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Autour de Cochabamba : au cœur de la Bolivie

Place du septembre à Cochabamba
Place du septembre à Cochabamba

Rarement avons-nous vécu une étape qui nous a autant questionné, sur nous-mêmes et sur notre voyage. Tout commence la veille de notre arrivée à Cochabamba, quand la personne qui devait nous accueillir nous informe qu’elle ne peut plus nous recevoir. Ça n’est pas la première fois1)Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre., bien sûr, mais c’est toujours déprimant : on sait qu’il est impossible de trouver un nouvel hôte à la dernière minute et on se prépare donc à un nouveau séjour en hôtel. On passe par internet pour repérer quelques adresses et ne pas trop avoir à chercher avec nos sacs sur le dos. Du coup, on se retrouve dans un très bel hostel, entre touristes occidentaux (ici, on dit gringo), avec tout le confort moderne. Bolivie, où es-tu ?

Palais de Simon I. Patiño
Palais de Simon I. Patiño

Dans la ville, on repère rapidement les marchés où on peut manger pour pas cher, on se promène dans le centre historique au style colonial et on visite la demeure de Simon I. Patiño, riche propriétaire minier du début du XXème siècle. Cette dernière maison est indécente de richesse, avec ses dorures et ses jardins proprets. Même si c’est désormais un musée et le siège d’une fondation culturelle, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que ressentent les boliviens à la vue d’une telle bâtisse.

Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ
Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ

Au bout de deux jours, devant le caractère bien peu authentique de ce début de séjour, nous décidons de changer d’hôtel. On se retrouve maintenant à mi-chemin des deux marchés de la ville, dont l’un est tout simplement le plus étendu de tout le continent ! On poursuit nos visites, en montant les mille marches qui montent au Christ qui surplombe la ville et en nous promenons dans le pueblito, petit village aujourd’hui intégré dans Cochabamba et qui a été le siège de la première tentative de fondation de la ville.

Vue dans la rue España
Vue dans la rue España

D’où vient qu’on n’arrive pas à se sentir bien ici ? Pourquoi se traîne-t-on ce léger vague-à-l’âme ? Est-ce que ça vient du fait qu’on ne trouve pas d’hôtes ? Qu’on commence à avoir un peu mal au ventre2)Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue… et qu’on est de nouveau essoufflés3)Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée. ? Est-ce que c’est notre voyage lui-même qui commence à nous fatiguer ou est-ce une petite déprime passagère ? Finalement, on prend deux décisions. À court terme, on va aller à la campagne : plusieurs villages dans les environs de Cochabamba retiennent notre attention. À moyen terme, si on ne trouve pas d’hôtes sur La Paz, on quittera rapidement le pays.

Statue d'Esteban Arze à Tarata
Statue d’Esteban Arze à Tarata

On quitte donc la ville une journée pour aller visiter un petit village colonial à une trentaine de kilomètres : Tarata. Le village est très sympathique et il y a énormément de vestiges datant de la colonisation. Il faut dire que de nombreuses figures nationales majeures sont issues de Tarata : Esteban Arze, un des héros de l’indépendance de l’Alto Perú, le Général Melgarejo, président de la république du XIXème, et le Général Barrientos Ortuño, président de la république dans les années 1960. C’est d’ailleurs lors du mandat de ce dernier que Che Guevara a été abattu par l’armée Bolivienne.

Une rue à Tarata
Une rue à Tarata

On passe par l’office de tourisme : est-ce qu’on peut visiter le musée ? Réponse de l’employé : non, je n’ai pas la clé ! Bon, et la tour de l’horloge ? Pas de clé non plus ! Bigre, on manque de chance. On s’installe sur la place principale et on commence à lire la documentation qu’on nous a remise. Quelques minutes plus tard, on voit réapparaître l’employé de l’office de tourisme qui vient à notre rencontre : une des femmes de ménage a les clés des différents monuments de la ville et il est prêt à nous ouvrir le musée. Au final, on passera environ 4 heures en sa compagnie : on a le droit à une visite guidée de l’ensemble du village ! Tout y passe : le musée, l’église, le couvent, le palais consistorial et la tour de l’horloge. Notre guide est un puits de culture intarissable ! On rentre le soir à Cochabamba avec le moral en hausse.

Notre hôtel à Toro Toro
Notre hôtel à Toro Toro

Le lendemain, on part pour un village plus lointain : Toro Toro. Le village fait partie d’un parc national proposant des expéditions variées. On s’y sent si bien qu’on y reste 4 jours ! Difficile de faire la liste de tout ce qu’on aura l’occasion d’y faire : se baigner dans un canyon, admirer des empreintes de dinosaures,  visiter une des grottes les plus profondes de Bolivie… Notre hôtel est fui par les gringos : pas très propre, pas très confortable, pas très beau. Mais nous, on s’en fout ! On s’installe dans une petite chambre au dernier étage avec vue sur les montagnes environnantes. La cour est un vrai capharnaüm : on n’est pas surpris d’y voir sécher des peaux de bêtes et d’y assister à la mise à mort … d’une chèvre (dans des conditions d’hygiène plus que douteuses). Sur la façade de l’hôtel, il est écrit : «ici essence, gasoil, poulet». Tout un programme, non ?

Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro
Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro

Je sais que mon article est un peu long, mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une dernière anecdote ! On passe la dernière journée à Toro-Toro en compagnie d’un groupe de 4 touristes qui voyagent ensemble dans la même voiture : un australien (le conducteur), une française, une canadienne et une italienne. Tout ce petit monde est fort sympathique et on sent qu’ils vivent une aventure formidable. Mais, au cours des visites que nous ferons ensemble, ils ne cessent de parler entre eux en anglais (d’ailleurs, deux d’entre eux parlent difficilement espagnol alors qu’ils traversent des pays hispanophones depuis plusieurs mois…) de choses et d’autres, pendant que nous discutons avec le guide de son pays, de sa région, de la végétation qui nous entoure, etc. N’y voyez pas là un jugement de valeur : leur démarche est tout à fait respectable ! Simplement, elle nous fait prendre conscience de la singularité de la nôtre et nous rappelle pourquoi nous sommes là : pour aller à la rencontre des habitants, avant tout !

Denis

PS : Il y a un an… on quittait notre appartement du Mail des Reines, à Aubervilliers.

References   [ + ]

1. Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre.
2. Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue…
3. Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée.

10 réflexions au sujet de « Autour de Cochabamba : au cœur de la Bolivie »

  1. Coucou, vos articles ne sont jamais trop longs !!! bien au contraire… Effectivement vous n’avez pas trop de chance dans ce pays. Mais si finalement dans les petits villes et villages vous trouvez de l’authenticité et des habitants pour finalement vous donner ce que vous recherchez, tant mieux. Ici en France, c’est la canicule. Depuis quelques jours c’est plus de 30 ° et la semaine à venir on va dépasser les 35° par endroit, ici aussi. Mais on a tellement eu d’étés pourris que même si c’est un peu dur, je ne me plains pas. Gros bisous.

    1. Waouh ! Vous avez plus chaud que nous finalement, alors qu’on est en plein pays tropical ! Merci de continuer à nous suivre, ça fait plaisir ! Bises.

      1. Je lis tous vos articles même si je ne laisse pas forcément de commentaires…..Toutes les semaines je guette, lol!!!

  2. Oui, c’est vrai Denis, rien n’est jamais trop long avec toi…et surtout pas tes anecdotes! Déjà presque un an alors où l’on s’est vu la dernière fois… Que le temps passe vite…mais ton absence s’est fait sentir…non pas par l’absence de fromage dans le frigo de la salle des profs…mais par ta bonne humeur, tes rires et ton vocable si poétique!! 😀
    Bonne continuation. Bisous à vous deux! 🙂 VNTGM…Souvenirs…

      1. oui oui, j’imagine, neuf mois de grossesse c’est aussi neuf mois sans « vrais » fromages… mais alors quel plaisir d’en remanger!!! le pied!! Je dis pas ça pour l’odeur… 😉

  3. Denis Sandrine, j’espère que vous allez bien (apparament, oui quand même, même si la Bolivie vous déroute un peu)
    cela fait plusieurs semaines que je n’avais pas eu de notif RSS du blog. Du coup je lis tout d’un coup, mais peut-être y’a t il un petit problème à résoudre de votre côté ?
    bises

    1. Coucou Delphine !
      Pour la Bolivie, en effet, on était un peu déroutés après une si longue période pendant laquelle on a toujours été accueillis. Maintenant, on s’est fait à l’idée que les boliviens sont assez fermés, c’est vrai.
      Côté blog, pour nous tout est OK, le flux RSS fonctionne bien après vérification. Du coup, pour pouvoir voir s’il y a des problèmes, Denis s’est abonné à notre site (il a un netvibes) 😉
      Je te donne le lien RSS au cas où : peresd.org/feed
      Je vois que les légumes poussent bien. À quand les fruits ?
      Des bises.
      PS : un jour, faudra qu’on passe par chez vous. Entre Denis qui est amoureux des ânes et moi des chats… 😉

      1. les fruits ? jamais ! trop de boulot en plus, je ne cours pas après un surcroit de travail, crois moi !
        j’ai bien le bon lien rss, en fait, et tu vois 1 mois après je n’ai reçu aucun avis pour les nouveau article, je crois qu’en fait il n’y a plus de rafraîchissement pour ce lien sur mon lecteur de flux, bizarre…
        Et oui, on sera content de vous voir.
        bon je vais lire un mois de pérégrination alors 🙂

  4. Coucou les trottins humanistes ! Je suis bien d’accord avec ce fait : vous n’êtes pas des touristes lambda et votre vague-à- l’âme provient des déceptions humaines, mais toujours vous rebondissez vers d’autres rencontres et d’autres découvertes avec une belle énergie ! Bravo et merci… A Paris cet après-midi: 39°7 ! Pour une fois on a le même ciel que vous ! Bon vent à vous avec mes amitiés…

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