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Chaleur péruvienne sur les hauteurs d’Ayacucho

Entrée de la maison de Jimmy, Victoria et Gherson
Entrée de la maison de Jimmy, Victoria et Gherson

Ça commence par un petit chemin poussiéreux, qui monte en pente raide au dessus d’Ayacucho, dans le quartier Santa Ana. Le long du chemin, on croise des cactus émergeant fièrement d’une végétation tirant sur le jaune, de nombreux chiens – plus ou moins tranquilles –, un cochon étalé de tout son long au soleil et quelques habitants s’affairant – qui construisant sa maison, qui remontant des marchandises en petite moto-taxis pétaradante. Là haut, il y a la maison de Jimmy, Victoria et Gherson, leur fils, qui seront nos hôtes pour une semaine.

De gauche à droite : Gherson, Victoria et Jimmy
De gauche à droite : Gherson, Victoria et Jimmy

Chez eux, il n’y a pas d’eau courante, donc pas de douche et pas … de toilettes ! Pour se soulager, il faut s’éloigner de la propriété par un autre chemin, qui rejoint un lit de rivière à sec, où chacun vient déposer sa petite offrande à la nature. Pour se doucher, on remplit un seau d’eau et on se mouille en s’aidant d’un petit récipient en plastique. Les habitudes sont très vite prises et dès le premier jour, on se sent comme à la maison. Car il faut dire que l’accueil qu’on nous réserve ici est d’une rare chaleur ! La famille reçoit des voyageurs depuis trois ans et nous présente leur expérience comme quelque chose de constitutif de leur vie quotidienne. La façon dont Victoria cuisine est symptomatique de cet échange permanent avec les cultures qui s’invitent chez eux : elle fait des crêpes, des tortillas, des empanadas, et tient à jour un cahier de recettes dans lequel nous avons modestement ajouté la vinaigrette française.

Tissage d'un poncho
Tissage d’un poncho

Ils sont tous les deux artisans, spécialisés dans le textile. Ils travaillent principalement chez eux même si Jimmy descend régulièrement en ville pour vendre leurs produits au marché d’artisanat local. Ils tissent, cousent, jouent du crochet. Quand ils apprennent que Sandrine a tissé son poncho elle-même, ils veulent immédiatement apprendre. Un grand cadre en bois est construit et un nouveau poncho est mis en chantier. Tout le monde y participe, même le nouvel arrivant, Ondrej, un Tchèque fraîchement débarqué en Amérique du Sud et qui ne parle pas encore espagnol. En échange de ce savoir-faire, Sandrine apprendra quelques rudiments de crochet.

Église San Francisco de Asis d'Ayacucho
Église San Francisco de Asis d’Ayacucho

Bien sûr, de temps en temps, on s’arrache à la convivialité du lieu pour aller visiter la ville et ses alentours. À Ayacucho même, on est surpris par l’abondance et la richesse des églises (il y en a 33 !). Les retables sont particulièrement fastueux. Les entrées sont de nouveau gratuites et, comble du comble, il y a des panneaux explicatifs devant chaque église pour expliquer son histoire et orienter le visiteur à travers son architecture. On repense à Cuzco1)Pour rappel, l’entrée de la basilique de Cuzco coûte 25 soles… et on se dit que les cuzquéniens étaient décidément bien plus préoccupés par leurs billetteries que par la satisfaction de la curiosité du public… On visite aussi le musée consacré à la guerre civile qui affecta le pays de 1980 à 2000. Car c’est à Ayacucho que la guerrilla lancée par le Sentier Lumineux a débuté, ouvrant le bal à une période caractérisée par de graves violations des droits de l’Homme (tortures, viols, disparitions, etc.), tant de la part des guerrilleros que des forces armées péruviennes chargées de la répression.

D’un point de vue culinaire, la spécialité locale est la puca picante, un plat de pommes de terre dans une sauce à base de cacahuètes légèrement pimentée. On la déguste bien entendu dans un marché local, grâce au traditionnel «menú a 5 soles»2)Menu à 5 soles, c’est-à-dire 1,5€, comprenant une soupe, un plat et une boisson.. C’est d’ailleurs autour de cette recette que Victoria me fait l’honneur d’un petit cours de cuisine.

Site archéologique de Wari
Site archéologique de Wari

Plus au nord d’Ayacucho, on visite les ruines de Wari, la première civilisation du Pérou à avoir fondé un empire, quelques siècles avant les incas3)On ne voudrait pas être lourds avec ça, mais ici, l’entrée coûte 3 soles, à comparer avec les 70 soles du billet touristique réduit de Cuzco… Et, là encore, on trouve de la documentation sur place : des panneaux explicatifs et des guides.. Tout le site est entourée d’une immense plaine de cactus. Une telle accumulation a quelque chose d’un peu effrayant, même si certains cactus donnent des fruits délicieux : les tunas. De Wari, on fait du stop pour aller au village de Quinua, connu pour ses poteries et son obélisque. Des poteries, il y en a sur tous les toits du village, par ailleurs assez mignon, et on est impressionnés par certaines façades de maison, très abondamment décorées. On passe quelques heures au pied de l’obélisque (situé dans la Pampa d’Ayacucho), le temps pour Sandrine de peindre le village et pour moi de faire une sieste dans l’herbe. C’est là, précisément à Quinua, que l’indépendance du Pérou a été signée, en 1821.

Sieste sur la pampa d'Ayacucho
Sieste sur la pampa d’Ayacucho

Cette étape de notre voyage est décidément l’une des plus riches qu’on ait vécues jusqu’alors. On y a appris énormément, sur plein de sujets différents : architecture coloniale, civilisations pré-hispaniques, histoire contemporaine du Pérou, artisanat local, gastronomie, etc. Sans parler du fait que notre vocabulaire en espagnol continue à s’enrichir… On quitte cette famille adorable en se promettant de les revoir un jour.

Denis

PS : Il y a un an, on abordait les côtes d’Amérique du sud après quinze jours de traversée en cargo.

References   [ + ]

1. Pour rappel, l’entrée de la basilique de Cuzco coûte 25 soles…
2. Menu à 5 soles, c’est-à-dire 1,5€, comprenant une soupe, un plat et une boisson.
3. On ne voudrait pas être lourds avec ça, mais ici, l’entrée coûte 3 soles, à comparer avec les 70 soles du billet touristique réduit de Cuzco… Et, là encore, on trouve de la documentation sur place : des panneaux explicatifs et des guides.

Une réflexion au sujet de « Chaleur péruvienne sur les hauteurs d’Ayacucho »

  1. Avec vos explications, vous nous mettez l’eau à la bouche, j’espère que vous nous ferez goutter les recettes que vous avez apprises pour nous faire découvrir cette cuisine qui a l’air très gouteuse, chaleureuse. Bisous à bientôt vous lire, bonne continuation.

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