Descendre l’Amazone (1ère partie) : Iquitos, dernière étape péruvienne

Lieu de confluence en ter l'Amazone et le rio Nanay
Lieu de confluence entre l’Amazone et le rio Nanay

Pour nous, le Pérou, c’est un peu une histoire d’eau ; nous y sommes entrés par le lac Titicaca, nous avons fréquenté l’océan Pacifique et nous sortons du pays par le fleuve Amazone. Ce dernier porte le nom de la tribu de femmes guerrières de la mythologie grecque alors qu’habituellement, les fleuves ont le nom de l’explorateur qui les découvre. En effet, Francisco de Orellana, colonel de Pizarro, a dû battre en retraite lors de sa première expédition sur ce fleuve, suite à une attaque par une tribu de femmes guerrières. Pour l’anecdote, ces dernières n’ont par la suite jamais été retrouvées. Il s’agit  du fleuve le plus long du monde, avec un peu plus de 7 000 kms, et par endroit, il atteint 40 kms de large, à la saison des pluies !

Les différentes étapes de notre voyage sur l'Amazone
Les différentes étapes de notre voyage sur l’Amazone – Cliquez pour agrandir

Nous quittons la ville de Chachapoyas pour rejoindre Yurimaguas afin d’y prendre un bateau, direction Iquitos. Entre les deux premières villes, nous faisons un trajet de onze heures de minibus, à travers les contreforts verdoyants de la Cordillère péruvienne, pour arriver sur les rives du fleuve Huallaga, affluent de l’Amazone. À Yurimaguas, je découvre avec stupeur que ma carte bleue a également été clonée et que des malfrats essaient de s’en servir (sans succès car la copie devait comporter des erreurs, ouf !)1)N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain..

Séance lecture studieuse
Séance lecture studieuse

Nous restons une seule nuit à Yurimaguas, le temps de trouver un bateau et l’équipement nécessaire au voyage qui dure deux jours. Après avoir fait le plein d’eau et installer nos hamacs, nous voilà partis, lentement, au rythme de l’eau, pour rejoindre Iquitos, la ville du caoutchouc. Nous sommes installés au niveau inférieur, avec les locaux. En haut, c’est presque vide : c’est là que sont les cabines2)de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés. et un petit espace pour des hamacs, uniquement occupé par des gringos. Les activités à bord sont celles que l’on choisit. Pour nous, c’est lecture, musique, apprentissage et révision du portugais du Brésil, sieste, photos et crapette3)sorte de réussite qui se joue à deux. Au hasard des escales dans certains ports, des vendeurs ambulants nous font découvrir de nouvelles spécialités culinaires et des nouveaux fruits, comme l’aguaje4)fruit du palmier-bâche, un fruit acide qu’il faut peler longuement et sur lequel il y a finalement peu de chair. Le bord du fleuve va en s’élargissant au fur et à mesure du trajet mais les rives se ressemblent ; pure forêt amazonienne et villages parsemés. Comme nous l’avions déjà constaté lors d’une étape similaire au Brésil, il y a un an, les levers et couchers de soleil sont magiques !

Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !
Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !

Je sais, descendre l’Amazone, d’aucuns diraient qu’il n’y a rien de plus facile ; nous voguons dans le sens du courant. Quand bien même, il y a les avaries possibles, le niveau d’eau insuffisant du fleuve dans certains endroits pour la saison, le risque des bestioles pour les européens à peau blanche et fragile que nous sommes, il y a l’hygiène à bord qui est très relative, il y a les nuits sans sommeil si on n’a pas l’habitude de dormir en hamac, avec des voisins bruyants, et il y a l’ennui. Bref, c’est quand même un peu l’aventure.

Place des Armes, Iquitos
Place des Armes, Iquitos

Après deux jours de bateau, on est contents d’arriver à Iquitos pour quatre jours à terre. Cette ville a connu un essor fulgurant à la fin du 19ème siècle, pendant trente ans, grâce à l’extraction du caoutchouc du chiringa (ou hévéa). Nous visitons l’un des premiers bateaux à vapeur qui chargeait le caoutchouc, le Ayapua, devenu musée aujourd’hui. De ce fait, la ville possède quelques demeures coloniales plus ou moins bien conservées et très souvent converties en boutiques ! Dès les années 1910, la production chute car le caoutchouc vient maintenant d’Asie et coûte beaucoup moins cher. La ville d’Iquitos connaît alors un déclin économique qu’elle contrebalancera par la suite avec le pétrole et plus récemment par le tourisme d’aventure.

Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana
Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana

Une fois fait le tour de la ville, on nous indique une réserve où aller se promener et divers centres de protection d’animaux en voie de disparition. Lors d’une journée particulièrement chaude, on ira se balader dans une partie de la forêt tropicale, réservée à la conservation des espèces, la Réserve Nationale Allpahuayo Mishana. Sans vergogne5)on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha, sans crème solaire, sans nourriture, avec un seul litre d’eau et en sandales (!), on se rend compte une fois sur place qu’on n’est pas bien préparés pour ces chemins humides, aux insectes étranges, par endroit éclairés d’un soleil qui nous cuit sur place. Une bonne heure et demie de promenade guidée aura raison de nous. Même à l’abri d’arbres centenaires, immenses et aux racines parfois étonnantes, la moiteur de l’air est étouffante. Toutefois, nous aurons rencontré des espèces médicinales rares, comme les arbustes « Pie de vache » et Camu-camu. On goûtera le fruit de ce dernier en jus bien frais, le lendemain, sur le marché. Plus loin, nous visitons un centre de protection des manatís, gros mammifères marins en voie de disparition, pouvant atteindre 3 mètres de long, chassés ou simplement tués par ceux qui les croisent dans les cours d’eau de l’Amazonie. En fait, ce sont des herbivores très dociles et tranquilles qui se laissent caresser et qui visiblement souffrent d’être tant méconnus.

Mes amis les papillons !
Mes amis les papillons !

Le lendemain, on visite aussi un autre centre de conservation d’espèces aquatiques comme le piraña, le paiche ou le caïman. Nous passerons surtout un merveilleux moment en compagnie de papillons, protégés par une famille qui gère la réserve Pilpintuwasi, pour les élever et les relâcher dans leur milieu naturel. On nous explique toutes les étapes de leur vie. Pendant les quelques heures qui suivent la sortie du cocon, les papillons restent immobiles car ils font sécher leurs ailes, instants qui permettent de les approcher, de les cueillir et de les déposer là où l’on veut 6)oreilles, cheveux, vêtements…. J’ai littéralement été troublée par cette rencontre, à en avoir de doux frissons. À la fin, nous libérons chacun un papillon, un rituel qui satisfait aux exigences écologistes des voyageurs qui passent par là. Lors de ces diverses visites, nous traversons de jolis petits villages tout tranquilles, aux petites rues étroites, où la vie semble s’écouler tout doucement. Les maisons en bois sont ici sur pilotis et leurs toits recouverts de grandes feuilles séchées du palmier-bâche7)arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore..

Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier
Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier

Encore une fois, c’est sur les marchés et leurs comedores que l’on passe du temps. Dans cette partie du Pérou, la gastronomie change de nouveau. Ici, ce sont les poissons d’eau douce qui font l’honneur des grils. On goûte plusieurs plats typiques, du sábalo grillé (un poisson du coin), du chorizo et du tacacho (sorte de purée de bananes cuite dans sa feuille et servie en boule).

 

Lever de soleil à bord du Victor Manuel
Lever de soleil à bord du Victor Manuel

Après ce dernier séjour péruvien, nous quittons une nouvelle fois la terre ferme pour un voyage de quasi deux jours en bateau jusqu’à Tabatinga, ville brésilienne située à la triple frontière8)Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie. Cette fois-ci, le bateau, le Victor Manuel, a une mine un peu défraîchie mais il a le mérite d’avoir un capitaine, un pilote et un personnel efficace et compétent. Cette deuxième étape nous vaut encore des paysages luxuriants et verdoyants et une rencontre rare et furtive avec des dauphins roses, au coucher du soleil.

 

Maison typique sur les rives de l'Amazone
Maison typique sur les rives de l’Amazone

Finalement, après deux mois et un jour, que retenons-nous du Pérou ? D’abord, c’est réellement, à l’égal de la France, le pays de la gastronomie. Elle y est riche et très variée, du fait de la diversité des climats et régions. Ensuite et bien que nous n’ayons été hébergés que par peu de personnes ici, à chaque fois, les rencontres ont été sympathiques, riches en émotions et fortes en souvenir. En quittant le sol péruvien, nous nous remémorons deux étapes importantes dans notre voyage : le Bosque Berlin et sa forte volonté de sauvegarde des espèces et surtout Victoria et Jimmy aux cœurs d’or, d’Ayacucho.

Sandrine

PS : Il y a un an, on rencontrait Elis, à Belo Horizonte, dans l’état du Minas Gerais !

References   [ + ]

1. N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain.
2. de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés.
3. sorte de réussite qui se joue à deux
4. fruit du palmier-bâche
5. on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha
6. oreilles, cheveux, vêtements…
7. arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore.
8. Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie

11 réflexions au sujet de « Descendre l’Amazone (1ère partie) : Iquitos, dernière étape péruvienne »

  1. Coucou vous deux !!!

    Nous continuons à vous suivre activement, et que de beaux chemins parcourus ! La traversée de l’Amazonie est une belle expérience également. Sachant que Denis est un grand amateur de produits locaux, a-t-il testé la coca ?
    Bonne continuation et au plaisir d’avoir de vos nouvelles.
    Gros bisous,
    Charlene, Ludovic et Kylian.

    1. Salut la p’tite bande !

      C’est vrai que quand on s’est croisés au Paraguay, je venais de découvrir le Tereré. Ensuite, quand on est passés en Argentine, je me suis mis à boire du maté, ce qui est globalement la même chose sauf que c’est infusé dans de l’eau chaude.
      Au bout de quelques mois, Sandrine s’y est mise aussi et c’est devenu notre petit déjeuner quotidien. Ça l’est resté jusqu’en Bolivie, où, pour des raisons d’altitude, le maté nous était devenu désagréable (notamment à cause de l’augmentation du rythme cardiaque qu’il engendre). Du coup, on s’est effectivement tournés vers la coca. On en a consommé quotidiennement pendant 3 mois. C’est très doux, agréable en bouche et très bon pour la santé. Mais comparé au maté argentin, c’est très faiblement énergisant. Donc, dès qu’on a quitté les hauteurs des Andes, on s’est remis en quête d’herbe à maté. Depuis qu’on est revenus au Brésil, on en trouve facilement (mais elle n’est pas très bonne) et actuellement, on est donc revenus au petit déjeuner à base de maté.
      À peine arrivés au Brésil, la douane nous a rapidement confisqué nos feuilles de coca. On pensait naïvement pouvoir en rapporter une petite quantité en France mais comme la coca est illégale en France et au Brésil, c’était courir beaucoup de risques. Donc, la coca restera un des bons souvenirs de nos séjours bolivien et péruvien.

      Et vous, ça va ? Vous êtes retournés au boulot ?…

    2. Pour sûr que oui ; on en a fait une grosse consommation ! On voulait même en ramener en France pour faire goûter, sachant que sur le bateau pour traverser l’Atlantique ils ne fouillent pas les bagages. Le seul doute était en sortie de Brésil mais en fait, c’est à l’entrée qu’ils nous l’ont confisquée, sachant qu’on venait du Pérou, on a été honnêtes et on leur a dit qu’on en avait effectivement. produit non autorisé sur le sol brésilien, on n’en a plus du coup ! On n’aurait de toute façon pas pu la garder, ils font passer les chiens « renifleurs » !
      Et vous l’installation sur votre île au soleil ? Tudo bom ?! Et le retour à l’école entre 4 murs pour Kilian, pas trop dur ?! Bises à tous les trois !

      1. Réponse franchouillarde : tout ça devrait pouvoir s’arranger avec les produits locaux de Bourgogne (non, je parle pas des escargots)

        1. Euh… Je ne suis pas sûr d’avoir compris… Tu parles du vin, c’est ça ? Sauf que la feuille de coca n’est pas un psychotrope ! Et c’est à peu près aussi inoffensif qu’un thé vert !

  2. Coucou à vous. Magnifique cette traversée, on a l’impression de la vivre avec vous.. Sandrine les papillons te vont à merveille!! Bisous et bonne vadrouille

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