L’homme qui traversa les polders à vélo

n’est vraiment pas un héros ! Ben oui, c’est tellement facile ! D’abord, c’est plat. Ensuite, comme partout aux Pays-Bas, me semble-t-il, c’est parfaitement aménagé pour les cyclistes. Les pistes sont larges et bien entretenues, bien séparées des routes.  Et partout, il y a ces petits panneaux rouges qui indiquent les directions et les distances. Y a plus qu’à appuyer sur les pédales. Et à admirer le paysage.

20160331T121310Oui, parce que c’est sacrément beau par là ! Même si c’est plat. Et ce pour une raison très simple : l’eau y est omniprésente ! Il y a des canaux, de petits lacs et la Mer du Nord. J’ai régulièrement l’impression de rouler sur l’eau. Tout autour de moi, il y a de petits champs proprets et des pâturages où les moutons blasés ne lèvent même pas la tête à votre passage. À cet ordonnancement maniaque de l’espace, les oiseaux apportent une touche de folie bienvenue. Ils chantent sans retenue, se courent les uns derrière les autres, chahutent dans les canaux et dans les marécages, prennent leur envol pour un oui, pour un non. Il y a une grande variété de canards, d’oies, d’aigrettes, de cygnes sauvages. Un canal bordé d’arbres, un petit groupe de canards ridant l’eau et une piste cyclable qui longe l’ensemble, et me voilà heureux ! Ajoutez derrière tout ça un petit moulin et vous avez un bon résumé du Zéland 1)Province du sud des Pays-Bas.

Au milieu des paysages humides, j’ai fait trois étapes. À la première, à Middelburg, j’ai décidé de racheter un appareil photo. Mon hôte, Tobias, m’emmène à travers la ville à vélo. Nous parlons exclusivement en néerlandais, et ce malgré mon manque criant de vocabulaire. Je sors mon dictionnaire à tout bout de champ et il me laisse chercher mes mots, avec beaucoup d’indulgence.

Daniel, mon hôte à Zierikzee
Daniel, mon hôte à Zierikzee

Patience et indulgence, deux qualités que partage aussi mon hôte suivant, Daniel, à Zierikzee. Lui, il est musicien. Il chante, joue de la guitare et écrit même des chansons ! Voyant qu’il en a écrit une en néerlandais, je lui demande de me l’apprendre. Nous la chantons à deux voix : «Ik ben op zoek naar een veilige haven»2)«Je suis à la recherche d’un port sûr.» La chanson compare sa jeunesse tourmentée à un bateau sur la mer.. Avant que je ne reprenne mon vélo, il m’offre un livre : «Piratenfeest». C’est un livre d’enfants et il espère que j’arriverai à le déchiffrer malgré mon petit niveau.

Dans le parc naturel de Rockanje
Dans le parc naturel de Rockanje

Mon hôte suivant, Max, habite Rockanje depuis quelques années. Il me confesse que son néerlandais n’est pas très bon et nous échangeons régulièrement en anglais. Il faut dire, à sa décharge, qu’il parle déjà 3 langues : anglais, chinois et japonais. Son parcours est des plus atypiques. Guitariste et chanteur dans un groupe de rock, il part en tournée mondiale à l’âge de 15 ans. Son maître de guitare, initié à la philosophie chinoise antique, l’envoie chercher un maître spirituel en Chine. Max devient alors voyageur et sillonne l’Asie en tous sens. Il y a quelques années, il se voit obligé de revenir dans son pays natal et il s’installe dans la maison familiale. Vêtu d’un kimono sobre, il sert le thé tout en lançant d’un ton badin des discussions d’une profondeur intimidante. J’apprends en passant à déguster des Pu-Er et des Oolongs de première qualité, un peu de cuisine chinoise et beaucoup de préceptes bouddhistes. Il m’emmène (en vélo) dans les dunes de Rockanje, réputées pour leur écosystème très particulier. N’allez pas croire que cette étape très exotique ne m’ait rien appris sur le pays que je suis en train de traverser. Max a justement un regard très distancié sur ses compatriotes et m’explique pourquoi ils ont autant de mal à apprécier Van Gogh (à qui ils préfèrent Vermeer).

Et pendant ce temps, Amsterdam se rapproche…

Denis

PS : Écrire tout un article sur le Zéland sans parler des bateaux, c’est vraiment scandaleux ! Allez, je me rattrape dans les photos.

References   [ + ]

1. Province du sud des Pays-Bas
2. «Je suis à la recherche d’un port sûr.» La chanson compare sa jeunesse tourmentée à un bateau sur la mer.

5 réflexions au sujet de « L’homme qui traversa les polders à vélo »

  1. Elles sont belles tes photos ! Mais je vois qu’il n’y a pas que des oiseaux dans le coin 😉 Quant à ton hôte à Rockanje, as-tu aussi pris un peu de sa philosophie bouddhiste ? En tout cas, je m’imagine bien que tu as bien apprécié les thés, tes préférés (Pu-er et Oolong) ; super cadeau cette rencontre !!! Bisous doux.

    1. Oh, tu sais, moi, les trucs en «isme», en ce moment… Je retiens simplement que là encore, je me suis fait un ami, que j’aurais plaisir à revoir.

  2. On aurait pu croire que ce périple serait moins exotique que la traversée sud-amércaine, mais surprise, c’est tout aussi dépaysant ! Comme quoi le soleil ne fait pas tout.
    Bonne poursuite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *