre intervention

Nous avons vécus là pendant trois semaines ; là, c’est-à-dire à Mallín, minuscule territoire du nord de la Patagonie, proche d’El Bolson. Pour la deuxième fois, nous sommes wwoofers1)Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce que ça signifie, disons simplement qu’il s’agit d’un site internet – http://wwoofingargentina.com – qui met en relation des petites exploitations biologiques avec des voyageurs volontaires. Les premiers offrent gîte et couverts pour une période pouvant aller de deux semaines à un an ; les seconds travaillent un peu et apprennent beaucoup. Au Brésil, nous travaillions moins de 20 heures par semaine, ici on est plus près des 30 heures. À noter, ce système existe presque partout dans le monde…. Mais, à la différence de notre expérience brésilienne, nous sommes chargés ici de faire avancer le chantier de la maison, entièrement (éco)-construite à la main. Il y a aussi un potager et quelques arbres fruitiers, encore trop jeunes pour donner. D’ailleurs, agrandir le potager sera une des dernières tâches qu’on nous confiera.

La maison de Gloria et Seba
La maison de Gloria et Seba

La maison de nos amis semble un peu perdue au milieu de nulle part ; on y accède en suivant une série de chemins de plus en plus petits, et comme on est au milieu d’une forêt2)D’ailleurs, notre «quartier» porte le nom évocateur de Entre Árboles, il est impossible de la voir avant d’être arrivés tout près. N’empêche, la propriété n’est pas isolée et fait partie intégrante d’une communauté joyeusement écolo-buddisto-hippie. Laissez-moi vous présenter quelques unes des personnes qui nous ont accompagnées au cours de ces trois semaines.

Lucero, la fille de Gloria et Seba
Lucero, la fille de Gloria et Seba

D’abord, il y a Seba et Gloria, les propriétaires de la maison ; Seba, l’homme à la barbe noire, dirige le chantier de la maison ; Gloria chante et joue de la guitare dans un groupe. Tous deux vivent de la production de confitures maison, réalisées avec les fruits du voisinage (fraises, groseilles, framboises, etc.) qu’ils vendent à Buenos Aires. Troisième habitant de la maison : Lucero, leur fille de deux ans et demi, en pleine période des «moi je veux», des «maman viens voir» et des «pourquoi». Le foyer se complète d’un chien d’origine péruvienne et d’un chat, bon chasseur de rongeurs (et ici, il y a de quoi faire!). En plus de nous deux, il y a une troisième volontaire qui avait déjà planté sa tente dans les bois avant notre arrivée : Natalia, avec sa perpétuelle bonne humeur et son charango3)instrument proche de la guitare mais avec des cordes doublées. Nous serons rejoints pendant une semaine par Lia, une autre volontaire, artiste,  vivant chez Luis, un voisin dont la maison en bois fait trois étages. Et enfin, il y a tous les voisins, dont la sœur et la mère de Seba, qui passent et repassent à longueur de journée, soit pour demander un coup de main, soit pour en donner un, soit pour partager un maté ou simplement pour prendre des nouvelles. De temps en temps, un des membres de la communauté vient consulter Seba, réputé pour sa bonne connaissance des plantes et pour ses massages.

La maison d'une voisine (Anita), typique dans le quartier
La maison d’une voisine (Anita), typique dans le quartier

La visite du «quartier» mérite le détour : toutes les maisons sont faites selon des principes d’éco-construction et on passe de l’une à l’autre en suivant de petits chemins à travers bois. La plupart possèdent un jardin avec potager et un atelier. On y fabrique de tout : des meubles en bois, des vêtements, des nouilles, de la bière, des confitures, des conserves de fruits, etc. Un des voisins, Luis, nous montre même un violoncelle en cours de construction. Luis qui, par ailleurs, possède une des plus belles maisons du coin…

2015-01-21_16-53-34Le travail qui nous est confié consiste surtout de recouvrir les murs en paille avec un mélange à base de sable et d’argile. Bon, c’est vrai, c’est légèrement répétitif. Mais, n’empêche, on se sent bien ici et on ne s’ennuie pas. On chante souvent et Natalia nous accompagne avec son charango. On cuisine et on déguste les recettes des autres. Et puis, surtout, on profite de la montagne avoisinante pour y monter en compagnie de Natalia et passer une nuit près d’un refuge : l’Encanto Blanco. On ne vous parlera pas de nos longues baignades dans des rivières d’eau bleue, froide et délicieuse… Ni du paysage que nous pouvions voir en sortant de notre tente au petit matin… Il faut le vivre pour le comprendre. Cela dit, ça se mérite : la montée dure 5 heures et il faut aller chercher du bois pour cuisiner…

Le potager après notre intervention
Le potager après notre intervention

Le dernier soir, on partage un goûter luxueux à base de tarte au citron meringuée (de Sandrine), de pudding aux fraises (de Graziela, la mère de Seba) et de maté. Là encore, on quitte ce petit paradis avec le cœur gros. Le sud de l’Argentine nous attend et nous voulons l’atteindre avant la fin de l’été.

Denis

References   [ + ]

1. Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce que ça signifie, disons simplement qu’il s’agit d’un site internet – http://wwoofingargentina.com – qui met en relation des petites exploitations biologiques avec des voyageurs volontaires. Les premiers offrent gîte et couverts pour une période pouvant aller de deux semaines à un an ; les seconds travaillent un peu et apprennent beaucoup. Au Brésil, nous travaillions moins de 20 heures par semaine, ici on est plus près des 30 heures. À noter, ce système existe presque partout dans le monde…
2. D’ailleurs, notre «quartier» porte le nom évocateur de Entre Árboles
3. instrument proche de la guitare mais avec des cordes doublées