Descendre l’Amazone (2ème partie) : et nous revoilà au Brésil !

Revenir au Brésil, c'est renouer avec les bains de cascade !
Revenir au Brésil, c’est renouer avec les bains de cascade !

On a tous une liste (plus ou moins secrète) de choses qu’on aimerait faire au moins une fois au court de sa vie. Nous, en arrivant à Belém, on a rayé deux choses de cette liste : 1) descendre en bateau le plus grand fleuve du monde ; 2) prendre un bain de minuit dans une cascade au milieu de la jungle. Pour ce qui est du premier point, on aura tout de même totalisé 11 nuits sur l’Amazone pour y arriver, nuits réparties en 4 voyages de durées croissantes : 2 fois 2 nuits au Pérou, puis 3 nuits de la frontière brésilienne (Tabatinga) à Manaus et 4 nuits pour arriver à Belém. Pour la carte, voir notre précédent article.

L'exubérant théâtre de Manaus
L’exubérant théâtre de Manaus

À Manaus, on a beau se trouver en plein milieu de la forêt amazonienne, à 3 500 km de Brasília1)Capitale du Brésil, simple rappel, on y retrouve tout ce qui fait la saveur du Brésil ! À commencer par la chaleur brésilienne ! Faites-donc l’expérience d’ouvrir une carte en pleine rue ou dans un bus : votre voisin le plus près viendra certainement vous aider et vous fera un bout de conversation. Si vous lui dîtes que vous êtes français, vous verrez même ses yeux s’allumer : comme on avait pu le constater à São Paulo ou à Rio de Janeiro, la France a encore très bonne presse au Brésil.

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Churrasco avec Rafael et Mariana

Autre force du tourisme au Brésil : vous êtes facilement accueilli chez l’habitant. Nos hôtes, Rafael et Mariana, vivent dans un condominio2)Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien., dans une banlieue industrielle de la ville. Ils travaillent pour une des nombreuses multinationales venues profiter de la zone franche de Manaus. Avec eux, on retrouve tout le confort occidental et on se remet à cuisiner ! Dès le premier soir, ils nous emmènent manger en ville et découvrir un petit bar3)Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro. où l’on joue et danse une samba endiablée !

Le Palacete Provincial
Le Palacete Provincial

La ville déborde de trésors architecturaux datant de l’époque du caoutchouc, dont un prodigieux théâtre, d’inspiration française. Le marché est lui aussi particulièrement luxueux, ce qui est un peu étrange pour nous, qui avons été habitués à des marchés plus populaires, plus modestes. Là, c’est clairement un lieu touristique, ce qui ne nous empêche pas d’y aller plusieurs fois, notamment pour y acheter des bonbons à base de chocolat fourré de cupuaçu (un fruit local) ou de castanha do Pará (sorte de grosse noix). On visite aussi les différents musées hébergés dans le très distingué Palacete Provincial.

20150919T083616Après le caoutchouc, la ville est quasiment tombée en décadence. L’installation de la zone franche en 1967 a permis de relancer la machine économique. On n’ira pas poser les questions qui fâchent, du genre : la zone franche contribue-t-elle à la déforestation ? Et pourquoi, malgré cette intense activité économique, la ville possède-t-elle un IDH4)Indice de Développement Humain si bas ? Car ici, comme partout au Brésil, les inégalités sociales sautent aux yeux. Dans une même rue, on croise des SDF écroulés sur le sol, écrasés par la chaleur, des petits marchands ambulants et des brésiliennes vêtues à la dernière mode européenne, sortant des boutiques chics sur-climatisées.

Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira
Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira

Nos hôtes nous conseillent d’aller passer quelques nuits dans la jungle. Et comme on n’est pas des aventuriers, ils nous recommandent une zone très aménagée, près de Presidente Figueiredo, une petite ville à 3 heures de route au nord de Manaus. Ils nous prêtent une tente et deux sacs de couchage et on complète notre baluchon avec quelques vivres, au cas où. Il s’avère que même en partant tôt, on a énormément de mal à atteindre le camping qu’ils nous ont recommandé : peu de transports en commun et le stop fonctionne mal. On arrive au camping à la nuit tombée et on découvre, stupéfaits, … qu’il est fermé ! À travers la grille, on hèle un homme en train de s’installer pour l’apéro et il nous apprend que le camping n’est pas ouvert le lundi. Bigre. Mais… mais, il va quand même demander à sa sœur (la propriétaire) si elle ne voudrait pas faire une exception pour nous. Conclusion, quelques minutes plus tard, on est reçus à bras ouverts dans un camping désert. «Si vous suivez le chemin, à un kilomètre, vous pourrez vous installer à deux pas de la cascade5)Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.». Qu’à cela ne tienne, on parcourt le sentier à peine éclairé par la Lune, et on débarque dans une zone bien aménagée (mais déserte) d’où l’on perçoit un glou-glou prometteur. La tente installée, on se précipite avec délice dans les eaux fraîches du cours d’eau voisin, magnifié par une cascade comme le Brésil sait les faire : généreuse, délicieuse, revitalisante.

L'une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo
L’une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo

Le lendemain, on visite une autre cascade 6)appelée Santuário, plus imposante mais plus fréquentée, où Sandrine prendra le temps de faire la désormais traditionnelle aquarelle de tête d’article. En rentrant au camping (toujours complètement vide), on s’installe une bonne heure avec nos hôtes pour parler géographie et histoire. Évidemment, la soirée se conclut de nouveau par un bain de rivière à la nuit tombante. Le paradis !

Quartier Punta Negra
Quartier Punta Negra

Le dernier jour de notre séjour à Manaus, toujours sur les conseils de Rafael et Mariana, on ira visiter la plage de Ponta Negra, et on sera surpris d’y découvrir un quartier encore plus bourgeois que le centre-ville, avec de hauts immeubles modernes, façon Copacabana7)Un des quartiers riches de Rio de Janeiro. Bon, sur la plage de Ponta Negra, vous vous doutez bien que rien ne pourrait m’empêcher de rentrer dans l’eau ! Même pas son aspect un peu obscur et son écume jaunâtre, qui rappelle vaguement le Coca-Cola. Mais elle est bien chaude et on y entre facilement. Je sèche rapidement au soleil, car ce jour-là il fait 37°C à l’ombre… Néanmoins, ça n’est pas encore là que je pourrais dire «je me suis baigné dans l’Amazone». Tout simplement parce que ce ne sont pas les eaux de l’Amazone qui baignent Manaus, mais celles du Rio Negro.

Encontro das Águas
Encontro das Águas (à gauche, l’Amazone, à droite, le Rio Negro)

Le Rio Negro, c’est le principal affluent de l’Amazone. Ses eaux sont acides et noires. Lorsque les deux rivières se rencontrent, leurs compositions chimiques sont si différentes qu’il faut plusieurs kilomètres de cohabitation avant que les deux cours d’eau ne se mélangent complètement. Du coup, à l’entrée de Manaus, on assiste à un phénomène très étrange : l’«encontro das aguas» : il y a bien une frontière très précise entre les deux rivières. On vous met une photo ci-jointe pour que vous compreniez. On passera cette ligne de démarcation sur le bateau qui nous emmène à Manaus, en provenance de la frontière.

Église de Leticia, l'une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie
Église de Leticia, l’une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie

Tiens, je constate qu’on ne vous a pas dit grand-chose de la frontière brésilienne. Pourtant, on y a passé plusieurs jours, à attendre le départ de notre bateau. On n’y aura pas été inactifs, vous vous en doutez. Et comme cette frontière avec le Pérou est aussi partagée avec la Colombie, on ira y passer une journée ! En réalité, il s’agit d’une seule et même ville : Tabatinga du côté brésilien, avec ses rues bruyantes et enfumées par les churrascos (barbecues), et Leticia du côté colombien, petite ville coquette, avec une jolie rue centrale, encadrée de parcs très verts. Ça nous donne évidemment très envie d’en voir plus mais notre budget nous l’interdit. Snif…

Partage d'un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus
Partage d’un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus

Nos deux voyages sur l’Amazone côté brésilien nous auront permis de faire pas mal de rencontres ! De Tabatinga à Manaus, nos voisines sont uruguayennes, Victoria et Augustina. On leur montre notre magnifique maté8)Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté. acheté à Montevideo et quand elles apprennent qu’on trimbale avec nous de la yerba maté9)C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão, elles sautent de joie ! Du coup, chaque jour, à l’heure du thé, on s’assoit en cercle autour du maté et on refait le monde avec d’autres voyageurs (dont un couple d’allemands et une autre uruguayenne). Entre Manaus et Belém, nos voisins, Laura et Idnane, sont français et ce seront de charmants partenaires de jeux de cartes (dont la belote et la crapette, si vous voulez tout savoir).

Ambiance coucher de soleil sur l'Amazone
Ambiance coucher de soleil sur l’Amazone

Bref, s’il me fallait résumer tout ça, je dirai que ces premiers jours de notre retour au Brésil sont à la hauteur du souvenir qu’on avait de ce pays merveilleux !

Denis

PS : Il y a un an, nous quittions nos amis agro-écologistes du Minas Gerais, après deux semaines géniales de volontariat chez Éric et Marco !

References   [ + ]

1. Capitale du Brésil, simple rappel
2. Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien.
3. Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro.
4. Indice de Développement Humain
5. Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.
6. appelée Santuário
7. Un des quartiers riches de Rio de Janeiro
8. Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté.
9. C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão

4 réflexions au sujet de « Descendre l’Amazone (2ème partie) : et nous revoilà au Brésil ! »

  1. Alors, Sandrine tu as sauté? Le Brésil semble être le pays où vous vous êtes le plus plu, non!!!

    A suivre votre séjour à Belem, cela va me manquer de lire vos beaux descriptifs.

    Au fait, ca y est je signe le 15/10.

    Bisous Mutti

    1. Mais bien sûr que oui, j’ai sauté !
      Sans lunettes, myope comme je suis, je saute dans tous les trous d’eau si on me dit qu »il y a plus de trois mètres de profondeur !!!! Même pas peur ! C’est vrai que j’ai tergiversé et les gens se demandaient vraiment si j’allais le faire.
      Du coup, tout le monde a su qu’on était français, ce qui a déclenché des rencontres ; ceux qui parlaient français venant vers nous pour nous demander d’où on était, nous dire qu’ils parlaient un peu français ; un jeune nous a même présenté sa femme un peu après qu’on ait discuté ensemble ! Bravo pour la signature !

  2. Je reprends votre périple après plusieurs chapitres d’interruption et m’arrête de suite pour un petit commentaire : je lis « comme on n’est pas des aventuriers… » hahaha ! elle est bien bonne celle-là ; je savais qu’en me reconnectant avec vous je passerai un bon moment !
    il fait beau ici, le week-end s’annonce bien et je vous embrasse.
    MH

    1. Coucou copine !
      Si tu savais le genre de périple que font certains voyageurs ici ?! Les argentins semblent être assez champions du voyage sans thune et aussi du tripe super aventure en pirogue, ramant 8 heures par jours… Alors, effectivement, tout est relatif et nous ne sommes pas des aventuriers !!!! Bisous

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