Ushuaia : fin du monde, mon œil !

Vue d'Ushuaia
Vue d’Ushuaia

«¡Hermoso1)Exclamation qui équivaut plus ou moins à notre «magnifique !» Je me retourne et je vois un couple d’argentins qui contemplent le Río Pipo, petit cours d’eau au bord duquel nous nous étions installés pour pic-niquer. «Claro, rebonito el arroyo!»2)«Tout à fait d’accord, très joli ce ruisseau» lui répond-on. Et immédiatement la conversation s’engage. Évidemment, rapidement, on parle de l’Argentine, de ses paysages, de son maté. Et on avait besoin de ça. Pour plusieurs raisons.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAD’abord, on effectue ici, à Ushuaia, en Terre de Feu, notre dernière étape en Argentine. En deux mois, on a traversé le pays du nord au sud, en passant par Buenos Aires, la Pampa, la Patagonie, etc. On y a été régulièrement hébergés chez l’habitant3)moins souvent que pour le Brésil mais plus que pour l’Uruguay et le Paraguay, on y a travaillé et on y a attrapé un accent bien particulier 4)Par exemple, tous les y et les ll s’y prononcent [sh]. Il était temps qu’on fasse le point. D’ailleurs, on ne se privera pas d’aborder ici les aspects négatifs de notre séjour dans ce pays, la plupart étant liés à l’argent : l’agression à Buenos Aires qui nous a fait perdre une paire de lunettes, un téléphone et un appareil photos en même temps que notre belle naïveté ; le fait que notre nouvel appareil photo rende l’âme au bout d’un mois (agaçant et coûteux) ; le fait que nos cartes bleues fonctionnent dans très peu de distributeurs et dans encore moins de magasins, nous demandant de toujours emporter avec nous de grosses sommes en liquide faute de savoir avec certitude si nous pourrons tirer de l’argent à notre prochaine étape5)C’est un problème très connu en Argentine ; de nombreux touristes débarquent en découvrant avec stupeur qu’ils ne peuvent tirer de l’argent nulle part et changent rapidement de pays. ; le fait que dans chaque lieu touristique tout soit payant et cher6)À Ushuaia, il y a un musée qui coûte 150 pesos (15€) par personne. Et l’entrée du parc national dans lequel tout le monde va se promener coûte 140 pesos par jour !. C’est dit !

Canal Beagle
Canal Beagle

Mais revenons à nos deux argentins. La conversation va bon train et on se sent tout heureux de pouvoir s’exprimer en espagnol. Parce qu’ici, à Ushuaia, on a beau être en Argentine, l’anglais domine largement, que ce soit dans les rues ou dans notre hostel. Certes, c’est la ville la plus australe du monde et le voyage en bus est plutôt sportif (il faut passer par 4 postes frontières et traverser le détroit de Magellan) ; mais comme la ville est dotée d’un aéroport international, forcément, on sent que tout est fait pour recevoir un maximum de touristes, qu’ils se sentent «chez eux»7)ici, la culture argentine se fait très discrète et qu’ils y laissent au passage un beau paquet de devises. Dans notre hostel, on nous parle régulièrement en anglais (sans nous demander d’abord si on parle cette langue venue de très loin) et nous répondons en espagnol. Certains touristes admirent notre effort, d’autres se contentent de constater que la communication s’en trouve entravée. Du coup, vous comprenez mieux pourquoi on se lie si facilement avec le peu d’argentins qu’on croise ici.

Dans le port d'Ushuaia
Dans le port d’Ushuaia

Alors quoi ? On va râler alors qu’on se trouve dans un endroit mythique où tout un chacun rêve de séjourner une fois dans sa vie ? Que nenni ! Simplement, à Ushuaia, le slogan «fin du monde» ne recouvre qu’une réalité géographique, rien de plus8)Et encore, comme me l’a très justement fait remarquer mon père, il existe une petite ville chilienne sur une île plus au sud…. La ville est hyper récente et sans charme particulier et il faut en sortir rapidement pour comprendre pourquoi ce lieu est si populaire. On y trouve un port, avec son lot de containers, ce qui n’est pas sans nous rappeler quelques souvenirs… Mais ce qui fait le charme de cette partie du monde, c’est la combinaison entre un climat très particulier et des paysages à couper le souffle.

Ascension vers le glacier Martial : la température baisse tout au long de la montée...
Ascension vers le glacier Martial : la température baisse tout au long de la montée…

Commençons par le climat. On est en février, deuxième mois d’été. Et pourtant, la température ne dépasse quasiment jamais 10°C. En quelques heures, le temps peut changer plusieurs fois, allant de la pluie froide à beau temps, avec ou sans vent. On a même eu de la neige une après-midi ! Pour ceux qui connaissent, ça ressemble un peu au Finistère en hiver. Une après-midi, pendant qu’on pic-niquait à flanc de montagne, on a même assisté à la formation d’un nuage juste au-dessus de nos têtes ! Évidemment, dans ces conditions, impossible de sortir en short-tee-shirt. Comme les vêtements vendus sur place sont hors de prix, on se contente de se procurer un bonnet pour Sandrine et une paire de gants pour moi. Ainsi, on se sont prêts pour aller se promener.

Vue de la Cordillère de Terre de Feu, depuis le Cerro Guanaco
Vue de la Cordillère de Terre de Feu, depuis le Cerro Guanaco

Et ici, les promenades valent clairement le détour. Il y a des montagnes – la Cordillère de la Terre de Feu – et de l’eau – dont le canal de Beagle au bord duquel est installée la ville. Sans parler des nombreux lacs, des glaciers, de la neige à flanc de montagne, y compris en dessous de 500 mètres d’altitude ! Notre dernière promenade – l’ascension du Cerro Guanaco – nous permet d’admirer la vallée, ses forêts de lengas, ses marécages, ses petits lacs et ses pics arides. On en prend plein les yeux et la montée nous fait transpirer en dépit du froid. Régulièrement, Sandrine sort son papier épais et ses peintures à l’aquarelle pour immortaliser la vue.

Traversée du Détroit de Magellan
Traversée du Détroit de Magellan

Que retient-on de notre semaine passée ici ? Que même si on a apprécié les promenades inoubliables qu’on y a faites et les paysages qu’on y a admirés, Ushuaia n’est pas une ville du «bout du monde». C’est une destination hautement touristique, qui cultive un certain entre-soi très occidental, finalement assez pauvre culturellement. C’est d’ailleurs assez vrai de toutes nos dernières étapes dans le sud de l’Argentine : El Calafate, El Chaltén et Ushuaia. Sans doute qu’on l’aurait moins senti si on avait réussi à se faire héberger chez l’habitant.

Quoiqu’il en soit, l’Argentine nous aura marqués profondément et on remercie très vivement tous les argentins qui nous ont hébergés ou simplement aidés dans notre périple. ¡Chau Argentina! y ¡Hola Chile!

Denis

References   [ + ]

1. Exclamation qui équivaut plus ou moins à notre «magnifique !»
2. «Tout à fait d’accord, très joli ce ruisseau»
3. moins souvent que pour le Brésil mais plus que pour l’Uruguay et le Paraguay
4. Par exemple, tous les y et les ll s’y prononcent [sh]
5. C’est un problème très connu en Argentine ; de nombreux touristes débarquent en découvrant avec stupeur qu’ils ne peuvent tirer de l’argent nulle part et changent rapidement de pays.
6. À Ushuaia, il y a un musée qui coûte 150 pesos (15€) par personne. Et l’entrée du parc national dans lequel tout le monde va se promener coûte 140 pesos par jour !
7. ici, la culture argentine se fait très discrète
8. Et encore, comme me l’a très justement fait remarquer mon père, il existe une petite ville chilienne sur une île plus au sud…

6 réflexions au sujet de « Ushuaia : fin du monde, mon œil ! »

  1. Ola les amis,
    Le temps a passé très vite depuis plus d’un mois que je n’étais venu faire un tour par chez vous … et que de choses vous avez faites et partagées (contraste avec notre propre immobilité!). Bravo pour tous ces clichés toujours superbes, même avec le dernier appareil et surtout pour toutes ces belles rencontres que vous nous faites partager. Enfin, merci pour la page des musiques que je viens de découvrir, neuneu que je suis, et qui est une autre invitation au voyage. On vous embrasse et toujours bon vent et joie !

    1. Merci Roger ! Mais non, tu n’es pas neuneu. Et ça me plaît que les gens découvrent un peu par hasard la page que je nourris de temps en temps… Pour l’Argentine, va y a voir de quoi se sustenter… Bisous.

      1. Je suis rassuré d’être au rez-de-chaussée et non au sous-sol ! Est-ce qu’au moins ma garce de nièce vous donne de ses nouvelles? Une jolie amie en vérité… Rassurez-vous: je l’ai déshéritée !

  2. Pas neuneu du tout!! Moi qui suis très régulièrement vos péripéties, je n’avais même pas vu le lien pour la musique… Allo quoi!!
    Merci Roger! Des bises au passage aux tontons!
    Et merci toujours Sandrine et Denis pour vos récits de voyage qui permettent de s’évader un peu…
    Bonne continuation!

    1. Merci Elina, je me sens moins seul grâce à toi… J’espère que tout se passe bien pour toi et pour ta petite famille qui je crois va s »agrandir? Gros bisous de nous 2.

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