Archives mensuelles : juin 2015

Autour de Cochabamba : au cœur de la Bolivie

Place du septembre à Cochabamba
Place du septembre à Cochabamba

Rarement avons-nous vécu une étape qui nous a autant questionné, sur nous-mêmes et sur notre voyage. Tout commence la veille de notre arrivée à Cochabamba, quand la personne qui devait nous accueillir nous informe qu’elle ne peut plus nous recevoir. Ça n’est pas la première fois1)Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre., bien sûr, mais c’est toujours déprimant : on sait qu’il est impossible de trouver un nouvel hôte à la dernière minute et on se prépare donc à un nouveau séjour en hôtel. On passe par internet pour repérer quelques adresses et ne pas trop avoir à chercher avec nos sacs sur le dos. Du coup, on se retrouve dans un très bel hostel, entre touristes occidentaux (ici, on dit gringo), avec tout le confort moderne. Bolivie, où es-tu ?

Palais de Simon I. Patiño
Palais de Simon I. Patiño

Dans la ville, on repère rapidement les marchés où on peut manger pour pas cher, on se promène dans le centre historique au style colonial et on visite la demeure de Simon I. Patiño, riche propriétaire minier du début du XXème siècle. Cette dernière maison est indécente de richesse, avec ses dorures et ses jardins proprets. Même si c’est désormais un musée et le siège d’une fondation culturelle, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que ressentent les boliviens à la vue d’une telle bâtisse.

Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ
Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ

Au bout de deux jours, devant le caractère bien peu authentique de ce début de séjour, nous décidons de changer d’hôtel. On se retrouve maintenant à mi-chemin des deux marchés de la ville, dont l’un est tout simplement le plus étendu de tout le continent ! On poursuit nos visites, en montant les mille marches qui montent au Christ qui surplombe la ville et en nous promenons dans le pueblito, petit village aujourd’hui intégré dans Cochabamba et qui a été le siège de la première tentative de fondation de la ville.

Vue dans la rue España
Vue dans la rue España

D’où vient qu’on n’arrive pas à se sentir bien ici ? Pourquoi se traîne-t-on ce léger vague-à-l’âme ? Est-ce que ça vient du fait qu’on ne trouve pas d’hôtes ? Qu’on commence à avoir un peu mal au ventre2)Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue… et qu’on est de nouveau essoufflés3)Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée. ? Est-ce que c’est notre voyage lui-même qui commence à nous fatiguer ou est-ce une petite déprime passagère ? Finalement, on prend deux décisions. À court terme, on va aller à la campagne : plusieurs villages dans les environs de Cochabamba retiennent notre attention. À moyen terme, si on ne trouve pas d’hôtes sur La Paz, on quittera rapidement le pays.

Statue d'Esteban Arze à Tarata
Statue d’Esteban Arze à Tarata

On quitte donc la ville une journée pour aller visiter un petit village colonial à une trentaine de kilomètres : Tarata. Le village est très sympathique et il y a énormément de vestiges datant de la colonisation. Il faut dire que de nombreuses figures nationales majeures sont issues de Tarata : Esteban Arze, un des héros de l’indépendance de l’Alto Perú, le Général Melgarejo, président de la république du XIXème, et le Général Barrientos Ortuño, président de la république dans les années 1960. C’est d’ailleurs lors du mandat de ce dernier que Che Guevara a été abattu par l’armée Bolivienne.

Une rue à Tarata
Une rue à Tarata

On passe par l’office de tourisme : est-ce qu’on peut visiter le musée ? Réponse de l’employé : non, je n’ai pas la clé ! Bon, et la tour de l’horloge ? Pas de clé non plus ! Bigre, on manque de chance. On s’installe sur la place principale et on commence à lire la documentation qu’on nous a remise. Quelques minutes plus tard, on voit réapparaître l’employé de l’office de tourisme qui vient à notre rencontre : une des femmes de ménage a les clés des différents monuments de la ville et il est prêt à nous ouvrir le musée. Au final, on passera environ 4 heures en sa compagnie : on a le droit à une visite guidée de l’ensemble du village ! Tout y passe : le musée, l’église, le couvent, le palais consistorial et la tour de l’horloge. Notre guide est un puits de culture intarissable ! On rentre le soir à Cochabamba avec le moral en hausse.

Notre hôtel à Toro Toro
Notre hôtel à Toro Toro

Le lendemain, on part pour un village plus lointain : Toro Toro. Le village fait partie d’un parc national proposant des expéditions variées. On s’y sent si bien qu’on y reste 4 jours ! Difficile de faire la liste de tout ce qu’on aura l’occasion d’y faire : se baigner dans un canyon, admirer des empreintes de dinosaures,  visiter une des grottes les plus profondes de Bolivie… Notre hôtel est fui par les gringos : pas très propre, pas très confortable, pas très beau. Mais nous, on s’en fout ! On s’installe dans une petite chambre au dernier étage avec vue sur les montagnes environnantes. La cour est un vrai capharnaüm : on n’est pas surpris d’y voir sécher des peaux de bêtes et d’y assister à la mise à mort … d’une chèvre (dans des conditions d’hygiène plus que douteuses). Sur la façade de l’hôtel, il est écrit : «ici essence, gasoil, poulet». Tout un programme, non ?

Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro
Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro

Je sais que mon article est un peu long, mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une dernière anecdote ! On passe la dernière journée à Toro-Toro en compagnie d’un groupe de 4 touristes qui voyagent ensemble dans la même voiture : un australien (le conducteur), une française, une canadienne et une italienne. Tout ce petit monde est fort sympathique et on sent qu’ils vivent une aventure formidable. Mais, au cours des visites que nous ferons ensemble, ils ne cessent de parler entre eux en anglais (d’ailleurs, deux d’entre eux parlent difficilement espagnol alors qu’ils traversent des pays hispanophones depuis plusieurs mois…) de choses et d’autres, pendant que nous discutons avec le guide de son pays, de sa région, de la végétation qui nous entoure, etc. N’y voyez pas là un jugement de valeur : leur démarche est tout à fait respectable ! Simplement, elle nous fait prendre conscience de la singularité de la nôtre et nous rappelle pourquoi nous sommes là : pour aller à la rencontre des habitants, avant tout !

Denis

PS : Il y a un an… on quittait notre appartement du Mail des Reines, à Aubervilliers.

References   [ + ]

1. Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre.
2. Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue…
3. Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée.

À Santa-Cruz : quelques jours de climat tropical

Cathédrale de Santa-Cruz-de-la-Sierra
Cathédrale de Santa-Cruz-de-la-Sierra

Après la capitale bolivienne, nous arrivons à Santa Cruz de la Sierra pensant y trouver la chaleur, le soleil et un peu plus d’oxygène, puisque nous sommes quasiment au niveau de la mer et dans la zone de la forêt tropicale. Nous arrivons très tôt et sous une pluie battante, alors que nous sommes en pleine saison sèche. C’est à n’y rien comprendre !

Notre séjour dans la ville même est court. Sans habitant pour nous accueillir et nous expliquer la vie dans cette nouvelle région, l’économie, l’histoire, nous passons quelques moments en visite de musées et nous préférons aller vers les villages alentours. Dans Santa Cruz, nous aurons le temps d’arpenter la place principale, de monter au Mirador de la cathédrale et de profiter d’une visite guidée du musée historique. Nous ne perdons pas nos bonnes habitudes et nous continuons de manger au Mercado central.

Église de Cotoca
Église de Cotoca

Près de Santa Cruz, nous découvrons le petit village de Cotoca où nous passons une journée tranquille à nous promener dans les rues, sur le marché et dans l’ancien cloître de la paroisse. Nous apprécions grandement une journée sans pluie.

Denis et sa nouvelle amie dans le parc botanique de Cotaco
Denis et sa nouvelle amie dans le jardin botanique de Santa-Cruz

Nous en profitons aussi pour faire un tour dans le Jardín botánico. Nous y retrouvons des espèces florales connues puisque nous sommes tout près du Brésil et du Paraguay. Par contre, nous étonnera la présence d’un drôle d’arbre ventru, le toborochi, également symbole de la ville de Santa Cruz de la Sierra.

Nous finissons notre séjour dans le département de Santa Cruz par le village de Samaipata, tout près du Parque nacional Amboró. Nous séjournons dans un hostel super sympa, en pleine nature, possédant un jardin bio en permaculture. Nous passons deux nuits dans une chambre particulière avec une cúpula1)coupole comme nous en avons découvert à El Bolsón, chez Seba et Glo. Un vrai petit paradis ! Dans les environs, il y a de quoi faire en terme de randonnées et découvertes archéologiques. Aussi nous aventurons-nous jusqu’au Fuerte de Samaipata, un site de ruines pré-hispaniques, notamment inca, mais pas que !

Notre petite maison à Samaipata
Notre petite maison à Samaipata

Dans le Parque nacional Amboró, accompagnés par Erwin, notre guide pour une journée, nous parcourons plusieurs kilomètres, dans une forêt de végétation native et sauvage. Nous sommes rapidement entourés de fougères géantes, los helechos, qui ressemblent plus à des arbres, étant donnée leur taille ! Il nous fait « rêver » en parlant d’insectes et d’animaux dangereux que nous ne croiserons pas ce jour-là. 😉 Dans le coin, ils proposent aussi des expéditions d’une journée ou plus pour faire la Ruta del Che. Nous ne la ferons pas. Faut pas déconner, non plus ! C’est se faire de l’argent sur le nom d’un révolutionnaire que les boliviens de l’époque ont aidé à capturer et exécuter…

Sandrine

References   [ + ]

1. coupole comme nous en avons découvert à El Bolsón, chez Seba et Glo

Sucre, ville blanche

2015-06-06_18-08-15Quelle est la capitale de la Bolivie ? La Paz ? Perdu ! Il s’agit de Sucre, modeste ville d’environ 400 000 habitants, ne possédant que le siège du pouvoir judiciaire – l’exécutif et le législatif étant effectivement situés à La Paz, qui est aussi la ville la plus grande du pays. Cette répartition des pouvoirs n’a pas été une franche partie de rigolade puisqu’elle s’est faite au terme d’une guerre civile à la fin du XIXème siècle.

2015-06-08_12-54-12Comme Potosí, Sucre est classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO pour son centre-ville colonial où la couleur blanche domine. Mais ici, tout est bien conservé, bien entretenu et même l’air semble moins affecté par les pots d’échappement. Cependant, très vite, on est rassuré : on est bien en Bolivie ! Les rues sont pleines d’un joyeux mélange ethnique, sorte de symphonie de visages et de vêtements, le tout cohabitant dans un mélodieux brouhaha où l’espagnol se colore de quecha. Et puis, il y a le marché central !

Dans les paniers : des oranges et des chirimoyas
Dans les paniers : des oranges et des chirimoyas

Ah le marché central ! On y trouve de tout : de la nourriture, des vêtements, des objets. Vous qui nous connaissez, vous vous doutez que c’est plutôt l’aspect culinaire qui a retenu le plus notre attention ! Des fruits et légumes à perte de vue (dont les délicieux Chirimoyas), des fromages frais et savoureux à 5 bolivianos 1)moins d’un euro !!, les fameux chorizos bien gras et juteux, des pains, des gâteaux et cette petite cour intérieure où de nombreuses vendeuses de jus de fruits haranguent les passants, derrière leurs stands où leur tête dépasse à peine tant il est chargé de fruits colorés. On s’y sent tellement bien qu’on y passe au moins deux fois par jour pour s’y alimenter ou simplement pour se promener au milieu des odeurs et des cris joyeux.

Tissus à Tarabuco
Tissus à Tarabuco

À Sucre, on dort chez l’habitant pour la première fois depuis notre entrée en Bolivie. Comme nous l’avons déjà fait dans d’autres grandes villes, nous avons accepté deux «couchs»2)C’est comme ça qu’on désigne un hôte trouvé grâce au site couchsurfing.org différents. D’abord, on est attendu chez Veronica3)Exceptionnellement, les prénoms ont été changés et nous ne mettons pas de photo du fait d’un contencieux entre nous, qu’on vous racontera plus tard… et sa fille de 14 ans, Anita. Elles habitent au onzième étage d’un des très rares edificios de Sucre. De leur appartement, on voit toute la ville et c’est très beau, de jour comme de nuit. On en profite pour y cuisiner les denrées glanées sur le marché… Veronica m’apprend quelques mots en quecha. Sur ses conseils, on va visiter un sympathique petit village des environs : Tarabuco. On y trouve une feria où on vend des tissus magnifiques, de tradition locale.

Sandwichs au chorizo sur le marché central
Sandwichs au chorizo sur le marché central

Notre deuxième expérience de couchsurfing sera plus malheureuse : on attend notre hôte en vain une heure sur la place centrale… Ça nous était déjà arrivé une fois au Chili mais ça nous laisse tout de même moroses. Pour nos deux dernières nuits, on se rabat sur un hostal un peu miteux (mais pas cher), situé en plein centre-ville, à deux pas du marché.

Cimetière de Sucre
Cimetière de Sucre

La même journée, on visite le cimetière et on y rencontre un jeune bolivien, Marco, étudiant en sociologie, qui nous fait une visite guidée. Après nous avoir plongés dans l’histoire du pays en nous montrant un certain nombre de tombes illustres, il nous parle de la période actuelle, d’Evo Morales et des grandes réformes entreprises en Bolivie récemment. Il a les yeux qui brillent en nous racontant tout ça et nous on se met à rêver : et si on élisait un jour un Evo en France. Un président qui affirmerait haut et fort que la diversité culturelle est une force et qui modifierait la constitution dans ce sens4)La constitution bolivienne est une des seules au monde à reconnaître le droit de chaque ethnie, élevée au rang de «nation», a défendre sa culture, ses traditions, sa langue, etc. un président constamment à l’écoute des syndicats et des travailleurs, un président qui dit : «la compétitivité non, la solidarité oui»

Denis

References   [ + ]

1. moins d’un euro !!
2. C’est comme ça qu’on désigne un hôte trouvé grâce au site couchsurfing.org
3. Exceptionnellement, les prénoms ont été changés et nous ne mettons pas de photo du fait d’un contencieux entre nous, qu’on vous racontera plus tard…
4. La constitution bolivienne est une des seules au monde à reconnaître le droit de chaque ethnie, élevée au rang de «nation», a défendre sa culture, ses traditions, sa langue, etc.

Entrée en Bolivie : et on prend de l’altitude…

À Uyuni
À Uyuni

Après dix mois de voyage, nous voici face à notre sixième pays d’Amérique du Sud : la Bolivie. Nos premières étapes sont Uyuni et Potosí, deux villes dans lesquelles nous n’avons malheureusement pas trouvé d’habitants pour nous héberger. Quoiqu’il en soit, le dépaysement est au rendez-vous !

Nous arrivons à Uyuni après un trajet qui dure 8 heures, assez époustouflant du point de vue des paysages : on monte rapidement dans la Cordillère des Andes et on roule longuement sur l’Altiplano. Dès le passage de la douane bolivienne, c’est le dépaysement ; il y a une femme qui vend de la nourriture chaude et des sodas, vêtue d’une jupe sur pantalon avec un haut très coloré et un chapeau de paille sur la tête. Ça y est, on a changé de pays et pour une fois, ça se voit !

Gare d'Uyuni
Gare d’Uyuni

À Uyuni, on trouve un hôtel pas trop cher, avec douche chaude surtout ! Nous y restons trois jours. Il nous faudra déjà une journée et demie pour nous adapter à l’altitude1)Uyuni est située à 3 670 m et faire disparaître les petits inconvénients du type maux de tête et fatigue. Comme on nous l’a déjà conseillé plusieurs fois, on se met à la coca. C’est assez doux, c’est bon et c’est dynamisant ! Faut dire qu’après plus de 6 mois de breuvages aux herbes en tous genres (téréré, maté), c’est pas le maté de coca2)Infusion de feuilles de coca qui va nous faire peur !

Île de cactus au milieu du Salar d'Uyuni
Île de cactus au milieu du Salar d’Uyuni

Il y a tellement d’officines de tourisme organisant des tours dans le Salar qu’il nous aurait fallu au moins une semaine pour toutes les visiter. Mais au bout de trois, on comprend qu’il offre tous à peu près le même tour au même prix. On choisit donc un tour d’une journée pour aller voir ce fameux Salar, en passant par le cimetière de trains, un village d’artisanat du sel, l’île aux cactus (en plein milieu du Salar, autant dire, en plein milieu de nulle part ;-)), le monument du Dakar (qu’on a salué comme il se doit : avec un beau doigt d’honneur et en fredonnant la chanson de Renaud…) et le coucher du soleil en plein désert de sel. On ramènera des cristaux, par la même occasion.

Église d'Uyuni
Église d’Uyuni

Dans la ville d’Uyuni, il faut réellement quitter la place principale et ses alentours, dévolus aux touristes, pour trouver une ambiance et une nourriture plus «locale». Le dernier soir, un peu par hasard, on trouve une rue dans laquelle il y a une rangée de restaurants fréquentés par des boliviens. Ces restaurants font griller de la viande sur un énorme barbecue, installé directement sur le trottoir. Il suffit d’entrer, de demander quels morceaux on souhaite et quel accompagnement et on est servis pour pas cher. Bon, on a suscité un peu la curiosité des clients installés. Mais certains ont vite été rassurés en me voyant dévorer à pleines dents et avec les mains des morceaux de viande succulents ! Finalement, nous sommes tous pareils devant un délicieux plat de viandes grillées !

Place du 10 novembre à Potosí
Place du 10 novembre à Potosí

Le lendemain, on part pour Potosí, à quelques 4 heures de bus d‘Uyuni et 500 mètres de plus en altitude. En réalité la route monte et descend sans cesse et on dépasse plusieurs les 4 000 m. La ville elle-même étant située à 4 070 m, elle est de fait la 2ème plus haute ville (de plus de 100 000 habitants) du monde !

À Potosí, on découvre une ville d’une très grande richesse architecturale, datant de l’époque coloniale. Au XVII° siècle, elle était alors la ville la plus riche du monde et c’est ici qu’on frappait la monnaie de l’empire espagnol. Cette richesse est due à l’exploitation des mines d’argent du Cerro Rico. La ville est classée au Patrimoine Mondial par l’UNESCO, mais elle risque de perdre ce titre dans les années à venir, faute d’entretien.

Dans l'un des marchés de Potosí
Dans le mercado central de Potosí

Là encore, on doit prendre une petite journée de pause, pour s’acclimater à l’altitude. Ensuite, nous arpentons les rues de la vieille ville, malgré une sensation d’essoufflement permanente. Dans toutes les rues, des vendeuses de pains, de gâteaux, de jus d’oranges fraîchement pressées, de cacahuètes et autres gourmandises nous attirent. Un midi, nous profitons du Mercado central pour déjeuner d’une délicieuse soupe de mani3)soupe de cacahuètes avec pâtes, pommes de terre, carotte, petits pois et morceaux de viande et faire des petites courses.

Les musées sont ici aussi nombreux que les églises ; en une journée, nous n’aurons pas assez de temps pour tout visiter. Et beaucoup sont en cours de restauration. On suppose qu’ils profitent de la basse saison touristique pour rénover.

Dans la Casa de la Moneda
Dans la Casa de la Moneda

Nous visitons la casa de la Moneda, un des bâtiments les plus luxueux de la ville. On y découvre les procédés de fabrication et les conditions de travail des indigènes employés à la confection de la monnaie. Le bâtiment héberge une collection de peintures dont plusieurs du peintre emblématique de l’époque coloniale, Melchor Pérez Holguín, peintre andin qui ne sachant pas écrire, se dessinait sur la toile, comme personnage secondaire. Aujourd’hui, son portrait est sur les billets de 50 bolivianos. Dans ce même musée, on nous explique la symbolique de représentation de la Virgen del Cerro (vierge associée à la ville de Potosí), représentation de Marie avec le manteau ouvert en forme de la montagne Cerro rico accompagnée de symboles des croyances andines. Une manière de faire croire aux indigènes que le christianisme englobe leurs croyances afin de mieux les convertir…

Baignade dans l'Ojo del Inca
Baignade dans l’Ojo del Inca

Le dernier jour, afin d’échapper à la pollution automobiles des rues, on va pique-niquer sur les bords d’un petit lac, à 25 km de Potosí, appelé Ojo del Inca. L’eau y est à 34°C et avec les températures qui règnent ici, ces degrés bien au dessus de zéro sont les bienvenus4)Ceux qui comprennent l’espagnol apprécieront cette blague des habitants de Potosi qui disent que la ville possède « dos estaciones, la del invierno y la de trenes » ! Les alentours sont aussi étonnants et magiques ; les montagnes possèdent mille couleurs ; des verts, des ocres, des rouges, des marrons, du rose violacé. C’est vraiment à se demander où on est !

Ça fait seulement une semaine qu’on est en Bolivie et on a déjà vu beaucoup de choses magnifiques, dont les paysages spectaculaires de l’Altiplano. Nos habitudes acquises ces derniers mois commencent à changer : on s’habille plus chaudement, même dans le lit (car il n’y a pas de chauffage) ; on apprend à négocier les prix (qui sont souvent un peu plus chers pour le touriste) ; on évite les supermarchés, qui vendent surtout des produits d’importation et on va s’alimenter sur les petits marchés locaux… Et surtout, on s’est rendus compte qu’on n’est pas tous égaux face à la quantité d’oxygène disponible !

Sandrine

References   [ + ]

1. Uyuni est située à 3 670 m
2. Infusion de feuilles de coca
3. soupe de cacahuètes avec pâtes, pommes de terre, carotte, petits pois et morceaux de viande
4. Ceux qui comprennent l’espagnol apprécieront cette blague des habitants de Potosi qui disent que la ville possède « dos estaciones, la del invierno y la de trenes »