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Salvador : ville tendre, ville rude

Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main
Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main

Imagine un petit stand en pleine rue. Mets-y une brésilienne bien en chaire à la peau noir-d’ébène, le sourire aux lèvres et le verbe haut. Tu l’installes devant une demi-douzaine de marmites aux contenus mystérieux aux noms sentant vaguement la sorcellerie : vatapá, caruru, abará, cocada… Tu lui commandes alors un acarajé et tu la regardes garnir un gros beignet, tout juste sorti de son bain d’huile de dendê, avec le contenu des marmites sus-citées, en finissant par quelques crevettes grillées. Parce que «sem camarão, o acarajé não tem graça1)«sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.». Tu manges cet improbable sandwich debout, en te salissant les mains et le visage et en méditant sur la question suivante : à quoi ressemblerait le Brésil sans ses africains ?

20151007T094924Car on est ici à Salvador, là où la culture brésilienne est la plus intimement liée à son passé esclavagiste. Car du XVIIème siècle jusqu’à 1888, les colonisateurs ont massivement fait venir de la main d’œuvre africaine pour mieux exploiter les ressources de ce territoire immense. Et Salvador étant un des principaux ports du pays, les esclaves y étaient débarqués par navires entiers, emmenant avec eux leur culture, leur gastronomie, leurs rites. Et même plus de 100 ans plus tard, Salvador a gardé un caractère très particulier, à la fois coloré, généreux et… violent.

20151007T074944Salvador a beau être la troisième plus grande ville du Brésil, la capitale de l’état de Bahia et la principale ville du Nordeste, un certain cahot émane en permanence de ses rues tortueuses. S’y mêlent de riches vestiges de l’époque coloniale, aux façades plus ou moins défraîchies, et des habitations plus modestes qui nous rappellent plus Aubervilliers que Rio de Janeiro… L’ambiance y est joyeuse, bruyante, populaire. La ville dégage un charme fou, même sous les nuages2)Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…et surprend à chaque coin de rue. Parfois, les surprises sont mauvaises : c’est ici qu’on nous aura le plus mis en garde contre les agressions en pleine rue. Heureusement pour nous, pendant les 5 jours qu’on passe ici, on ne fera aucune mauvaise rencontre.

Avec Alexandre, notre hôte
Avec Alexandre, notre hôte

C’est même tout le contraire, d’ailleurs ! On est hébergé par Alexandre, dans un appartement où cohabitent une poignée d’étudiants. Lui, il vient de São Paulo et s’est installé récemment à Salvador. Il nous parle de la thèse qu’il est en train d’écrire sur les liens possibles entre formation des enseignants et théâtre.  Il nous parle du Brésil avec lucidité, évoquant avec tristesse la crise politique que le pays traverse. Il nous entraîne dans les rues pleines de charme du Pelourinho (quartier du centre-ville historique), visite avec nous l’église du Bonfim, nous prodigue de pertinents conseils pour bien connaître Salvador et nous cuisine une spécialité locale : la moqueca. Nous, on lui prépare une ratatouille. Autour d’Alexandre gravite une petite bande composée de ses colocataires et de leurs amis : Chris, Thaïs, Felipe, Brenda et Caio. On discute de tout et de rien, du Brésil et de la France, de notre voyage. Et on se frottera ainsi à l’accent local, fort mais élégant, à l’image de Salvador.

20151010T075724Vous parlera-t-on de notre escapade à Praia do Forte ? Oui ? Bon, rapidement alors. Parce que c’est quand même un lieu un peu indécent : des rues toutes proprettes, sans voiture, des hôtels de luxe, des plages très mignonnes mais pleines à craquer. Et puis, une association, Tamar, qui s’occupe de la protection des grandes tortues qui viennent déposer leurs œufs sur les plages brésiliennes. Leur centre est ouvert au public, qui vient par familles entières admirer ces monstres tranquilles. On jette un coup d’œil au menu des restaurants : c’est presque plus cher qu’à Paris… Où est le Brésil, dans tout ça ?…

Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.
Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.

Il y a une chose qu’on entendra régulièrement à Salvador : «allez visiter la Chapada Diamantina !». Chapada Diamantina, c’est le nom de l’immense parc national situé dans l’État de Bahia. Vus les excellents souvenirs qu’on garde de l’autre Chapada brésilienne (la Chapada dos Veadeiros dans l’État de Goias), on ne prend pas ce conseil à la légère ! On ira donc y passer trois jours. Trois jours pour renouer avec l’exubérance de la Nature brésilienne, faite de paysages fantastiques, de végétation d’une rare densité et de lieux de baignade d’une beauté à couper le souffle.

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(Cliquer pour agrandir) Depuis le haut de la cascade Fumaça

Ce parc est tellement grand qu’il y a plusieurs portes d’entrée possibles. Sur les conseils d’une colocataire d’Alexandre, on ira s’installer à Capão. On s’installe dans un chalet minuscule très mignon et on se met en quête d’informations pour les promenades des jours suivants. Et là, on se heurte à quelques petites difficultés imprévues : les chemins sont difficiles d’accès pour les piétons que nous sommes, mal indiqués et les guides sont chers. Confiants dans notre bonne étoile, on décide de se passer de guide pour notre première randonnée : la Cachoeira da Fumaça. Il s’agit d’un petit cours d’eau qui se déverse dans le vide d’un canyon gigantesque. Rapidement, le cours d’eau est chahuté par le vent et atteint le sol sous la forme d’une fine bruine. On fait alors deux constats : le chemin est plutôt simple (on n’a presque jamais hésité) et il est tellement fréquenté qu’il est impossible de s’y perdre. Et pourtant, on a entendu plusieurs fois dans le bureau à l’entrée du parc qu’il était conseillé de prendre un guide pour ne pas se perdre… En redescendant, on prend en photo le plan de la Chapada. Photo qui suffira à réaliser la randonnée du lendemain sans aucun guide.

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Dans le Poço Angélica, avec Carine et Myl, deux brésiliens qu’on croisera plusieurs fois

Notre deuxième randonnée a un nom mystérieux : Purificação. Après avoir marché une heure dans la vallée du Capão, on entre dans le parc en suivant une petite rivière. Rapidement, on débarque dans un premier lieu merveilleux : le Poço Angélica. Il y coule une cascade au pied de laquelle s’est formé un petit lac, suffisamment large et profond pour y nager voluptueusement. On poursuit notre chemin le long de la rivière et on arrive au lieu dit Purificação. Cette fois-ci, c’est carrément un enchaînement de cascades qui nous attend, la dernière étant particulièrement magistrale avec ses 8 mètres de dénivelé, encadrée par deux immenses murs de pierre. Faute de temps et de courage, notre troisième promenade sera la même que la deuxième. Car ici, dans la chapada, les différentes promenades sont très éloignées les unes des autres et il faut parfois compter un temps de locomotion conséquent avant de pouvoir marcher. Ce qui explique que la plupart des visiteurs changent plusieurs fois de camping au cours de leur séjour… Nous, on était un peu trop bien installés dans notre petit chalet pour lui faire des infidélités 😉

Avant de prendre le bus pour notre dernière étape en Amérique du Sud, on repasse à Salvador, chez Alexandre, qui a fêté la veille son 31ème anniversaire. Les retrouvailles sont chaleureuses et on se prépare à quitter Bahia avec un peu de tristesse…

Denis

PS : Il y a un an nous visitions Rio de Janeiro !

References   [ + ]

1. «sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.
2. Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…

3 réflexions au sujet de « Salvador : ville tendre, ville rude »

  1. Coucou les trotteurs du Sud ! Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas envoyé un petit signe d’amitié mais sachez que je continue à lire vos chroniques et à contempler vos images avec fidélité et beaucoup de plaisir. Merci pour ces dernières photos d’une nature qui a l’air intacte et merveilleusement belle ! Je comprends dans vos propos que la fin du voyage approche, alors vivez plus que jamais l’instant ! Amitiés. Roger.

  2. Tout pareil !!!
    Merci ma Sandrinette et Denis pour tous ces récits et toutes vos photos qui ont ensoleillé et enchanté mes yeux de parisienne !
    Vous allez revenir plus riches dans votre coeur de tous ces paysages , de toutes ces rencontres et de tous ces visages authentiques que vous avez croisés …
    Bon voyage de retour les voyageurs et n’oubliez pas que vos familles et vos amis vous attendent !
    Bisous bisous
    Nicole K.

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