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Denis fait du vélo

En ce mardi 8 mars 2016, Denis part seul pour un périple de plus de deux mois, direction Amsterdam. Il a décidé de voyager en vélo, doucement, en faisant des étapes raisonnables. Son objectif est de rejoindre son frère, Rémi qui vit aux Pays-Bas, à Amsterdam. Comme pour le voyage en Amérique du Sud, Denis est hébergé chez l’habitant, dans la mesure du possible. Il a commencé son apprentissage du néerlandais et compte bien améliorer son niveau au fil des rencontres qu’il fera.

Il a investi dans une monture de choix, équipée comme il se doit, et toute en légèreté. Les vêtements ont aussi été choisis avec soin et en prenant en compte les impératifs de température. Concernant ses préparatifs, il vous en dira plus lors d’un prochain article.

Vélo prêt pour le départ
Vélo prêt pour le départ

En tant que retraité, il n’est pas pressé. Il veut découvrir la campagne française dans un premier temps, en empruntant les petits chemins. Ensuite, ce sera les pistes cyclables européennes ! Ce matin, la journée s’annonce belle pour prendre la route ; aucun nuage à l’horizon et les services météorologiques prédisent une journée sans pluie sur son parcours. Il faut en profiter !

Ça y est ; il est parti.
Ça y est ; il est parti.

Après des adieux déchirants et pleins d’émotions, Denis prend la route, bien décidé à découvrir des contrées encore inexplorées et à revenir polyglotte.

Sandrine

Europe, nous sommes de retour !

Dans les rues de Malaga
Dans les rues de Malaga

Une semaine sous le soleil andalou ! Quelle idée formidable pour faire la transition entre le printemps sud-américain et l’Automne français qui nos attend ! Le Cayenne nous a déposé au port de Algeciras, au détroit de Gibraltar et on continue un peu l’aventure du voyage en parlant de nouveau en espagnol. On est attendus à Malaga, chez mes tantes, Adelaïda et Lily.

Denis ne connaît pas encore la ville, nous nous baladons dans les rues, nous déambulons sur les quais et nous pique-niquons un midi sur la plage. Il fait entre 19°C le matin et 29°C au plus fort de la journée1)Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis) , ce qui est fort agréable quand on pense que des températures plus basses nous attendent en France. On déguste aussi des chirimoyas que nous sommes très heureux de retrouver ici !  Et nous sommes même étonnés de trouver des noix du Brésil2)Qui, au Brésil, sont appelées “castanha do Pará” sur les marchés !

Salvador et Sandrine
Salvador et Sandrine

On fait le tour des popotes et on rend visite aux membres de ma famille espagnole : tantes, cousins, père et sœurs. À chaque fois, on raconte volontiers des moments du voyage, des rencontres que nous avons faites. On fait un peu de tourisme en visitant les ruines du palais mauresque Alcazaba. Cette semaine est aussi l’occasion de cuisiner en famille et de partager une succulente paella, chez Lela et Salvador.

Sandrine, Delphine et Ziggy
Sandrine, Delphine et Ziggy

Après une douce semaine au soleil, on arrive ensuite chez Fred et Delphine3)une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français, dans la Sarthe4)Ça y est, on est en France 😉 , pour y passer une grande semaine à travailler dans leur ferme maraîchère bio5)http://la-ferme-du-hanneton.net/. Après nos expériences de wwoofing en Amérique du Sud, nous continuons d’apprendre sur les principes de la culture biologique, des engrais végétaux et les toilettes sèches6)Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛 .

Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d'saison !
Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d’saison !

On y fait la connaissance de Ziggy, bel âne de 5 ans, et des biquets Farenne, Firmin, Fuji et Faruk, tous prompts à nous montrer leur joie de vivre ici. Pendant nos sept jours de travail, on aide à la conservation de certains légumes pour l’hiver. On seconde Delphine et Aline, unique employée de la Ferme, pour le creusement et la préparation de la terre, la récolte, le nettoyage, la pesée et la mise en jauge7)Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette des céleris et des navets et le creusement de la jauge, prête à accueillir prochainement les endives. On a également le droit de désherber les fraises qui fleurissent encore partiellement – le temps a été vraiment très doux pour elles, cette année ! Sous les hautes serres, on nettoie les haricots dont la récolte est maintenant achevée. Nous traquons même les chenilles venues s’installer dans les blettes. Un “sprouch” retentit à chaque chenille tuée sous nos doigts… Beurk ! Tout cela sous l’œil attentif de Minette, une chatte fermière toujours prête à partager un câlin sur les épaules de qui veut bien s’arrêter de bosser !

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Faruk

C’est aussi ici, à Lombron, que nos papilles reprennent contact avec le pain qui croustille, le fromage au lait cru qui pue et les rillettes (du coin)… car n’oubliez pas qu’on est tout près du Mans ! Un peu tristes, nous quittons la Ferme et tous ses habitants, la tête un peu plus pleine de connaissances nouvelles sur l’agriculture bio. On sait encore peu de choses. Mais on sait qu’on reviendra !

Notre voyage s’achève avec cette ultime étape laborieuse. Maintenant, faisons place aux retrouvailles et aux festivités qui vont avec…

Sandrine

PS : Il y a un an, on s’aventurait plus loin dans le Paraguay, après avoir passé quelques jours à Asunción et achevé notre parcours brésilien par Foz do Iguaçu.

 

References   [ + ]

1. Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis)
2. Qui, au Brésil, sont appelées “castanha do Pará”
3. une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français
4. Ça y est, on est en France 😉
5. http://la-ferme-du-hanneton.net/
6. Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛
7. Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette

À Fortaleza : l’essentiel du Brésil en quelques jours !

Avec nos hôtes, Pedro et Liana
Avec nos hôtes, Pedro et Liana

Nous arrivons chez Pedro et Liana, nos hôtes à Fortaleza pour quatre jours, au moment de la fête de la maison. Ils viennent d’emménager dans un nouveau lieu et ce soir-là, leur petit nid est rempli d’amis. Sur fond de musique brésilienne des années 70 et dans la fumée d’un churrasco, on parle de politique, de société, de lectures, on refait le monde avec certains, on discute musique et voyage avec d’autres. Et comme on explique que ce sont nos derniers jours en Amérique latine, les conseils fusent : on nous fait rapidement un emploi du temps pour les jours qui viennent, emploi du temps impossible à tenir compte-tenu de la quantité de suggestions ! La soirée passe vite, on ne s’ennuie pas. On se quitte en s’embrassant, heureux d’avoir partagé un fort moment fraternel.

Cathédrale de Fortaleza
Cathédrale de Fortaleza

Pedro nous a préparé un parcours qui intègre les lieux emblématiques de la ville que nous croiserons même si le premier jour de visite est un jour férié et que tout est fermé. Nous visitons donc le centre historique de Fortaleza, avec son théâtre, sa cathédrale, son fort qui donna son nom à la ville, son centre culturel Dragão do Mar et son marché central. Nous ne pouvions vraiment pas quitter le Brésil sans quelques noix du Pará et de caju dans nos bagages ! Le tour de la ville passe aussi par la place des Lions qui abrite une drôle de statue de l’écrivaine du Ceará Rachel de Queiroz1)« Nous sommes nés seuls et destinés à mourir seuls. C’est peut-être pour cela que nous avons besoin de vivre ensemble. », in L’Année de la grande sécheresse, 1930, première femme à être entrée à l’Académie des Lettres du Brésil.

Le mercado central
Le mercado central

Du côté des spécialités culinaires délicieuses, nous nous mettons même au défi d’en goûter une dernière fois quelques unes, comme un bon açai glacé, un jus d’avocat juste sucré comme il faut, quelques coxinhas au poulet et catupuri et bien sûr les inévitables crèmes glacées aux goûts exotiques comme Lepo-Lepo2)mélange de citron et cupuaçu. Le dernier soir, on s’achète quelques maracujás3)C’est le nom brésilien du fruit de la passion. que l’on élève en une mousse délicieuse.

Coucher de soleil à Canoa Quebrada
Coucher de soleil à Canoa Quebrada

Impossible de visiter Fortaleza sans passer par ses plages à couper le souffle. Nous remontons l’avenue Beira Mar pour profiter de la plage Iracema, près du Ponte dos Ingleses. Et sur les conseils de nombreux brésiliens rencontrés depuis plus de deux semaines, nous allons passer une journée dans le petit village de Canoa Quebrada, à quelques 3 heures de bus de Fortaleza. Là, on trouve des plages immenses où se croisent artisans hippies, riches vacanciers, et amoureux du parapente et du kitesurf. Là, nous nous promenons dans les ruelles désertes et profitons des points de vue incroyables sur la mer. Là, nous nous baignons une dernière fois dans les eaux chaudes de l’Atlantique.

Demain, on reprend le bateau, direction l’Europe…

Sandrine

PS : Il y a un an, nous visitions São Paulo.

References   [ + ]

1. « Nous sommes nés seuls et destinés à mourir seuls. C’est peut-être pour cela que nous avons besoin de vivre ensemble. », in L’Année de la grande sécheresse, 1930
2. mélange de citron et cupuaçu
3. C’est le nom brésilien du fruit de la passion.

De Belém à São Luis : nos retrouvailles avec l’océan Atlantique !

Avec Daniel (au centre) et Adrien (à droite)

Après le périple amazonien, nous voilà de retour à Belém, ville que nous avions découverte l’an dernier, à notre arrivée au Brésil. L’hôtel où nous avions séjourné il y a un an étant complet, nous nous retrouvons pour deux jours à l’hôtel Fortaleza, non référencé dans les guides et surtout peu cher. Gilda, la propriétaire, une femme à la forte personnalité, nous parle avec colère de la politique de son pays et de l’état du Pará, de la condition féminine ici, au Brésil, et de ses rencontres…surtout avec des français ! Et des français, il y en a dans l’hôtel ! Notre dernier jour, nous le passerons à déambuler dans les rues très populaires du port, en compagnie de Daniel, un sexagénaire lillois installé au Brésil, de passage à Belém, et Adrien, un jeune marin, venant d’achever un tour du globe complet, en un peu plus de trois ans, avec sa compagne, Calypso, tous deux venant passer quelques jours à Algodoal, chez Jackie, un ami. Vous vous souvenez d’Algodoal ? Nous vous avions mis l’eau à la bouche en vous faisant découvrir cette île paradisiaque, lieu de vacances privilégié des brésiliens. Le hasard veut que chacun d’entre nous, sans nous connaître, nous ayons au moins une fois rencontré Jackie, un français installé sur cette île !

Noix du Pará, noix de cajou, etc.
Noix du Pará, noix de cajou, etc.

L’an dernier, Belém nous apparaissait une ville peu intéressante et morte ; pour cause, nous y séjournions lors d’un week-end férié. Cette fois-ci, la ville respire et nous en profitons enfin pour la découvrir vivante, pleine d’activités commerciales typiques liées à la pêche, à la récolte de fruits de la région et d’autres plus tournées vers l’ésotérisme. Comme à notre habitude, nous dégustons un plat du coin sur le marché. Ce sera du poisson. Et dès que Denis évoque une envie de découverte gastronomique, Daniel rebondit aussitôt pour nous emmener à l’endroit où il pourra être satisfait. Ainsi goûtons nous la noix du Pará et l’açai frais, qui est une préparation bien différente des éternelles glaces du même parfum. Daniel nous emmène aussi découvrir deux lieux emblématiques du port, le marché des gris-gris et autres potions et la boutique des herbes médicinales où l’on trouve des remèdes pour tout (cela va de la panne sexuelle au retour de l’être aimé, en passant par les rhumatismes, l’anémie et l’éloignement des mauvaises ondes), à base de produits comme la corne de buffle, d’herbes et de noix de la forêt amazonienne.

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Rue du Portugal à São Luís

Réconciliés avec la ville de Belém, nous quittons ces deux amis, pour aller passer deux jours à São Luis, dans l’état du Maranhão, sur la côte atlantique. La ville a été fondée par des français (d’où son nom, « Saint Louis ») mais n’est restée dans leur giron qu’à peine trois ans, récupérée ensuite par les portugais. Suite à une guerre entre hollandais et portugais, la ville sera détruite et totalement reconstruite par ces derniers. C’est pour cela que l’architecture est très typique du Portugal et que le centre historique, classé au Patrimoine culturel par l’UNESCO, présente un grand nombre de maisons avec des azulejos d’une grande variété de dessins et de couleurs.

Costume typique du Babum meu Boy
Costume typique du Babum meu Boy

En dehors de l’architecture, l’état du Maranhão est aussi connu pour ces carnavals, défilés en tous genres qui ont lieu d’avril à octobre ; le plus connu étant celui du « Bumba meu boi », une fête toute aussi païenne que chrétienne, qui fête la Saint Jean et l’arrivée de l’été avec sa cohorte de bonnes récoltes, de climat clément et d’abondance, et ce jusqu’à fin septembre. Le plus fort de ce carnaval a lieu tout le mois de juin. Par ailleurs, d’avril à octobre, résonnent régulièrement dans les rues des musiques afro-brésiliennes, accompagnées des odeurs des plats épicés vendus dans des petites échoppes de rue et de petits spectacles impromptus.

Nous apprenons aussi que le reggae est une musique au statut bien particulier dans la région. Évidemment, il est issue du reggae jamaïcain, arrivé dans les années 60, par le biais d’échanges d’albums vinyles qui venaient de la Guyane française. Maintenant, le style a évolué avec des influences de la musique brésilienne. Mais ce qui le distingue du reggae traditionnel c’est la manière qu’ont les brésiliens de le danser. Ici, il se danse en couple et non seul. À l’origine, les gens ne connaissant rien à cette musique au rythme différent des musiques afro-brésiliennes, ils profitaient de ces moments de musique un peu plus douce pour se chercher une conquête et ils ont adapté leur façon de danser à deux à ce nouveau tempo ; Ici donc, le reggae se danse chaloupé et très collé-serré.

Quartier São Francisco, vu depuis le centre historique
Quartier São Francisco, vu depuis le centre historique

Nous profitons aussi de ces deux jours ici pour retrouver l’océan Atlantique que nous avions quitté juste avant notre étape en Terre de Feu. À São Luis, il se fait séducteur, venant lécher des plages de sable fin où se prélassent les gens accablés par la chaleur. Nous passons notre dernière après-midi sur la plage de Calhau, à profiter des vagues de l’océan, à peindre un peu et à regarder passer les cargos de marchandises dans le lointain…

Sandrine

PS : Il y a un an, nous visitions Ouro Preto, dernière étape dans le Minas Gerais.

Descendre l’Amazone (1ère partie) : Iquitos, dernière étape péruvienne

Lieu de confluence en ter l'Amazone et le rio Nanay
Lieu de confluence entre l’Amazone et le rio Nanay

Pour nous, le Pérou, c’est un peu une histoire d’eau ; nous y sommes entrés par le lac Titicaca, nous avons fréquenté l’océan Pacifique et nous sortons du pays par le fleuve Amazone. Ce dernier porte le nom de la tribu de femmes guerrières de la mythologie grecque alors qu’habituellement, les fleuves ont le nom de l’explorateur qui les découvre. En effet, Francisco de Orellana, colonel de Pizarro, a dû battre en retraite lors de sa première expédition sur ce fleuve, suite à une attaque par une tribu de femmes guerrières. Pour l’anecdote, ces dernières n’ont par la suite jamais été retrouvées. Il s’agit  du fleuve le plus long du monde, avec un peu plus de 7 000 kms, et par endroit, il atteint 40 kms de large, à la saison des pluies !

Les différentes étapes de notre voyage sur l'Amazone
Les différentes étapes de notre voyage sur l’Amazone – Cliquez pour agrandir

Nous quittons la ville de Chachapoyas pour rejoindre Yurimaguas afin d’y prendre un bateau, direction Iquitos. Entre les deux premières villes, nous faisons un trajet de onze heures de minibus, à travers les contreforts verdoyants de la Cordillère péruvienne, pour arriver sur les rives du fleuve Huallaga, affluent de l’Amazone. À Yurimaguas, je découvre avec stupeur que ma carte bleue a également été clonée et que des malfrats essaient de s’en servir (sans succès car la copie devait comporter des erreurs, ouf !)1)N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain..

Séance lecture studieuse
Séance lecture studieuse

Nous restons une seule nuit à Yurimaguas, le temps de trouver un bateau et l’équipement nécessaire au voyage qui dure deux jours. Après avoir fait le plein d’eau et installer nos hamacs, nous voilà partis, lentement, au rythme de l’eau, pour rejoindre Iquitos, la ville du caoutchouc. Nous sommes installés au niveau inférieur, avec les locaux. En haut, c’est presque vide : c’est là que sont les cabines2)de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés. et un petit espace pour des hamacs, uniquement occupé par des gringos. Les activités à bord sont celles que l’on choisit. Pour nous, c’est lecture, musique, apprentissage et révision du portugais du Brésil, sieste, photos et crapette3)sorte de réussite qui se joue à deux. Au hasard des escales dans certains ports, des vendeurs ambulants nous font découvrir de nouvelles spécialités culinaires et des nouveaux fruits, comme l’aguaje4)fruit du palmier-bâche, un fruit acide qu’il faut peler longuement et sur lequel il y a finalement peu de chair. Le bord du fleuve va en s’élargissant au fur et à mesure du trajet mais les rives se ressemblent ; pure forêt amazonienne et villages parsemés. Comme nous l’avions déjà constaté lors d’une étape similaire au Brésil, il y a un an, les levers et couchers de soleil sont magiques !

Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !
Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !

Je sais, descendre l’Amazone, d’aucuns diraient qu’il n’y a rien de plus facile ; nous voguons dans le sens du courant. Quand bien même, il y a les avaries possibles, le niveau d’eau insuffisant du fleuve dans certains endroits pour la saison, le risque des bestioles pour les européens à peau blanche et fragile que nous sommes, il y a l’hygiène à bord qui est très relative, il y a les nuits sans sommeil si on n’a pas l’habitude de dormir en hamac, avec des voisins bruyants, et il y a l’ennui. Bref, c’est quand même un peu l’aventure.

Place des Armes, Iquitos
Place des Armes, Iquitos

Après deux jours de bateau, on est contents d’arriver à Iquitos pour quatre jours à terre. Cette ville a connu un essor fulgurant à la fin du 19ème siècle, pendant trente ans, grâce à l’extraction du caoutchouc du chiringa (ou hévéa). Nous visitons l’un des premiers bateaux à vapeur qui chargeait le caoutchouc, le Ayapua, devenu musée aujourd’hui. De ce fait, la ville possède quelques demeures coloniales plus ou moins bien conservées et très souvent converties en boutiques ! Dès les années 1910, la production chute car le caoutchouc vient maintenant d’Asie et coûte beaucoup moins cher. La ville d’Iquitos connaît alors un déclin économique qu’elle contrebalancera par la suite avec le pétrole et plus récemment par le tourisme d’aventure.

Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana
Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana

Une fois fait le tour de la ville, on nous indique une réserve où aller se promener et divers centres de protection d’animaux en voie de disparition. Lors d’une journée particulièrement chaude, on ira se balader dans une partie de la forêt tropicale, réservée à la conservation des espèces, la Réserve Nationale Allpahuayo Mishana. Sans vergogne5)on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha, sans crème solaire, sans nourriture, avec un seul litre d’eau et en sandales (!), on se rend compte une fois sur place qu’on n’est pas bien préparés pour ces chemins humides, aux insectes étranges, par endroit éclairés d’un soleil qui nous cuit sur place. Une bonne heure et demie de promenade guidée aura raison de nous. Même à l’abri d’arbres centenaires, immenses et aux racines parfois étonnantes, la moiteur de l’air est étouffante. Toutefois, nous aurons rencontré des espèces médicinales rares, comme les arbustes « Pie de vache » et Camu-camu. On goûtera le fruit de ce dernier en jus bien frais, le lendemain, sur le marché. Plus loin, nous visitons un centre de protection des manatís, gros mammifères marins en voie de disparition, pouvant atteindre 3 mètres de long, chassés ou simplement tués par ceux qui les croisent dans les cours d’eau de l’Amazonie. En fait, ce sont des herbivores très dociles et tranquilles qui se laissent caresser et qui visiblement souffrent d’être tant méconnus.

Mes amis les papillons !
Mes amis les papillons !

Le lendemain, on visite aussi un autre centre de conservation d’espèces aquatiques comme le piraña, le paiche ou le caïman. Nous passerons surtout un merveilleux moment en compagnie de papillons, protégés par une famille qui gère la réserve Pilpintuwasi, pour les élever et les relâcher dans leur milieu naturel. On nous explique toutes les étapes de leur vie. Pendant les quelques heures qui suivent la sortie du cocon, les papillons restent immobiles car ils font sécher leurs ailes, instants qui permettent de les approcher, de les cueillir et de les déposer là où l’on veut 6)oreilles, cheveux, vêtements…. J’ai littéralement été troublée par cette rencontre, à en avoir de doux frissons. À la fin, nous libérons chacun un papillon, un rituel qui satisfait aux exigences écologistes des voyageurs qui passent par là. Lors de ces diverses visites, nous traversons de jolis petits villages tout tranquilles, aux petites rues étroites, où la vie semble s’écouler tout doucement. Les maisons en bois sont ici sur pilotis et leurs toits recouverts de grandes feuilles séchées du palmier-bâche7)arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore..

Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier
Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier

Encore une fois, c’est sur les marchés et leurs comedores que l’on passe du temps. Dans cette partie du Pérou, la gastronomie change de nouveau. Ici, ce sont les poissons d’eau douce qui font l’honneur des grils. On goûte plusieurs plats typiques, du sábalo grillé (un poisson du coin), du chorizo et du tacacho (sorte de purée de bananes cuite dans sa feuille et servie en boule).

 

Lever de soleil à bord du Victor Manuel
Lever de soleil à bord du Victor Manuel

Après ce dernier séjour péruvien, nous quittons une nouvelle fois la terre ferme pour un voyage de quasi deux jours en bateau jusqu’à Tabatinga, ville brésilienne située à la triple frontière8)Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie. Cette fois-ci, le bateau, le Victor Manuel, a une mine un peu défraîchie mais il a le mérite d’avoir un capitaine, un pilote et un personnel efficace et compétent. Cette deuxième étape nous vaut encore des paysages luxuriants et verdoyants et une rencontre rare et furtive avec des dauphins roses, au coucher du soleil.

 

Maison typique sur les rives de l'Amazone
Maison typique sur les rives de l’Amazone

Finalement, après deux mois et un jour, que retenons-nous du Pérou ? D’abord, c’est réellement, à l’égal de la France, le pays de la gastronomie. Elle y est riche et très variée, du fait de la diversité des climats et régions. Ensuite et bien que nous n’ayons été hébergés que par peu de personnes ici, à chaque fois, les rencontres ont été sympathiques, riches en émotions et fortes en souvenir. En quittant le sol péruvien, nous nous remémorons deux étapes importantes dans notre voyage : le Bosque Berlin et sa forte volonté de sauvegarde des espèces et surtout Victoria et Jimmy aux cœurs d’or, d’Ayacucho.

Sandrine

PS : Il y a un an, on rencontrait Elis, à Belo Horizonte, dans l’état du Minas Gerais !

References   [ + ]

1. N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain.
2. de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés.
3. sorte de réussite qui se joue à deux
4. fruit du palmier-bâche
5. on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha
6. oreilles, cheveux, vêtements…
7. arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore.
8. Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie