Archives mensuelles : mars 2015

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Passage par l’île de Chiloé Et l’automne fait son entrée

Les palofitos de Gamboa sous la pluie (Castro, île de Chiloé)
Les palofitos de Gamboa sous la pluie (Castro, île de Chiloé)

Remonter le Chili, c’est un peu faire de la géographie grandeur nature1)Cette expression me vient d’un certain Éric Plée, merci à lui.. Plus on avance, plus on se rapproche de l’équateur. Donc, théoriquement, les températures doivent augmenter. Sauf qu’en même temps, on quitte progressivement l’été pour entrer dans l’automne. Et donc, les températures doivent baisser. Paradoxal, non ? En tout cas, sur l’île de Chiloé, on arrive en même temps qu’un épisode de pluie digne de l’Écosse2)Oui, pire qu’un week-end de printemps en Seine-et-Marne.. Il en faut plus pour nous saper le moral : si on ne peut pas aller se promener, tant pis, on cuisine, on discute, on écrit.

À gauche, Gabriela en plein cours de français
À gauche, Gabriela en plein cours de français

C’est d’autant plus facile qu’on est de nouveau reçu chez l’habitant3)Grâce à l’excellent réseau CouchSurfing ; mais vous l’aviez deviné, non ?. Et cette fois-ci, c’est Gabriela qui nous héberge. Elle est professeur d’anglais et, comprenant nos besoins linguistiques, elle n’hésite pas à corriger nos fautes d’espagnol. Elle nous initie aussi aux expressions typiquement locales, comme cet énigmatique «po» que les chilotes4)habitants de l’île de Chiloé ajoutent un peu partout dans leurs phrases. Rapidement, elle nous demande de lui donner des leçons de français, au début par jeu, puis de plus en plus sérieusement.

Départ depuis Puerto Chacabuco
Départ depuis Puerto Chacabuco

Mais, puisqu’il pleut ici et  qu’on fait finalement peu de choses de nos journées, profitons-en pour vous raconter comment on est arrivés là. Vous vous en doutez, qui dit île, dit bateau. Et qui dit bateau, dit port. Pour notre part, le hasard des dates nous oblige à partir de l’un des ports les plus éloignés de Chiloé : Puerto Chacabuco. De Coyhaique, notre dernière étape5)Profitez-en pour lire notre article sur cette sympathique ville chilienne, si ça n’est pas déjà fait., à Chacabuco, c’est l’affaire de 100km, qu’on franchit en trois fois dans trois voitures différentes. Car oui, on a décidé de tester le stop au Chili. Qu’on se le dise, la légende semble vraie : il est très facile de voyager «a dedo» dans ce pays !

Plante dont les grandes feuilles sont utilisées pour préparer le Curanto al hoyo, plat typique de la région
Plante dont les grandes feuilles sont utilisées pour préparer le Curanto al hoyo, plat typique de la région

Tant qu’on y est, on fait une étape dans une réserve naturelle entre Coyhaique et Puerto Aysén. Le temps d’une petite promenade le long du Río Simpson et d’un pic-nic dans un petit chalet pittoresque. Bon, d’accord, il pleut. Mais, on vous l’a déjà dit, notre moral est très bon et il en faut plus pour nous décourager.

En route vers l'île de Chiloé
En route vers l’île de Chiloé

Notre traversée en bateau dure 30 heures et passe par les fjords. Les photos peinent à rendre la beauté des paysages qui nous entourent. Nous naviguons entre des îles très vertes au relief fortement accidenté. De temps en temps, le bateau fait escale dans un petit village perdu au milieu de nulle part. Le soleil finit par percer le temps d’une après-midi mais la pluie se réinstalle rapidement, renforçant le caractère mystérieux de notre traversée. On ne peut pas dire qu’on ait été privés de paysages magiques depuis le début de notre voyage en Amérique du Sud, mais là… on atteint des sommets ! Pour vos prochaines vacances, oubliez Ushuaïa, oubliez l’Amazonie, et arrêtez-vous au Chili dans la région de «los lagos». Et passez par Chiloé, c’est indispensable !

Intérieur tout en bois de l'église de Castro
Intérieur tout en bois de l’église de Castro

Ce qui nous ramène donc à Chiloé6)Cette transition alambiquée est sous licence libre, comme le reste du blog. Vous pouvez la réutiliser à volonté. Ou pas.. Le mardi, veille de notre départ, la pluie cesse et le soleil pointe le bout de son nez. On se précipite donc au terminal de bus. Notre objectif : Achao, dont l’église en bois est renommée. On monte dans un bus… qui fait demi-tour au bout de 15 minutes : la route est bloquée par des marins grévistes. Zut, c’est loupé ! Qu’à cela ne tienne, on se balade dans Castro7)Rien à voir avec le dirigeant cubain, c’est juste le nom de la ville où on est hébergés. en attendant que la route se dégage.

IMG_1128À Castro, il y a aussi une église en bois. Quand on la voit de l’extérieur, avec son jaune et son violet criards, on a du mal à se dire que l’intérieur vaut le détour. Et pourtant… C’est magnifique ! Vraiment, tout est en bois, même les piliers ! On songe au travail que ça a du représenter. Et aussi au nombre d’arbres qu’il a fallu couper pour réaliser tout ça… Autre curiosité de la ville : les palafitos. Il s’agit de maisons sur pilotis, magistralement alignées le long du golfe. Bien sûr, quand on s’approche, on découvre qu’une maison sur deux est … un hôtel. Que voulez-vous ma p’tite dame, faut bien vivre. D’ailleurs, il faut quand même reconnaître que l’île est loin d’être inconnue : on y croise notamment de très nombreux français. Visiblement, on ne nous a pas attendus…

Brebis dans le jardin de l'église de Chonchi
Brebis dans le jardin de l’église de Chonchi

Plein d’optimisme, on retourne au terminal, toujours dans l’espoir d’aller visiter Achao. Peine perdue : la route est toujours bouchée. Histoire de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot, on prend un bus pour Chonchi.Cette ville possède aussi son église en bois et son port. L’ambiance y est très détendue ; on y mange et on s’y promène avant de rentrer à Castro8)Et ne comptez pas sur moi pour vous raconter qu’on a essayé d’aller à Huillinco pour voir le lac, et qu’on a pas réussi à y aller ni en bus ni en stop… Y a des jours comme ça….

Quelque chose me dit qu’on est passé un peu trop rapidement à Chiloé et qu’il faudra revenir un jour finir d’en faire le tour. Dans un futur pas si lointain ? Dans une autre vie ?…

Denis

References   [ + ]

1. Cette expression me vient d’un certain Éric Plée, merci à lui.
2. Oui, pire qu’un week-end de printemps en Seine-et-Marne.
3. Grâce à l’excellent réseau CouchSurfing ; mais vous l’aviez deviné, non ?
4. habitants de l’île de Chiloé
5. Profitez-en pour lire notre article sur cette sympathique ville chilienne, si ça n’est pas déjà fait.
6. Cette transition alambiquée est sous licence libre, comme le reste du blog. Vous pouvez la réutiliser à volonté. Ou pas.
7. Rien à voir avec le dirigeant cubain, c’est juste le nom de la ville où on est hébergés.
8. Et ne comptez pas sur moi pour vous raconter qu’on a essayé d’aller à Huillinco pour voir le lac, et qu’on a pas réussi à y aller ni en bus ni en stop… Y a des jours comme ça…
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À Coyhaique : se sentir voyageurs de nouveau

La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo...
La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo…

Enfin ! Nous voilà de retour chez l’habitant ! Nous arrivons ce samedi après-midi à Coyhaique, à la maison d’Alfredo, jeune professeur d’histoire, vivant seul dans une maison des faubourgs de la ville. Quand je dis seul, il faut bien mesurer que ce n’est pas l’exacte vérité. À tout dire, nous avons l’impression d’être dans l’Auberge espagnole1)film de Klapisch, avec Romain Duris ; nous sommes six couchsurfers dans cette maison. Et encore, Alfredo, parti pour le week-end, manque à l’appel. Nous sommes donc accueillis par deux brésiliennes, Jacqueline et Béatriz, vivant chez lui tout le mois. Et arriveront quelques minutes après nous, Roberto un italien, et Rodrigo, chilien, les deux de passage quelques jours comme nous.

La rue où on a été hébergés pendant 6 jours
La rue où on a été hébergés pendant 6 jours

Nous prenons rapidement nos marques ; la maison est petite pour six mais chacun met la main à la pâte pour le repas, la cheminée à entretenir, les lessives à gérer et l’eau à faire chauffer pour la douche. Nous rencontrons enfin Alfredo le dimanche soir. Nous parlons de l’histoire de son pays, des divers présidents qu’il a connus, des bons et des pires, du fait que les ressources du pays ont été vendues petit à petit aux pays étrangers ; ainsi par exemple, l’eau au Chili appartient aux espagnols. Nous apprenons que le Chili est un pays à haut risque sismique ; c’est pour cela que les maisons sont fabriquées avec une structure d’aluminium et du bois, des plaques de bois ; le tout est très souple et bouge, plie lors de secousses, plutôt que se rompt. Ici, construire une maison de pierre ou de béton est interdit ; trop risqué.

Coyhaique
Coyhaique

La ville de Coyhaique est intéressante pour sa nature environnante. Beaucoup de personnes viennent pêcher le saumon et la truite dans la région, dans le Rio Simpson ou le Rio Coyhaique. Un jour, nous partons avec Jacqueline et Béatriz dans la réserve naturelle de la ville pour une randonnée de 8 heures et un dénivelé de 800 mètres. La forêt native de lengas réussit à nous étonner, même après plusieurs mois en Patagonie. Et pour la première fois depuis longtemps, on retrouve le pin et son odeur caractéristique. Nous croisons quelques lacs et nous décidons de pique-niquer au bord de la Laguna Los Mallines. La balade nous emmène plus haut ensuite, aux alentours de 1380 mètres, sur le Cerro Cinchao, cerné de cailloux, de pierres ; c’est un endroit quasi lunaire où rien ne pousse et où souffle un vent terrible qui assèche tout. La descente paraît interminable mais comme c’est une boucle, nous découvrons d’autres milieux naturels, avec d’autres essences d’arbres2)Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région..

IMG_0806Les jours suivants nous permettent de préparer la suite du voyage et nous en profitons aussi pour déambuler dans la ville et ses alentours. Au cours de nos balades, il n’est pas rare que nous soyons accompagnés par quelques chiens errants qui s’ennuient et en profitent pour faire un bout de chemin avec nous. Une après-midi, nous croisons Nicolas3)Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com, jeune professeur des écoles en France, parti faire le tour du monde, et qui vit de la vente de fleurs en papier, dans la rue. Il est à chaque fois hébergé par des instituteurs des écoles des villes par où il passe et en profite pour rendre visite aux élèves, leur faire une présentation sur l’école française. Ce coin du Chili est traversé par la route appelée Carretera Austral, très connue des voyageurs choisissant le Chili. Pour nous, c’est une vraie découverte et ce parcours nous plaît plus que la Ruta 40, en Argentine, dont la réputation nous paraît tout-à-coup surfaite. Les paysages le long de cette route sont composés de montagnes incroyables, de lacs offrant une palette de bleus étonnants et des forêts aux arbres imposants.

Nous quittons la ville de Coyhaique, non sans goûter aux spécialités culinaires du coin. Vous commencez à nous connaître ! Aussi découvrons-nous les sopaipillas, sorte de beignets que l’on accompagne d’une sauce à l’aji4)piment ; c’est le retour de la nourriture de la rue ! Et une bière délicieuse, la Dolbek, brassée à Coyhaique même.

C’est donc ici, dans cette ville accueillante et cette maison fantastique, que nous nous sentons de nouveau plus voyageurs que touristes.

Sandrine

References   [ + ]

1. film de Klapisch, avec Romain Duris
2. Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région.
3. Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com
4. piment
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Passage forcé par l’Argentine : petites galères et grandes surprises

Note préliminaire : cet article explique comment passer du sud du Chili (au niveau de Puerto Natales) à la Carretera Austral. Vu le peu d’informations disponibles sur internet, il nous semblait important de détailler cette étape, plutôt difficile. Pour ceux qui suivent ce site pour les photos et le dépaysement, on ne vous en voudra pas de lire certains paragraphes en zig-zag, notamment au début 😉

Poursuivre la traversée du Chili depuis Puerto Natales : passage par l'Argentine obligé !
(cliquez sur la carte pour l’agrandir) Poursuivre la traversée du Chili depuis Puerto Natales : passage par l’Argentine obligé !

Comme Sandrine a commencé à vous l’expliquer, traverser le Chili du sud au nord (ou l’inverse) est impossible : à un moment donné, il n’y a plus de route ! Si vous jetez un petit coup d’œil à la carte qu’on vous joint, vous comprendrez pourquoi : à cet endroit, le Chili est divisé en petites îles et la partie continentale est recouverte d’un glacier infranchissable. Dans un premier temps, nous espérions trouver un bateau qui nous emmène à Puerto Aysén (voir la carte) mais ça n’existe pas. Par contre, il existe une ligne de Ferry (Navimag) qui aurait pu nous emmener à Puerto Montt, mais c’était nettement plus au nord, et comme vous commencez à le comprendre, nous préférons faire de petites étapes1)Au voyageur qui se retrouverait dans la même situation que nous : le bateau est globalement moins cher qu’une traversée en bus par l’Argentine…. Bref, nous choisissons de repasser par l’Argentine.

Internet nous apprend qu’il est possible de traverser la frontière à partir d’El Chaltén, moyennant la traversée en ferry d’un ou deux lacs. Les informations sont vagues, qu’à cela ne tienne, on va se renseigner sur place. Au pire, on sera déjà sur la route 40 et on pourra toujours pousser plus au nord, jusqu’à Perito Moreno, par exemple (voir plan). Un premier bus nous permet de franchir la frontière et nous dépose à El Calafate. D’expérience, on sait qu’il n’y a rien à y faire (à part visiter le glacier Perito Moreno, ce que nous avons déjà fait trois semaines plus tôt) ; de plus, le bureau des informations touristiques nous explique que les bus qui mènent à la frontière chilienne partent d’El Chaltén. On se rend donc à El Chaltén après avoir tiré de l’argent et acheté de la nourriture pour deux jours2)Ça aussi, on a pu l’anticiper grâce à notre premier séjour à El Chaltén : là-bas, tout y est hors de prix et aucun distributeur n’accepte les cartes bleues françaises..

El Chaltén
El Chaltén

On arrive à El Chaltén dans la soirée mais les bureaux de vente du terminal routier3)À noter : en espagnol, terminal est un nom féminin… sont encore ouverts. On y apprend que pour traverser la frontière, c’est beaucoup plus compliqué que prévu. D’abord, il faut prendre un bus jusqu’au lac «del desierto». Lac, qui se traverse en ferry. Ensuite, il y a une étape à pieds de 20 km (!) pour atteindre un camping au bord du lac «O’Higgins». Là, il y a un ferry qui passe trois fois par semaine en janvier et février. Mais seulement le samedi le reste de l’année. Or, on est le samedi 28 février. Le prochain ferry est donc dans une semaine. La somme totale demandée4)On fait le détail pour le voyageur qui souhaite le faire : le bus jusqu’au lago del desierto coûte 200 pesos argentinos ; la traversée du même lac coûte 430 pesos argentinos ; la traversée du lago O’Higgins coûte 80 $US ou 44.000 pesos chilenos.  pour l’ensemble du trajet dépasse celle dont nous disposons. Et il est impossible de payer par carte. Ni de tirer de l’argent dans ce village. Sans parler du fait qu’on n’a pas de tente. Bref, même si cette traversée nous parait bigrement excitante, trop de contraintes nous en empêchent.

El Chaltén : vallée du Rio de las vueltas
El Chaltén : vallée du Rio de las vueltas

Dès le lendemain, on retourne au terminal routier pour se renseigner sur le voyage jusqu’à Perito Moreno5)À noter : cette ville porte le même nom que le célèbre glacier qui se visite en partant d’El Calafate. Le prochain bus est pour le lundi soir. Parfait. Sauf que… il coûte très cher (compter 1000 pesos par personne, soit environ 100€) et nous ne pouvons toujours pas payer par carte. Comme il part d’El Calafate (où, là, on pourra tirer de l’argent ou payer par carte) et qu’il est presque vide (il reste 21 places), on se résout à y retourner lundi. On a donc deux jours à attendre à El Chaltén – où, pour rappel, on a déjà passé deux jours deux semaines auparavant (relire l’article sur le Parque de los Glaciares).

Au Lago de los Tres : vu sur le Fitz Roy. Vous le voyez derrière le lac ? Moi non plus !
Au Lago de los Tres : vue sur le Fitz Roy. Vous le voyez derrière le lac ? Moi non plus !

Évidemment, on en profite pour se promener et aller pic-niquer sur les hauteurs. Malheureusement, le temps est mauvais et il pleut presque tout le temps6)Y compris d’ailleurs quand il n’y a pas de nuages, ce qui est difficile à croire mais le climat est tellement étrange ici qu’on ne s’étonne plus de rien.. Les touristes tournent en rond dans leurs hôtels en espérant une accalmie pour sortir. Pour ma part, je décide d’aller monter au Lago de los Tres, au pied du célèbre mont Fitz Roy, histoire de voir de prêt ce colosse. Après 6 km de marche, je me retrouve pris dans une averse de neige si compacte que je ne distingue rien dans le paysage. Qu’à cela ne tienne, je monte jusqu’en haut. En me mettant à l’abri d’un gros rocher, je prends une photo du lac et je redescends… sans avoir vu le Fitz Roy.

Le lundi, on se retrouve donc à El Calafate pour acheter notre billet pour Perito Moreno (la ville). Sauf que la malchance nous poursuit : il n’y a plus de place dans le bus ! On se rabat donc sur celui du lendemain. On nous explique gentiment7)C’est d’ailleurs sans doute la gentillesse de nos interlocuteurs qui nous a empêché de craquer. qu’il est plus intéressant pour nous de passer par Los Antigüos pour traverser la frontière. On change donc nos plans. Et on passe une nuit à El Calafate. Bilan de l’étape : 3 jours et plus de 250€ de perdus. Merci l’Argentine ! Comme on commence à bien connaître l’Argentine, on tire plein d’argent avant de quitter El Calafate, dans le doute. Et encore une fois, on a vu juste : impossible de tirer de l’argent à Los Antigüos.

Montagnes vues depuis Los Antigüos
Montagnes vues depuis Los Antigüos

Une fois arrivés là-bas, on décide d’y passer deux nuits. Le village est très sympathique, permet de nombreuses promenades et possède un argument gastronomique solide : c’est la capitale de la cerise argentine ! Les quelques touristes qui passent par là ne s’y attardent pas et traversent immédiatement la frontière. Ajoutez à ça que la saison touristique touche à sa fin en ce début de mois de mars et vous comprendrez pourquoi on est tout surpris de se retrouver seuls dans les rues et de pouvoir de nouveau discuter avec n’importe qui dans la ville sans avoir à lui demander avant «¿Hablás español?»8)«Tu parles espagnol ?» Eh oui, pendant ces trois dernières semaines, on a été entourés de touristes qui pour la plupart ne parlaient pas un mot d’espagnol…. Les paysages sont superbes : le village est entouré de montagnes et d’un lac majestueux : le Lago Buenos Aires. Sur la costanera9)Promenade urbaine aménagée le long d’une étendue d’eau – lac, rivière, mer ou océan., on tombe sur un loueur de vélos. Tiens ? Et si on s’essayait au tandem ? Et nous voilà traversant la ville à l’ombre des immenses cyprès qui bordent ses avenues10)À noter : l’avenue principale, dite du «11 juillet», est équipée d’une piste cyclable ! Quand on vous disait que c’est vraiment un village sympathique. en essayant de ne pas trop zigzaguer…

Rue typique à Los Antigüos
Rue typique à Los Antigüos

Un peu plus tard, on passe devant un parc municipal joyeusement hirsute longeant le lac. Là encore, les allées sont bordées de grands arbres majestueux. Ça semble désert et ça respire le calme. Le temps est beau et nous sommes dans un petit village tout ce qu’il y a de plus sympathique, vous dit-on. Alors quoi ? Pourquoi ne pouvons-nous pas entrer ? Avec Sandrine, on se comprend immédiatement. Cette solitude… On repense au quartier de la Boca à Buenos Aires. On y était soudain seuls et… on s’y est fait agressés. Ça a beau avoir eu lieu un mois plus tôt, le traumatisme est encore là. On pense aussi à mon frère et à sa copine qui, quelques jours auparavant, se sont fait agresser sur une plage déserte en Colombie11)Leurs agresseurs, armés de machettes, ne leur ont laissé que leurs papiers et leurs cartes bleues. Oui, ils leur ont même pris leurs chaussures… Cette agression les a décidé à rentrer en Europe et on les comprend.. Je sens l’adrénaline diffuser dans la moindre parcelle de mon corps. Je tente de faire un peu le fier et je pénètre dans le parc en éclaireur en demandant à Sandrine d’aller se cacher à l’ombre avec nos affaires. Conclusion : personne, le parc est vide. Évidemment, ça ne nous a pas rassurés pour autant et on a décidé de regagner rapidement le centre-ville. Et même là, dans les larges rues peu fréquentées, on tremble à chaque fois qu’une mobylette se pointe à l’horizon ou qu’une voiture semble ralentir à notre hauteur. Bigre, il va nous falloir encore un peu de temps pour reprendre confiance en nous ! Pour se consoler, on s’achète une petite boite de chocolat artisanal, qu’on déguste en retournant à notre hôtel.

Au Bar Lácteo de Los Antigüos
Au Bar Lácteo de Los Antigüos

Los Antigüos, c’est aussi une dizaine de petites fermes urbaines (les chacras) qui proposent des visites, des dégustations ou de la vente de produits faits sur place. C’est comme ça qu’on se retrouve dans la chacra Shepetovka (et son célèbre bar lácteo), à boire du jus de cerises en mangeant des tartes aux fruits. Et surtout à discuter avec le propriétaire, qui se targue d’avoir une collection quasi unique au monde de fruits et légumes fossilisés (ail, oignon, fraise, champignon, etc.).

Chile Chico, mignon village où on est restés une demie heure !
Chile Chico, mignon village où on est restés une demie heure !

Le vendredi, on reprend la route pour traverser la frontière chilienne une nouvelle fois12)C’est quand même notre troisième entrée en territoire chilien…. Une navette nous attend à la gare routière et nous emmène jusqu’à Chile Chico. C’est juste une dizaine de kilomètres mais les formalités de frontière prennent toujours beaucoup de temps. Et l’entrée au Chili nous inquiète toujours un peu : «Est-ce qu’ils vont nous confisquer nos confitures et nos pâtés ?…»13)Il faut savoir que le Chili interdit l’entrée de fruits et légumes frais, de miel, de produits laitiers, etc. Normalement, il n’y a pas de problème pour la confiture et les pâtés puisque ce sont des produits cuisinés. Une fois à Chile Chico, on a très peu de temps14)Cela dit, le peu qu’on y a vu nous a fait regretter de ne pas avoir le temps d’y passer au moins une nuit : c’est très mignon ce petit village ! : on veut prendre la navette qui fait le tour du lac General Carrera15)Qui s’appelle Lago Buenos Aires du côté argentin et qui est tout simplement de deuxième lac le plus grand d’Amérique du Sud pour aller passer une nuit à Puerto Tranquilo. Bien sûr, pour aller à Coyhaique, il y a plus court : il suffit de prendre une navette pour traverser le lac et passer par Puerto Ibañez. La raison de notre choix ? Eh bien, on nous a dit plusieurs fois depuis la veille qu’un édifice minéral appelé «Capilla de marmol»16)Chapelle de marbre, accessible en bateau depuis Puerto Tranquilo, méritait le détour.

Capilla de marmol
Capilla de marmol

Et on ne regrette pas ce choix ! D’abord la route qui fait le tour du lac est absolument superbe. Les paysages traversés sont tout simplement les plus beaux qu’on ait vus depuis Bariloche. D’accord, on est serrés dans un mini-bus qui cahote sur une route sans asphalte mais, au moins, quand on demande au conducteur de s’arrêter pour prendre des photos, il le fait de bonne grâce. On arrive à Puerto Tranquilo un peu tard (vers 17h) et il commence à pleuvoir. Vu que nous devons repartir le lendemain de bonne heure, on ne prend même pas le temps de chercher un hôtel et on va immédiatement se renseigner au port pour aller faire un tour sur le lac et voir la Capilla de marmol. Là, on nous apprête un bateau avec guide juste pour nous deux et c’est parti ! On vous laisse juger sur les photos si ça valait le détour…

Et voilà, on est de retour au Chili ! Et en seulement une journée, on passe de surprise en surprise, d’émerveillement en émerveillement ! Sur-vendue l’Argentine ? La question se pose…

Denis

References   [ + ]

1. Au voyageur qui se retrouverait dans la même situation que nous : le bateau est globalement moins cher qu’une traversée en bus par l’Argentine…
2. Ça aussi, on a pu l’anticiper grâce à notre premier séjour à El Chaltén : là-bas, tout y est hors de prix et aucun distributeur n’accepte les cartes bleues françaises.
3. À noter : en espagnol, terminal est un nom féminin…
4. On fait le détail pour le voyageur qui souhaite le faire : le bus jusqu’au lago del desierto coûte 200 pesos argentinos ; la traversée du même lac coûte 430 pesos argentinos ; la traversée du lago O’Higgins coûte 80 $US ou 44.000 pesos chilenos.
5. À noter : cette ville porte le même nom que le célèbre glacier qui se visite en partant d’El Calafate
6. Y compris d’ailleurs quand il n’y a pas de nuages, ce qui est difficile à croire mais le climat est tellement étrange ici qu’on ne s’étonne plus de rien.
7. C’est d’ailleurs sans doute la gentillesse de nos interlocuteurs qui nous a empêché de craquer.
8. «Tu parles espagnol ?» Eh oui, pendant ces trois dernières semaines, on a été entourés de touristes qui pour la plupart ne parlaient pas un mot d’espagnol…
9. Promenade urbaine aménagée le long d’une étendue d’eau – lac, rivière, mer ou océan.
10. À noter : l’avenue principale, dite du «11 juillet», est équipée d’une piste cyclable ! Quand on vous disait que c’est vraiment un village sympathique.
11. Leurs agresseurs, armés de machettes, ne leur ont laissé que leurs papiers et leurs cartes bleues. Oui, ils leur ont même pris leurs chaussures… Cette agression les a décidé à rentrer en Europe et on les comprend.
12. C’est quand même notre troisième entrée en territoire chilien…
13. Il faut savoir que le Chili interdit l’entrée de fruits et légumes frais, de miel, de produits laitiers, etc. Normalement, il n’y a pas de problème pour la confiture et les pâtés puisque ce sont des produits cuisinés.
14. Cela dit, le peu qu’on y a vu nous a fait regretter de ne pas avoir le temps d’y passer au moins une nuit : c’est très mignon ce petit village !
15. Qui s’appelle Lago Buenos Aires du côté argentin et qui est tout simplement de deuxième lac le plus grand d’Amérique du Sud
16. Chapelle de marbre
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Patagonia chilena : sur les traces des explorateurs…

Statue de Magellan à Punta Arenas
Statue de Magellan à Punta Arenas

Il est vrai que depuis le début de notre voyage, nous sommes un peu sur les traces des explorateurs. Que ce soit lors des escales dans les caraïbes ou maintenant dans le sud de la Patagonie, des noms d’explorateurs tintent à nos oreilles ; Christophe Colomb et ses successeurs, Darwin, Magellan, Drake, Bougainville.

Nous passons une semaine en Patagonie chilienne et c’est de nouveau une partie de l’histoire des découvertes qui s’offre à nous, qu’elles soient botaniques, zoologiques ou géographiques.

Ça n'est pas un rhume qui aura raison de l'appétit de Sandrine
Ça n’est pas un rhume qui aura raison de l’appétit de Sandrine

Arrivés à Punta Arenas, un peu enrhumés du fait du niveau des températures auxquelles nous ne sommes plus habitués1)on perd vite les mauvaises habitudes!, nous visitons la ville, ses parcs et ses musées pour nous familiariser avec l’histoire du lieu, la vie de ses habitants originels : des tribus de chasseurs-cueilleurs, nomades des terres ou des mers, Yámanas, Aonikenks, Selk’nams, rapidement décimés dès l’arrivée des européens, non pas par la guerre car ils étaient pacifistes et conciliants mais plutôt par des maladies européennes, apportées par les colonisateurs2)anglais, espagnols, italiens, russes, croates, français : sarampión3)maladie infantile voisine de la varicelle, vérole et grippe.

Pingouins de Magellan
Pingouin de Magellan

Avant de quitter Punta Arenas, nous faisons une visite, à la colonie de pingouins de Magellan, qui vient tous les ans se reproduire ici, sur l’île Magdalena : un petit coin de paradis pour eux ; à part quelques touristes, deux heures par jour, en haute saison, priés de ne pas les déranger, il n’y a qu’un phare.

Dernière étape de l’extrême sud chilien, la ville de Puerto Natales. Là encore, une visite de la ville et de son musée historique et une grosse randonnée nous occuperont deux jours. Nous avions prévu de séjourner cinq jours chez un habitant mais la personne qui devait nous accueillir en a décidé autrement … en nous oubliant ! ¡Sin vergüenza! On est évidemment un peu déçus car ça faisait longtemps qu’on n’avait pas trouvé d’hôtes – un mois en fait – et ça nous manque de ne pas être en contact direct avec la population.

Place de l'église à Puerto Natales
Place de l’église à Puerto Natales

Pour nous remettre de notre déception, nous passons un peu de temps à organiser la suite de notre périple, c’est-à-dire, la remontée du Chili : par la terre ou par la mer ? La mer nous tente bien, un voyage de cinq jours en bateau, via l’océan Pacifique, ne serait pas pour nous déplaire mais c’est plus cher que le bus. N’ayant pas trop le temps de scruter les bateaux de commerce au port qui est tout petit, on se tourne vers le bus. Sauf que… il va falloir repasser la frontière argentine, car il n’y a pas de routes pour rejoindre le nord du pays ! Qu’à cela ne tienne, c’est décidé, dans deux jours, on repart.

Au port de Puerto Natales
Au port de Puerto Natales

Nous traînons dans la ville, dont le centre est tout mignon, avec des places arborées et des maisons typiques encore bien conservées. Le bord de mer est joliment et simplement aménagé et nous profitons d’une des premières journées ensoleillées que nous ayons eues depuis plus de deux semaines.

À l’hostel, nous tombons sur un voyageur français, Robert Chartier4)Voir son blog : http://robertchartier.over-blog.com/, parti seul faire la traversée du Brésil et de l’Argentine, en vélo. Il a fini son périple de huit mois et s’apprête à rentrer en France. Mais il prépare déjà le prochain : un parcours sur le Pérou, la Bolivie et le nord du Chili.

Les fameuses «Torres del Paine»
Les fameuses «Torres del Paine»

Depuis qu’on est entrés en Patagonie, on ne cesse de nous parler des Torres del Paine, encore un haut lieu mondial de la randonnée et de l’escalade, situé à 3 heures de bus de Puerto Natales. Du coup, notre dernier jour nous permet d’aller voir un peu à quoi ressemble ces tours. Une fois sur place, 8 heures de marche et un dénivelé de 800 mètres auront raison de nos articulations ! Mais l’arrivée en haut est tout bonnement époustouflante ! Nous passons de l’émerveillement au questionnement : sur quelle planète sommes-nous ? On n’imagine pas une telle beauté naturelle avant de l’avoir sous les yeux.

Nous quittons enfin la Patagonie pour aller à la rencontre de l’habitant, un plus haut dans le nord du Chili mais pas trop… dans la ville la plus polluée du pays, à ce qu’on dit.

Sandrine

References   [ + ]

1. on perd vite les mauvaises habitudes!
2. anglais, espagnols, italiens, russes, croates, français
3. maladie infantile voisine de la varicelle
4. Voir son blog : http://robertchartier.over-blog.com/