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Passage forcé par l’Argentine : petites galères et grandes surprises

Note préliminaire : cet article explique comment passer du sud du Chili (au niveau de Puerto Natales) à la Carretera Austral. Vu le peu d’informations disponibles sur internet, il nous semblait important de détailler cette étape, plutôt difficile. Pour ceux qui suivent ce site pour les photos et le dépaysement, on ne vous en voudra pas de lire certains paragraphes en zig-zag, notamment au début 😉

Poursuivre la traversée du Chili depuis Puerto Natales : passage par l'Argentine obligé !
(cliquez sur la carte pour l’agrandir) Poursuivre la traversée du Chili depuis Puerto Natales : passage par l’Argentine obligé !

Comme Sandrine a commencé à vous l’expliquer, traverser le Chili du sud au nord (ou l’inverse) est impossible : à un moment donné, il n’y a plus de route ! Si vous jetez un petit coup d’œil à la carte qu’on vous joint, vous comprendrez pourquoi : à cet endroit, le Chili est divisé en petites îles et la partie continentale est recouverte d’un glacier infranchissable. Dans un premier temps, nous espérions trouver un bateau qui nous emmène à Puerto Aysén (voir la carte) mais ça n’existe pas. Par contre, il existe une ligne de Ferry (Navimag) qui aurait pu nous emmener à Puerto Montt, mais c’était nettement plus au nord, et comme vous commencez à le comprendre, nous préférons faire de petites étapes1)Au voyageur qui se retrouverait dans la même situation que nous : le bateau est globalement moins cher qu’une traversée en bus par l’Argentine…. Bref, nous choisissons de repasser par l’Argentine.

Internet nous apprend qu’il est possible de traverser la frontière à partir d’El Chaltén, moyennant la traversée en ferry d’un ou deux lacs. Les informations sont vagues, qu’à cela ne tienne, on va se renseigner sur place. Au pire, on sera déjà sur la route 40 et on pourra toujours pousser plus au nord, jusqu’à Perito Moreno, par exemple (voir plan). Un premier bus nous permet de franchir la frontière et nous dépose à El Calafate. D’expérience, on sait qu’il n’y a rien à y faire (à part visiter le glacier Perito Moreno, ce que nous avons déjà fait trois semaines plus tôt) ; de plus, le bureau des informations touristiques nous explique que les bus qui mènent à la frontière chilienne partent d’El Chaltén. On se rend donc à El Chaltén après avoir tiré de l’argent et acheté de la nourriture pour deux jours2)Ça aussi, on a pu l’anticiper grâce à notre premier séjour à El Chaltén : là-bas, tout y est hors de prix et aucun distributeur n’accepte les cartes bleues françaises..

El Chaltén
El Chaltén

On arrive à El Chaltén dans la soirée mais les bureaux de vente du terminal routier3)À noter : en espagnol, terminal est un nom féminin… sont encore ouverts. On y apprend que pour traverser la frontière, c’est beaucoup plus compliqué que prévu. D’abord, il faut prendre un bus jusqu’au lac «del desierto». Lac, qui se traverse en ferry. Ensuite, il y a une étape à pieds de 20 km (!) pour atteindre un camping au bord du lac «O’Higgins». Là, il y a un ferry qui passe trois fois par semaine en janvier et février. Mais seulement le samedi le reste de l’année. Or, on est le samedi 28 février. Le prochain ferry est donc dans une semaine. La somme totale demandée4)On fait le détail pour le voyageur qui souhaite le faire : le bus jusqu’au lago del desierto coûte 200 pesos argentinos ; la traversée du même lac coûte 430 pesos argentinos ; la traversée du lago O’Higgins coûte 80 $US ou 44.000 pesos chilenos.  pour l’ensemble du trajet dépasse celle dont nous disposons. Et il est impossible de payer par carte. Ni de tirer de l’argent dans ce village. Sans parler du fait qu’on n’a pas de tente. Bref, même si cette traversée nous parait bigrement excitante, trop de contraintes nous en empêchent.

El Chaltén : vallée du Rio de las vueltas
El Chaltén : vallée du Rio de las vueltas

Dès le lendemain, on retourne au terminal routier pour se renseigner sur le voyage jusqu’à Perito Moreno5)À noter : cette ville porte le même nom que le célèbre glacier qui se visite en partant d’El Calafate. Le prochain bus est pour le lundi soir. Parfait. Sauf que… il coûte très cher (compter 1000 pesos par personne, soit environ 100€) et nous ne pouvons toujours pas payer par carte. Comme il part d’El Calafate (où, là, on pourra tirer de l’argent ou payer par carte) et qu’il est presque vide (il reste 21 places), on se résout à y retourner lundi. On a donc deux jours à attendre à El Chaltén – où, pour rappel, on a déjà passé deux jours deux semaines auparavant (relire l’article sur le Parque de los Glaciares).

Au Lago de los Tres : vu sur le Fitz Roy. Vous le voyez derrière le lac ? Moi non plus !
Au Lago de los Tres : vue sur le Fitz Roy. Vous le voyez derrière le lac ? Moi non plus !

Évidemment, on en profite pour se promener et aller pic-niquer sur les hauteurs. Malheureusement, le temps est mauvais et il pleut presque tout le temps6)Y compris d’ailleurs quand il n’y a pas de nuages, ce qui est difficile à croire mais le climat est tellement étrange ici qu’on ne s’étonne plus de rien.. Les touristes tournent en rond dans leurs hôtels en espérant une accalmie pour sortir. Pour ma part, je décide d’aller monter au Lago de los Tres, au pied du célèbre mont Fitz Roy, histoire de voir de prêt ce colosse. Après 6 km de marche, je me retrouve pris dans une averse de neige si compacte que je ne distingue rien dans le paysage. Qu’à cela ne tienne, je monte jusqu’en haut. En me mettant à l’abri d’un gros rocher, je prends une photo du lac et je redescends… sans avoir vu le Fitz Roy.

Le lundi, on se retrouve donc à El Calafate pour acheter notre billet pour Perito Moreno (la ville). Sauf que la malchance nous poursuit : il n’y a plus de place dans le bus ! On se rabat donc sur celui du lendemain. On nous explique gentiment7)C’est d’ailleurs sans doute la gentillesse de nos interlocuteurs qui nous a empêché de craquer. qu’il est plus intéressant pour nous de passer par Los Antigüos pour traverser la frontière. On change donc nos plans. Et on passe une nuit à El Calafate. Bilan de l’étape : 3 jours et plus de 250€ de perdus. Merci l’Argentine ! Comme on commence à bien connaître l’Argentine, on tire plein d’argent avant de quitter El Calafate, dans le doute. Et encore une fois, on a vu juste : impossible de tirer de l’argent à Los Antigüos.

Montagnes vues depuis Los Antigüos
Montagnes vues depuis Los Antigüos

Une fois arrivés là-bas, on décide d’y passer deux nuits. Le village est très sympathique, permet de nombreuses promenades et possède un argument gastronomique solide : c’est la capitale de la cerise argentine ! Les quelques touristes qui passent par là ne s’y attardent pas et traversent immédiatement la frontière. Ajoutez à ça que la saison touristique touche à sa fin en ce début de mois de mars et vous comprendrez pourquoi on est tout surpris de se retrouver seuls dans les rues et de pouvoir de nouveau discuter avec n’importe qui dans la ville sans avoir à lui demander avant «¿Hablás español?»8)«Tu parles espagnol ?» Eh oui, pendant ces trois dernières semaines, on a été entourés de touristes qui pour la plupart ne parlaient pas un mot d’espagnol…. Les paysages sont superbes : le village est entouré de montagnes et d’un lac majestueux : le Lago Buenos Aires. Sur la costanera9)Promenade urbaine aménagée le long d’une étendue d’eau – lac, rivière, mer ou océan., on tombe sur un loueur de vélos. Tiens ? Et si on s’essayait au tandem ? Et nous voilà traversant la ville à l’ombre des immenses cyprès qui bordent ses avenues10)À noter : l’avenue principale, dite du «11 juillet», est équipée d’une piste cyclable ! Quand on vous disait que c’est vraiment un village sympathique. en essayant de ne pas trop zigzaguer…

Rue typique à Los Antigüos
Rue typique à Los Antigüos

Un peu plus tard, on passe devant un parc municipal joyeusement hirsute longeant le lac. Là encore, les allées sont bordées de grands arbres majestueux. Ça semble désert et ça respire le calme. Le temps est beau et nous sommes dans un petit village tout ce qu’il y a de plus sympathique, vous dit-on. Alors quoi ? Pourquoi ne pouvons-nous pas entrer ? Avec Sandrine, on se comprend immédiatement. Cette solitude… On repense au quartier de la Boca à Buenos Aires. On y était soudain seuls et… on s’y est fait agressés. Ça a beau avoir eu lieu un mois plus tôt, le traumatisme est encore là. On pense aussi à mon frère et à sa copine qui, quelques jours auparavant, se sont fait agresser sur une plage déserte en Colombie11)Leurs agresseurs, armés de machettes, ne leur ont laissé que leurs papiers et leurs cartes bleues. Oui, ils leur ont même pris leurs chaussures… Cette agression les a décidé à rentrer en Europe et on les comprend.. Je sens l’adrénaline diffuser dans la moindre parcelle de mon corps. Je tente de faire un peu le fier et je pénètre dans le parc en éclaireur en demandant à Sandrine d’aller se cacher à l’ombre avec nos affaires. Conclusion : personne, le parc est vide. Évidemment, ça ne nous a pas rassurés pour autant et on a décidé de regagner rapidement le centre-ville. Et même là, dans les larges rues peu fréquentées, on tremble à chaque fois qu’une mobylette se pointe à l’horizon ou qu’une voiture semble ralentir à notre hauteur. Bigre, il va nous falloir encore un peu de temps pour reprendre confiance en nous ! Pour se consoler, on s’achète une petite boite de chocolat artisanal, qu’on déguste en retournant à notre hôtel.

Au Bar Lácteo de Los Antigüos
Au Bar Lácteo de Los Antigüos

Los Antigüos, c’est aussi une dizaine de petites fermes urbaines (les chacras) qui proposent des visites, des dégustations ou de la vente de produits faits sur place. C’est comme ça qu’on se retrouve dans la chacra Shepetovka (et son célèbre bar lácteo), à boire du jus de cerises en mangeant des tartes aux fruits. Et surtout à discuter avec le propriétaire, qui se targue d’avoir une collection quasi unique au monde de fruits et légumes fossilisés (ail, oignon, fraise, champignon, etc.).

Chile Chico, mignon village où on est restés une demie heure !
Chile Chico, mignon village où on est restés une demie heure !

Le vendredi, on reprend la route pour traverser la frontière chilienne une nouvelle fois12)C’est quand même notre troisième entrée en territoire chilien…. Une navette nous attend à la gare routière et nous emmène jusqu’à Chile Chico. C’est juste une dizaine de kilomètres mais les formalités de frontière prennent toujours beaucoup de temps. Et l’entrée au Chili nous inquiète toujours un peu : «Est-ce qu’ils vont nous confisquer nos confitures et nos pâtés ?…»13)Il faut savoir que le Chili interdit l’entrée de fruits et légumes frais, de miel, de produits laitiers, etc. Normalement, il n’y a pas de problème pour la confiture et les pâtés puisque ce sont des produits cuisinés. Une fois à Chile Chico, on a très peu de temps14)Cela dit, le peu qu’on y a vu nous a fait regretter de ne pas avoir le temps d’y passer au moins une nuit : c’est très mignon ce petit village ! : on veut prendre la navette qui fait le tour du lac General Carrera15)Qui s’appelle Lago Buenos Aires du côté argentin et qui est tout simplement de deuxième lac le plus grand d’Amérique du Sud pour aller passer une nuit à Puerto Tranquilo. Bien sûr, pour aller à Coyhaique, il y a plus court : il suffit de prendre une navette pour traverser le lac et passer par Puerto Ibañez. La raison de notre choix ? Eh bien, on nous a dit plusieurs fois depuis la veille qu’un édifice minéral appelé «Capilla de marmol»16)Chapelle de marbre, accessible en bateau depuis Puerto Tranquilo, méritait le détour.

Capilla de marmol
Capilla de marmol

Et on ne regrette pas ce choix ! D’abord la route qui fait le tour du lac est absolument superbe. Les paysages traversés sont tout simplement les plus beaux qu’on ait vus depuis Bariloche. D’accord, on est serrés dans un mini-bus qui cahote sur une route sans asphalte mais, au moins, quand on demande au conducteur de s’arrêter pour prendre des photos, il le fait de bonne grâce. On arrive à Puerto Tranquilo un peu tard (vers 17h) et il commence à pleuvoir. Vu que nous devons repartir le lendemain de bonne heure, on ne prend même pas le temps de chercher un hôtel et on va immédiatement se renseigner au port pour aller faire un tour sur le lac et voir la Capilla de marmol. Là, on nous apprête un bateau avec guide juste pour nous deux et c’est parti ! On vous laisse juger sur les photos si ça valait le détour…

Et voilà, on est de retour au Chili ! Et en seulement une journée, on passe de surprise en surprise, d’émerveillement en émerveillement ! Sur-vendue l’Argentine ? La question se pose…

Denis

References   [ + ]

1. Au voyageur qui se retrouverait dans la même situation que nous : le bateau est globalement moins cher qu’une traversée en bus par l’Argentine…
2. Ça aussi, on a pu l’anticiper grâce à notre premier séjour à El Chaltén : là-bas, tout y est hors de prix et aucun distributeur n’accepte les cartes bleues françaises.
3. À noter : en espagnol, terminal est un nom féminin…
4. On fait le détail pour le voyageur qui souhaite le faire : le bus jusqu’au lago del desierto coûte 200 pesos argentinos ; la traversée du même lac coûte 430 pesos argentinos ; la traversée du lago O’Higgins coûte 80 $US ou 44.000 pesos chilenos.
5. À noter : cette ville porte le même nom que le célèbre glacier qui se visite en partant d’El Calafate
6. Y compris d’ailleurs quand il n’y a pas de nuages, ce qui est difficile à croire mais le climat est tellement étrange ici qu’on ne s’étonne plus de rien.
7. C’est d’ailleurs sans doute la gentillesse de nos interlocuteurs qui nous a empêché de craquer.
8. «Tu parles espagnol ?» Eh oui, pendant ces trois dernières semaines, on a été entourés de touristes qui pour la plupart ne parlaient pas un mot d’espagnol…
9. Promenade urbaine aménagée le long d’une étendue d’eau – lac, rivière, mer ou océan.
10. À noter : l’avenue principale, dite du «11 juillet», est équipée d’une piste cyclable ! Quand on vous disait que c’est vraiment un village sympathique.
11. Leurs agresseurs, armés de machettes, ne leur ont laissé que leurs papiers et leurs cartes bleues. Oui, ils leur ont même pris leurs chaussures… Cette agression les a décidé à rentrer en Europe et on les comprend.
12. C’est quand même notre troisième entrée en territoire chilien…
13. Il faut savoir que le Chili interdit l’entrée de fruits et légumes frais, de miel, de produits laitiers, etc. Normalement, il n’y a pas de problème pour la confiture et les pâtés puisque ce sont des produits cuisinés.
14. Cela dit, le peu qu’on y a vu nous a fait regretter de ne pas avoir le temps d’y passer au moins une nuit : c’est très mignon ce petit village !
15. Qui s’appelle Lago Buenos Aires du côté argentin et qui est tout simplement de deuxième lac le plus grand d’Amérique du Sud
16. Chapelle de marbre

4 réflexions au sujet de « Passage forcé par l’Argentine : petites galères et grandes surprises »

  1. Eh ben quel périple !!! les photos de Capilla De Marmol sont superbes, c’est magnifique ! Toutes vos photos sont belles, je ne loupe jamais un article. Gros bisous.

  2. Je suis d’accord avec Laurence: très belle cette marmoréenne chapelle ! elle ressemble incroyablement à la Grotta d’azzuro près de Capri, que j’ai visitée il y a bien longtemps (1981 !). Merci encore pour ces belles images… Bises.

  3. C’est un fait que ces découpes de Capilla de Marmol sont stupéfiantes. Et vous avez fait un bon investissement avec votre nouvel appareil photo qui rend bien tous les détails (sans vouloir minimiser la qualité des photographes, bien sûr).
    Et couvrez-vous bien pour ne pas rattraper « fredo »…
    Bisous.

  4. Tout simplement magnifique! De très belles images…
    Je passerais bien quelques jours -mois!- dans cette jolie maison au fond de la vallée…
    Bonne continuation! Prenez soin de vous! Bisous.

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