Archives mensuelles : août 2015

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Le Bosque Berlín ou les singes dans la brume

Vue du canyon depuis le Bosque Berlín, où nous travaillerons pendant une semaine
Vue du canyon depuis le Bosque Berlín, où nous travaillerons pendant une semaine

On est en route pour Bagua Grande, dans le nord du Pérou, dans ce qui constitue l’entrée occidentale de la forêt amazonienne. Quand j’entends ce nom, je rêve d’une vallée immense sur les rives du Rio Utcubamba qui descend, en cascade, depuis la Cordillère, pour abreuver un coin de paradis vert. J’imagine une forêt tropicale luxuriante et généreuse où se côtoient des bananiers, des cocotiers, des fougères géantes et des ficus, envahie par une flore excentrique et colorée, habitée par une faune bigarrée mais discrète. En fait, il n’en est rien. Le minibus qui nous mène de Chachapoyas à Bagua Grande circule entre des montagnes pelées par la sécheresse et la déforestation. Toute la vallée est maintenant dévolue à l’agriculture et devant nous s’étalent des hectares de rizières. Mon rêve ne serait qu’une vision romantique d’un monde sauvage perdu ?

2015-08-23T12:50:24
Le domaine des Rimarachín

Pour l’heure, nous sommes attendus dans une réserve, plus exactement une Aire de Conservation Privée1)ACP : Area de Conservacion Privada : le Bosque Berlín2)Forêt Berlin, nom donné à la zone par ses habitants, lors d’un vote à main levée, chez les Rimarachín. Pour y arriver, il nous faut faire un bout de chemin avec plusieurs moyens de transport différents. Et une fois arrivés à l’entrée de la zone, il faut encore marcher pendant une heure à travers la forêt, en croisant des fermes isolées ici et là. Mais nous mettrons plus d’une heure et demie à arriver jusqu’à la maison où nous allons travailler, parce qu’on s’est perdus plus d’une fois. Et à chaque fois, nous avons été accueillis par des chiens pas du tout amicaux, qui nous montraient sérieusement les crocs.

De gauche à droite : César, Yessy, Ricardo, Leyda et
De gauche à droite : César, Yessy, Ricardo, Leyda et Victoria

Nous finissons par arriver à la maison de Ricardo, Carmela et de leurs deux filles, Leyda et Victoria, en fin d’après-midi. Elle est enfin là, ma forêt rêvée ! On nous accueille avec le sourire et un goûter. On nous installe dans une grande chambre, uniquement pour tous les deux, et déjà, dès le repas du soir, avec les autres étudiants, chercheurs et travailleurs de la ferme, l’ambiance joviale s’installe. Tous ont un lien particulier avec la forêt. Victoria fait des études de biologie pour travailler à la préservation des espèces. Leyda travaille pour le gouvernement et, en parallèle s’occupe de la propriété familiale à des buts de préservation. C’est grâce à elle que la propriété est devenue depuis peu une réserve ACP. Cette dénomination est plutôt un label qui leur permet d’attirer des scientifiques, ainsi que des touristes, puisqu’ils proposent des chemins de randonnées vers divers lieux du Bosque Berlín.

Avec Leyda et Henry, les yeux levés vers la cime pour apercevoir les monos choros a cola amarilla
Avec Leyda et Henry, les yeux levés vers la cime pour apercevoir les monos choros a cola amarilla

César est étudiant en génie forestier. Il est ici en stage, pour repère des pousses d’arbres d’espèces natives qu’il replante en lisière ; c’est ça qu’on appelle la reforestation. Yessie, présente sur les lieux depuis huit mois, travaille pour une ONG d’écologistes ; elle est spécialiste des primates et elle est ici pour étudier une famille de singes Choros à queue jaune, espèce en voie de disparition. Elle doit inciter les populations à éviter la déforestation, coûte que coûte, afin de permettre aux espèces de s’étendre, voire de survivre en ce qui concerne celle-ci en particulier. Nous partageons nos derniers jours avec Henry, un ouvrier venu pour nettoyer les chemins de l’habitat des singes.

Ricardo, en pleine traite des vaches
Ricardo, en pleine traite des vaches

Les propriétaires, Ricardo et Carmela, font tourner la ferme en s’occupant du jardin et des animaux : des vaches, des cochons, des chevaux, des cuyes3)Cochons d’inde d’élevage et des poules. Ils ont une vision écologique de leur activité, s’opposant à l’utilisation d’agro-toxiques et à la déforestation. Leur ferme est constituée de deux bâtiments, l’un pour la cuisine, les bêtes et l’atelier, l’autre pour les chambres et les douches. Précisons que pendant notre séjour, le domaine est privé d’électricité. En effet, l’énergie électrique d’une centrale hydraulique qui est hors-service pour cause de sécheresse. Encore une autre conséquence de la déforestation. Pour nous, ça signifie douche froide et éclairage à la bougie.

2015-08-21T06:54:52Rapidement, sur notre demande, Ricardo et Leyda nous mettent au jardin, à la préparation de parcelles car c’est le bon moment pour faire les semences. En trois jours de travail, on bêche, on nettoie, on ratisse, on parcellise, on sème, on arrose. On fera même quelques chemins pour délimiter des zones du jardin, pas trop accessibles. Il y a de tout maintenant dans ce grand potager. Nous y avons semé de la cacahuète, différentes variétés de salades, des navets, de la tomate, du piment, du chou et une espèce de courge native de la région. Mais il y a déjà des pommes de terre, plusieurs sortes de maïs, des fraises, des aromates, des herbes à infusion, etc.

Un mono choro a cola amarilla
Un mono choro a cola amarilla

Le dimanche, on nous propose d’aller voir les singes, à une heure et demie de marche du domaine.  La forêt dans laquelle nous nous promenons appartient à une famille qui a décidé de participer à la sauvegarde de l’espèce4)elles sont très rares dans les environs ; déforester pour planter du pin et de l’eucalyptus rapportant beaucoup d’argent rapidement. Nous passons cinq heures à découvrir des papillons, des insectes, des fleurs inconnus. Nous croisons des traces d’animaux sur le sol, dont celles d’une espèce de petits tigres (ou gros chats sauvages), d’une espèce de gros rongeurs et de deux races différentes de serpents. C’est une forêt humide typique, avec ses moustiques, son odeur moite et les nuages suspendus au dessus de sa canopée. En milieu d’après-midi, c’est enfin la rencontre avec les singes. Ils sont là, sur la cime des arbres, tranquillement en train de manger, passant d’un endroit à un autre, avec une nonchalance qui nous fait croire qu’ils sont en paix ici. Nous nous installons au pied de ces grands arbres et faisons durer ce moment pendant des heures. Nous revenons au domaine, sept heures après l’avoir quitté, heureux d’avoir pu vivre quelques instants dans ce petit bout de monde sauvage.

2015-08-26T12:44:46Le lundi, on apprend qu’on ne pourra finalement pas rester autant qu’on le voudrait. En effet, Carmela est souffrante et Leyda doit retourner en ville pour travailler. Après avoir insisté, on nous permet de rester trois jours de plus, le temps d’arranger les deux entrées du domaine et de nettoyer des chemins qui ne se voyaient plus trop. Nous dégageons le passage d’accès à la maison, envahi par des herbes de toutes sortes. Nous préparons des panneaux de bois pour annoncer la bienvenue. On dessine, on peint, on coupe les piliers de bois qui vont accueillir les pancartes. J’en profite pour m’entailler le pouce gauche avec une machette. Ça met plus d’animation dans la ferme que les banales ampoules de Denis !

2015-08-26T12:46:08La ferme se vide peu à peu, les deux filles de la maison sont déjà parties et César, le planteur d’arbres retourne à ses études. Malgré cela, on se sent vraiment bien dans ce lieu de quiétude absolue même si on sait déjà qu’on ne pourra pas y rester plus longtemps. Malgré leur gentillesse, nos hôtes ne nous laissent pas prendre en charge certaines de leurs tâches quotidiennes, qui pourtant nous intéressent (comme celle de traire les vaches ou nourrir les animaux). Et c’est pourquoi cette quatrième expérience en tant que volontaires wwoofing sonne un peu comme un échec.

Sandrine

PS : Il y a un an, on visitait Brasília, après s’être prélassés sur la plage d’Algodoal.

References   [ + ]

1. ACP : Area de Conservacion Privada
2. Forêt Berlin, nom donné à la zone par ses habitants, lors d’un vote à main levée
3. Cochons d’inde d’élevage
4. elles sont très rares dans les environs ; déforester pour planter du pin et de l’eucalyptus rapportant beaucoup d’argent rapidement
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Trujillo sans taxi

Au pied des murs de Chan-Chan
Au pied des murs de Chan-Chan

Il y a un truc qui me trotte dans la tête depuis un certain temps. Au moins depuis qu’on est entrés au Pérou, un mois auparavant. Et si les espagnols n’étaient pas venus tout saccager, à quoi ressemblerait le Pérou aujourd’hui ? La grande cité Chan-Chan, habitée par les Chimús du IXème au XVème siècle, serait-elle encore sur pied ? Le site archéologique, situé à deux pas de la grande ville de Trujillo, où on avons établi nos quartiers, se visite. En longeant ses murs monumentaux, étêtés par le temps, le vent marin et les pillages successifs, on entend au loin le son des vagues du Pacifique, se jetant joyeusement sur les plages de Huanchaco. En dehors de ça, les voix de la plus grande cité de terre au monde se sont tues à jamais.

À l'intérieur du Palacio Nik-An
À l’intérieur du Palacio Nik-An

À l’intérieur du Palacio Nik-An, les décorations murales surprennent : des vagues, des poissons, des pélicans et des motifs géométriques. Tout témoigne d’une imagination riche, plus démonstrative que la froide architecture inca, plus naïve que les somptuosités importées d’occident par la colonisation. Les céramiques Chimús, présentes dans tous les musées archéologiques du pays, montrent quelques scènes quotidiennes, renseignent sur leurs habitudes alimentaires, sur leur façon de s’habiller et sur leurs croyances. Mais pour ce qui est de savoir quelle était l’ambiance dans la cité, si on s’y sentait bien, si on s’y épanouissait plus que dans notre société capitaliste, on en est réduit à spéculer.

En 1470, les incas soumettent les Chimús, au prix d’un effort plus rude que pour le reste du pays1)À cette époque-là, les Chimús avaient eux-aussi des velléités d’expansion et ont peu apprécié de se retrouver privés de leur souveraineté sur leur territoire. et la décadence de Chan-Chan commence. Après la conquête espagnole, la ville est mise-à-sac : les conquistadors cherchent de l’or et se moquent de détruire ce qui fut l’une des plus grandes villes d’Amérique. De toute façon, c’était des infidèles, alors pas d’états d’âme.

Mur de la Huaca de la Luna (culture Moche)
Mur de la Huaca de la Luna (culture Moche)

Avant la culture Chimú, il y a eu les Moches (à prononcer [motché], hein), du début de notre ère jusqu’au VIIIème siècle. Eux-aussi avaient une cité dans la région, à l’emplacement du site archéologique appelé «Huacas del sol y de la luna». Là, au moins, on n’a pas de doutes : on n’aurait pas aimé vivre avec eux. Leur culte à la divinité Ai-Apaec inclut des sacrifices humains et une hiérarchie religieuse qui sent mauvais l’oligarchie. Il n’empêche que leur temple (la Huaca de la luna) impressionne et questionne : qu’avaient-ils besoin de le reconstruire tous les cent ans environ, en prenant bien soin à chaque fois de construire par dessus le précédent, atteignant ainsi la hauteur vertigineuse de 21 mètres dans sa conformation ultime ?

Mairie de Trujillo (place des armes)
Mairie de Trujillo (place des armes)

Notre rancœur envers le conquistador espagnol ne va pas jusqu’à nous empêcher de passer des journées entières à sillonner les rues de Trujillo. On visite tout ce qui peut se visiter, on entre partout où on nous laisse entrer et on s’autorise même quelques excentricités ; comme par exemple d’aller acheter des feuilles de coca sur le marché des grossistes ou d’aller boire un verre de bière artisanale sur l’avenue Húsares de Junín. Et le tout, sans jamais prendre un taxi, ce qui est presque un geste militant de notre part. Ah oui, il faut qu’on vous explique ça ! Les taxis au Pérou, c’est au bas mot 80% du trafic urbain. Ils circulent à vide la plupart du temps, en quête de client, et klaxonnent tous les piétons qu’ils croisent sur leur chemin. Donc, sur un petit trajet de 5 minutes à pied en ville, on se fait klaxonner 10 à 20 fois. Pollution de l’air, agression des oreilles. Alors que les transports en commun existent et sont plutôt corrects. En tout cas, à Trujillo, ils sont réguliers, pas trop pleins et très baratos2)Peu chers.. Péruvien, si tu aimes ton pays, lutte contre les taxis. Entre autre.

Sandrine essaye le Turrón péruvien. Conclusion : c'est pas très bon.
Sandrine essaye le Turrón péruvien. Conclusion : c’est pas très bon.

Comme d’habitude, au bout de quelques jours, on devient connus sur le marché du centre-ville. La tenancière de la juguería3)petite échoppe où l’on sert des jus de fruits sur demande qu’on fréquente tous les midis s’inquiète de ne pas nous voir quand on passera la journée à Huancacho. Huanchaco, c’est la ville voisine, où on trouve quelques-unes des plages les plus réputées de la région, notamment pour la présence de ces embarcations improbables que sont les caballitos de totora, fabriquées à partir de longues tiges d’une plante locale (la totora), comparable à notre roseau. La baignade, par contre, n’est pas une partie de plaisir : même si l’eau est assez chaude, il faut réussir à passer un banc de pierres pour entrer et sortir de l’eau. Je m’y aventure pendant que Sandrine peint le paysage. J’en ressors plein de bleus, de bosses et d’égratignures… Et en plus, je ne suis toujours pas sur la peinture. Encore plus agaçant qu’un taxi péruvien ! 😉

Denis

PS : Il y a un an, on visitait Belem.

References   [ + ]

1. À cette époque-là, les Chimús avaient eux-aussi des velléités d’expansion et ont peu apprécié de se retrouver privés de leur souveraineté sur leur territoire.
2. Peu chers.
3. petite échoppe où l’on sert des jus de fruits sur demande
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Lima, capitale gastronomique d’Amérique

Cathédrale de Lima
Cathédrale de Lima

«Vous devez absolument aller manger du poisson à Callao !» C’est ce que nous conseille une femme assise à côté de nous au marché de Lima, alors que nous dégustons un délicieux repas composé de ceviche et de causa, plats typiques péruviens. Elle nous parle de sa province, Huanuco, où l’on trouve des oranges «douces comme du miel» ! Elle en parle tellement bien… Ça donne envie.

Sur le marché de Callao
Sur le marché de Callao

Arrivés à Lima, on prend de nouveau nos marques, hôtel pas cher où on ne croise que des locaux, repas sur le marché central pour 8 soles1)2,4€. Et effectivement, le niveau gastronomique est monté d’un cran. Tout y est plus fin, plus varié et toujours aussi étonnant. Nous profitons donc d’une visite de la forteresse du roi Felipe , à Callao, le port de Lima, pour y déguster du poisson. Ce sera du chicharron de poisson pour moi et de calamar pour Denis, avec un ceviche en entrée. Dans un port, autant  se la jouer « total poisson » ! Sans oublier la chicha morada, boisson nationale à base de maïs violet.

Fuerte del Rey Felipe
Fuerte del Rey Felipe, à Callao

Le fort du roi Felipe V date de l’époque des attaques de pirates et corsaires qui avaient couramment lieu dans la baie de Lima, au XIIIème siècle, et la visite nous emmène sur les traces des comparses de Jack Sparrow2)héros de la trilogie des films Pirates des Caraïbes, avec Johnny Depp. Pendant deux heures, on est embarqués dans l’histoire militaire du Pérou, celle de l’époque des bandits de grands chemins et des mers mais aussi celle des libérateurs, San Martin et Bolivar.

Dans le parc des expositions
Dans le parc des expositions de Lima

Côté histoire, à Lima, nous sommes servis. Des origines jusqu’à aujourd’hui, il y a des musées à peu près pour tous les goûts. Au musée d’Art (le MALI), on profite du dernier jour d’une exposition sur la société Chavín3)environ -3500 av. J.C. pour en apprendre plus sur les origines du peuplement péruvien. C’est la première civilisation des Andes centrales, dont un complexe archéologique a été découvert à 450 kms de Lima, durant ces dernières années. On leur reconnaît une parfaite maîtrise de la sculpture sur pierre et un art de la céramique bien plus avancé que la plupart des civilisations qui suivront.

La Huaca Pucllana
La Huaca Pucllana

Pour aller plus loin avec l’histoire du Pérou, nous sommes allés visiter la Huaca Pucllana, site religieux de la culture Lima, entre 800 et 1000 ap. J.C., qui s’étend sur plus de 6 hectares, dans le quartier Miraflores. C’est une pyramide en adobe4)brique composée d’un mélange d’argile, d’eau et d’un liant, ici des coquillages pilés, séchées ensuite au soleil qui recueillait des tombes et où étaient pratiqués les sacrifices humains. La construction de la pyramide est dite « en livre » , pour résister aux tremblements de terre.

Tombe de Pizarro dans la cathédrale de Lima
Tombe de Pizarro dans la cathédrale de Lima

Lima est aussi connue pour avoir été fondée par le conquistador Francisco Pizarro, en 1535. C’est d’ailleurs là qu’il est mort, assassiné par un de ses lieutenants. C’est dans la cathédrale que ses restes ont été retrouvés et authentifiés. La ville avait d’abord été baptisée « Cité des rois » mais avec le temps son nom quechua, ‘limaq’, ou Rimac5)également nom du fleuve traversant la ville, mal prononcé par les espagnols, a perduré. Ainsi est née Lima !

Plage de Miraflores
Plage de Miraflores

Bien sûr, comme d’habitude, nous arpentons les rues de la ville, à la recherche de coins sympathiques et parfois délaissés par les circuits touristiques. Le temps n’est pas au beau fixe et ça ne nous empêche pas de prendre des photos, quitte à utiliser un peu plus le noir et blanc que d’habitude. Sans soleil, le joli quartier aux petites maisons colorées de Chucuito perd de son charme et les églises et autres couvents paraissent tristes. Les plages de Miraflores délaissées par les baigneurs et prises d’assaut par les surfeurs me serviront de modèle à une peinture.

Un des nombreux chats de Lima
Un des nombreux chats de Lima

Pour conjurer ce temps nuageux, on entre dans le couvent franciscain6)c’est juré, c’est la dernière fois qu’on en visite un ;- !) et ses catacombes. Avec son mélange d’art espagnol et maure, il est très impressionnant et l’ossuaire ressemble à un grand bazar. Nous entrons également dans l’ancienne estación central, aujourd’hui Maison de la littérature péruvienne ou bibliothèque Mario Vargas Llosa. On y visite une exposition sur l’histoire de la littérature péruvienne pour enfant.

La cerise sur le gâteau sera la visite du musée de la gastronomie péruvienne. Et non, on ne connaissait pas tout ! Du coup, on sort avec une liste de plats et boissons à repérer afin de les goûter avant de quitter le pays…

Les deux derniers jours, le soleil semble sortir de sa cachette et nous fait des clins d’œil.

Petit conseil pour voyageurs : visite vivement recommandée du Musée National d’Archéologie, Anthropologie et Histoire du Pérou, qui se trouve dans le quartier Pueblo libre. Et dans le coin, il y a pas mal de petits restaurant pour manger pas cher, dont un au coin de la place Bolivar qui propose en dessert des énormes parts de tartes ou gâteaux succulents !

Sandrine

PS : Il y a un an, on quittait Marc, notre hôte à Cayenne, pour commencer l’aventure brésilienne jusqu’à Belem.

References   [ + ]

1. 2,4€
2. héros de la trilogie des films Pirates des Caraïbes, avec Johnny Depp
3. environ -3500 av. J.C.
4. brique composée d’un mélange d’argile, d’eau et d’un liant, ici des coquillages pilés, séchées ensuite au soleil
5. également nom du fleuve traversant la ville
6. c’est juré, c’est la dernière fois qu’on en visite un ;-
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Chaleur péruvienne sur les hauteurs d’Ayacucho

Entrée de la maison de Jimmy, Victoria et Gherson
Entrée de la maison de Jimmy, Victoria et Gherson

Ça commence par un petit chemin poussiéreux, qui monte en pente raide au dessus d’Ayacucho, dans le quartier Santa Ana. Le long du chemin, on croise des cactus émergeant fièrement d’une végétation tirant sur le jaune, de nombreux chiens – plus ou moins tranquilles –, un cochon étalé de tout son long au soleil et quelques habitants s’affairant – qui construisant sa maison, qui remontant des marchandises en petite moto-taxis pétaradante. Là haut, il y a la maison de Jimmy, Victoria et Gherson, leur fils, qui seront nos hôtes pour une semaine.

De gauche à droite : Gherson, Victoria et Jimmy
De gauche à droite : Gherson, Victoria et Jimmy

Chez eux, il n’y a pas d’eau courante, donc pas de douche et pas … de toilettes ! Pour se soulager, il faut s’éloigner de la propriété par un autre chemin, qui rejoint un lit de rivière à sec, où chacun vient déposer sa petite offrande à la nature. Pour se doucher, on remplit un seau d’eau et on se mouille en s’aidant d’un petit récipient en plastique. Les habitudes sont très vite prises et dès le premier jour, on se sent comme à la maison. Car il faut dire que l’accueil qu’on nous réserve ici est d’une rare chaleur ! La famille reçoit des voyageurs depuis trois ans et nous présente leur expérience comme quelque chose de constitutif de leur vie quotidienne. La façon dont Victoria cuisine est symptomatique de cet échange permanent avec les cultures qui s’invitent chez eux : elle fait des crêpes, des tortillas, des empanadas, et tient à jour un cahier de recettes dans lequel nous avons modestement ajouté la vinaigrette française.

Tissage d'un poncho
Tissage d’un poncho

Ils sont tous les deux artisans, spécialisés dans le textile. Ils travaillent principalement chez eux même si Jimmy descend régulièrement en ville pour vendre leurs produits au marché d’artisanat local. Ils tissent, cousent, jouent du crochet. Quand ils apprennent que Sandrine a tissé son poncho elle-même, ils veulent immédiatement apprendre. Un grand cadre en bois est construit et un nouveau poncho est mis en chantier. Tout le monde y participe, même le nouvel arrivant, Ondrej, un Tchèque fraîchement débarqué en Amérique du Sud et qui ne parle pas encore espagnol. En échange de ce savoir-faire, Sandrine apprendra quelques rudiments de crochet.

Église San Francisco de Asis d'Ayacucho
Église San Francisco de Asis d’Ayacucho

Bien sûr, de temps en temps, on s’arrache à la convivialité du lieu pour aller visiter la ville et ses alentours. À Ayacucho même, on est surpris par l’abondance et la richesse des églises (il y en a 33 !). Les retables sont particulièrement fastueux. Les entrées sont de nouveau gratuites et, comble du comble, il y a des panneaux explicatifs devant chaque église pour expliquer son histoire et orienter le visiteur à travers son architecture. On repense à Cuzco1)Pour rappel, l’entrée de la basilique de Cuzco coûte 25 soles… et on se dit que les cuzquéniens étaient décidément bien plus préoccupés par leurs billetteries que par la satisfaction de la curiosité du public… On visite aussi le musée consacré à la guerre civile qui affecta le pays de 1980 à 2000. Car c’est à Ayacucho que la guerrilla lancée par le Sentier Lumineux a débuté, ouvrant le bal à une période caractérisée par de graves violations des droits de l’Homme (tortures, viols, disparitions, etc.), tant de la part des guerrilleros que des forces armées péruviennes chargées de la répression.

D’un point de vue culinaire, la spécialité locale est la puca picante, un plat de pommes de terre dans une sauce à base de cacahuètes légèrement pimentée. On la déguste bien entendu dans un marché local, grâce au traditionnel «menú a 5 soles»2)Menu à 5 soles, c’est-à-dire 1,5€, comprenant une soupe, un plat et une boisson.. C’est d’ailleurs autour de cette recette que Victoria me fait l’honneur d’un petit cours de cuisine.

Site archéologique de Wari
Site archéologique de Wari

Plus au nord d’Ayacucho, on visite les ruines de Wari, la première civilisation du Pérou à avoir fondé un empire, quelques siècles avant les incas3)On ne voudrait pas être lourds avec ça, mais ici, l’entrée coûte 3 soles, à comparer avec les 70 soles du billet touristique réduit de Cuzco… Et, là encore, on trouve de la documentation sur place : des panneaux explicatifs et des guides.. Tout le site est entourée d’une immense plaine de cactus. Une telle accumulation a quelque chose d’un peu effrayant, même si certains cactus donnent des fruits délicieux : les tunas. De Wari, on fait du stop pour aller au village de Quinua, connu pour ses poteries et son obélisque. Des poteries, il y en a sur tous les toits du village, par ailleurs assez mignon, et on est impressionnés par certaines façades de maison, très abondamment décorées. On passe quelques heures au pied de l’obélisque (situé dans la Pampa d’Ayacucho), le temps pour Sandrine de peindre le village et pour moi de faire une sieste dans l’herbe. C’est là, précisément à Quinua, que l’indépendance du Pérou a été signée, en 1821.

Sieste sur la pampa d'Ayacucho
Sieste sur la pampa d’Ayacucho

Cette étape de notre voyage est décidément l’une des plus riches qu’on ait vécues jusqu’alors. On y a appris énormément, sur plein de sujets différents : architecture coloniale, civilisations pré-hispaniques, histoire contemporaine du Pérou, artisanat local, gastronomie, etc. Sans parler du fait que notre vocabulaire en espagnol continue à s’enrichir… On quitte cette famille adorable en se promettant de les revoir un jour.

Denis

PS : Il y a un an, on abordait les côtes d’Amérique du sud après quinze jours de traversée en cargo.

References   [ + ]

1. Pour rappel, l’entrée de la basilique de Cuzco coûte 25 soles…
2. Menu à 5 soles, c’est-à-dire 1,5€, comprenant une soupe, un plat et une boisson.
3. On ne voudrait pas être lourds avec ça, mais ici, l’entrée coûte 3 soles, à comparer avec les 70 soles du billet touristique réduit de Cuzco… Et, là encore, on trouve de la documentation sur place : des panneaux explicatifs et des guides.