À Coyhaique : se sentir voyageurs de nouveau

La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo...
La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo…

Enfin ! Nous voilà de retour chez l’habitant ! Nous arrivons ce samedi après-midi à Coyhaique, à la maison d’Alfredo, jeune professeur d’histoire, vivant seul dans une maison des faubourgs de la ville. Quand je dis seul, il faut bien mesurer que ce n’est pas l’exacte vérité. À tout dire, nous avons l’impression d’être dans l’Auberge espagnole1)film de Klapisch, avec Romain Duris ; nous sommes six couchsurfers dans cette maison. Et encore, Alfredo, parti pour le week-end, manque à l’appel. Nous sommes donc accueillis par deux brésiliennes, Jacqueline et Béatriz, vivant chez lui tout le mois. Et arriveront quelques minutes après nous, Roberto un italien, et Rodrigo, chilien, les deux de passage quelques jours comme nous.

La rue où on a été hébergés pendant 6 jours
La rue où on a été hébergés pendant 6 jours

Nous prenons rapidement nos marques ; la maison est petite pour six mais chacun met la main à la pâte pour le repas, la cheminée à entretenir, les lessives à gérer et l’eau à faire chauffer pour la douche. Nous rencontrons enfin Alfredo le dimanche soir. Nous parlons de l’histoire de son pays, des divers présidents qu’il a connus, des bons et des pires, du fait que les ressources du pays ont été vendues petit à petit aux pays étrangers ; ainsi par exemple, l’eau au Chili appartient aux espagnols. Nous apprenons que le Chili est un pays à haut risque sismique ; c’est pour cela que les maisons sont fabriquées avec une structure d’aluminium et du bois, des plaques de bois ; le tout est très souple et bouge, plie lors de secousses, plutôt que se rompt. Ici, construire une maison de pierre ou de béton est interdit ; trop risqué.

Coyhaique
Coyhaique

La ville de Coyhaique est intéressante pour sa nature environnante. Beaucoup de personnes viennent pêcher le saumon et la truite dans la région, dans le Rio Simpson ou le Rio Coyhaique. Un jour, nous partons avec Jacqueline et Béatriz dans la réserve naturelle de la ville pour une randonnée de 8 heures et un dénivelé de 800 mètres. La forêt native de lengas réussit à nous étonner, même après plusieurs mois en Patagonie. Et pour la première fois depuis longtemps, on retrouve le pin et son odeur caractéristique. Nous croisons quelques lacs et nous décidons de pique-niquer au bord de la Laguna Los Mallines. La balade nous emmène plus haut ensuite, aux alentours de 1380 mètres, sur le Cerro Cinchao, cerné de cailloux, de pierres ; c’est un endroit quasi lunaire où rien ne pousse et où souffle un vent terrible qui assèche tout. La descente paraît interminable mais comme c’est une boucle, nous découvrons d’autres milieux naturels, avec d’autres essences d’arbres2)Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région..

IMG_0806Les jours suivants nous permettent de préparer la suite du voyage et nous en profitons aussi pour déambuler dans la ville et ses alentours. Au cours de nos balades, il n’est pas rare que nous soyons accompagnés par quelques chiens errants qui s’ennuient et en profitent pour faire un bout de chemin avec nous. Une après-midi, nous croisons Nicolas3)Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com, jeune professeur des écoles en France, parti faire le tour du monde, et qui vit de la vente de fleurs en papier, dans la rue. Il est à chaque fois hébergé par des instituteurs des écoles des villes par où il passe et en profite pour rendre visite aux élèves, leur faire une présentation sur l’école française. Ce coin du Chili est traversé par la route appelée Carretera Austral, très connue des voyageurs choisissant le Chili. Pour nous, c’est une vraie découverte et ce parcours nous plaît plus que la Ruta 40, en Argentine, dont la réputation nous paraît tout-à-coup surfaite. Les paysages le long de cette route sont composés de montagnes incroyables, de lacs offrant une palette de bleus étonnants et des forêts aux arbres imposants.

Nous quittons la ville de Coyhaique, non sans goûter aux spécialités culinaires du coin. Vous commencez à nous connaître ! Aussi découvrons-nous les sopaipillas, sorte de beignets que l’on accompagne d’une sauce à l’aji4)piment ; c’est le retour de la nourriture de la rue ! Et une bière délicieuse, la Dolbek, brassée à Coyhaique même.

C’est donc ici, dans cette ville accueillante et cette maison fantastique, que nous nous sentons de nouveau plus voyageurs que touristes.

Sandrine

References   [ + ]

1. film de Klapisch, avec Romain Duris
2. Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région.
3. Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com
4. piment

5 réflexions au sujet de « À Coyhaique : se sentir voyageurs de nouveau »

  1. Bonjour les voyageurs !
    Je suis surtout admirative des chiens de rue, qui paraissent en meilleur état (et donc mieux nourris) que nos chats errants d’Aubervilliers. Est-ce qu’il y a au Chili une empathie envers les animaux abandonnés que nous n’avons plus ici ? Ou est-ce propre à ce village ?
    A la prochaine étape !

    1. Bonne question ! Depuis le début de notre voyage, on a vu différentes manières de gérer la place des chiens dans la ville. D’abord, il y a la méthode «européenne» : les chiens sont élevés derrière des clôtures. Comme partout dans le monde, ils aboient méthodiquement sur chaque passant, rendant ainsi toute la ville très bruyante. Ces chiens nous semblent souvent tristes et/ou stressés.

      Ensuite, il y a les chiens rattachés à une maison mais ayant le droit de se promener dans la rue. Ces chiens, en général, t’ignorent tant que tu ne marches pas sur leurs plates-bandes. Par contre, ils peuvent rentrer en conflit avec les chiens errants et/ou ceux qui vivent derrière des clôtures.

      Enfin, il y a les villes où les chiens ne vivent que dans la rue. Ils sont libres de circuler où ils veulent et se nourrissent principalement des poubelles ou des dons des passants. Ce sont des chiens généralement calmes et affectueux, qui ne t’aboieront jamais dessus et qui peuvent t’accompagner dans tes promenades. Éventuellement, ils peuvent s’intéresser à ton sandwich mais ne t’agresseront pas. Dans ces villes-là, les chiens n’aboient jamais et ne semblent pas à plaindre. Il est possible qu’ils soient vecteurs de maladies, mais on n’a pas étudié la question… Cette façon d’élever les chiens est courante au Brésil et au Chili. Beaucoup moins en Argentine et en Uruguay où le modèle «européen» domine.

      Ça répond à ta question ?

      1. À noter : les chiens errants posent tout de même quelques problèmes, notamment dans les exploitations agricoles : ils mangent les poules, les canards, les oies, etc. et effraient les vaches, les chevaux, etc. Bref, ça n’est pas l’idéal non plus…

        1. J’ai eu aujourd’hui la preuve de la validité de ma théorie sur le classement des chiens en trois groupes selon leur degré d’indépendance.
          J’ai eu besoin au cours de la matinée d’aller frapper à la porte d’une maison isolée pour demander un peu d’eau (j’avais oublié d’en emmener et comme je travaillais dehors sous un soleil plutôt fort pour la saison, je me suis vite retrouvé avec la gorge sèche…).
          Devant la maison, il y avait deux chiens, que je rattacherais à la catégorie des chiens «libres de se promener où ils veulent mais rattachés à une maison» (catégorie nº2 de ma classification des chiens). Tant que je suis resté sur le chemin, les chiens m’ont ignoré, mais quand j’ai commencé à traverser le gazon, ils se sont mis à avoir une attitude très agressive et l’un deux m’a mordu à la cheville. J’étais accompagné d’un chien de catégorie 3 (sans attache de territoire) qui a pris les jambes à son cou dès le début de l’incident. Ce chien m’avait suivi toute la matinée sans jamais présenter la moindre agressivité.
          Moralité, les chiens sont comme les humains : ils sont intoxiqués par la défense de la propriété privée.

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