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Retraverser l’Atlantique en cargo : toujours trop facile !

À bord du Cayenne, au départ de Fortaleza
À bord du Cayenne, au départ de Fortaleza

Contempler le soleil se lever et se coucher, dans un ballet de nuages aux couleurs extravagantes. Sentir le temps qui passe aspirer la distance qui nous sépare de l’Europe. En profiter pour travailler un peu, lire et flemmardouiller. Voilà notre vie à bord du Cayenne, fier navire de la marine marchande française transportant un bon millier de containers d’un bord à l’autre de l’océan.

Notre bateau, le Cayenne
Notre bateau, le Cayenne

Ami lecteur, si tu as suivi notre première traversée, celle qui nous a amenée en Amérique du Sud, tu te souviens sans doute des raisons qui nous ont poussés à choisir ce mode de transport. Tu sais déjà que c’est beaucoup plus écologique qu’un avion1)Mais moins qu’un voilier, évidemment. et que ça présente pour nous l’énorme avantage de nous permettre de sentir physiquement la distance parcourue. De fait, on se prend à comparer l’aller et le retour. À l’aller, on était sur le Platon, qui était un peu plus petit (mais où notre cabine était plus grande) et moins neuf (mais tout aussi confortable). Dans les deux cas, l’équipage, moitié roumain moitié philippin, est aux petits soins avec nous. Comme à l’aller, on est toujours bienvenus sur la passerelle où on discute avec l’officier de quart ou avec le capitaine (qui parle un peu français) et où on prend connaissance de notre position sur l’océan.

Plage de Ponta Negra à Natal
Plage de Ponta Negra à Natal

Cette fois-ci, on n’aura le droit qu’à une seule escale : on s’arrête 48h à Natal, grosse ville du Nordeste brésilien. La ville en soi ressemble beaucoup à Fortaleza, qu’on vient juste de quitter. On passe une journée entière sur la plage de Ponta Negra, à une dizaine de kilomètres de la ville. Comme on est samedi, la plage est bondée et les camelots se mêlent aux plagistes, nous sollicitant très régulièrement pour nous vendre tout un tas de choses. Et notamment une place dans les nombreuses chaises longues sous parasol qui encombrent la plage. Mais nous, tout ce qu’on veut, c’est s’allonger dans le sable brûlant, transpirer sous le soleil jusqu’à ce que l’envie d’aller nous baigner se fasse irrépressible. Brésilien, si tu aimes tes plages, lutte contre les camelots.

Cette fois-ci, on quitte pour de bon l’Amérique du Sud. Le premier pas sur notre continent natal a eu lieu à Algeciras, juste à côté de Gilbraltar (en Espagne). Encore des lieux chargés d’histoire. Cependant, on se s’y attarde pas et on se rend directement à Malaga, chez les tantes espagnoles de Sandrine.

Denis

PS : Il y a un an, on était dans le Paraná, avec Mônica et Manu.

References   [ + ]

1. Mais moins qu’un voilier, évidemment.

On a croisé ton chemin / A gente cruzou o seu caminho / Cruzamos tu camino

Notre bateau part demain. Nous laissons l’Amérique du Sud dernière nous, après y avoir passé plus de 14 mois. On a encore les yeux perdus dans ses paysages immenses, les oreilles pleines de rire et de chants et un peu de sable dans les chaussures. Mais, surtout, on emmène avec nous le souvenir de t’avoir croisé(e), toi ! / O nosso barco sai amanhã. Deixamos a América do Sul, depois de ter passado aqui mais de 14 meses. Nossos olhos ainda ficam perdidos nas suas paisagens imensas, os ouvidos cheios de risos e de cantos, e ainda temos um pouco de areia nos sapatos. Além disso, levamos conosco a lembrança de termos cruzado com você ! / Nuestro barco sale mañana. Dejamos Sudamérica atrás, después de haber pasado acá mas de 14 meses. Nuestros ojos siguen perdidos en sus paisajes hermosos, los oídos llenos de risas y de cantos, y todavía tenemos un poco de arena en el fondo de los zapatos. Además de eso, llevamos con nosotros el recuerdo de haber cruzado contigo.

Toi, qui nous as reçus, partout où nous nous sommes arrêtés. Toi qui nous as hébergés, qui nous as parlé de ton pays et de tes rêves, qui nous as appris à cuisiner, à chanter ou à jardiner. Toi qui nous as transmis un peu de ta langue maternelle. Toi qui nous a quittés avec une embrassade tantôt joyeuse, tantôt mélancolique mais toujours en nous souhaitant «bon voyage». / Você que nos recebeu em todos os lugares em que paramos. Você que nos hospedou, que nos falou de seu país e de seus sonhos, que nos ensinou a cozinhar, a cantar ou a cuidar de uma horta. Você que compartilhou a sua língua materna conosco. Você que se despediu com um abraço, às vezes alegre, às vezes com saudade, mas sempre nos desejando uma boa viagem. / Tú, quien nos recibiste, por todas partes donde paramos. Tú, quien nos hospedaste, nos contaste un poco de tu país y de tus sueños, nos enseñaste a cocinar, a cantar o a cuidar de una huerta. Tú quien nos ayudaste a conocer tu lengua materna. Tú quien te despediste con un abrazo, a veces alegre, a veces melancólico, pero siempre deseándonos un buen viaje.

Nos chemins se sont croisés et cette rencontre nous a enrichis pour toujours. Nous sommes désormais plus sages, plus joyeux et plus complets de t’avoir connu(e). Pour cela, mille fois merci ! / Os nossos caminhos se cruzaram e esse encontro nos enriqueceu para sempre. Somos, de agora em diante, mais sábios, mais felizes e mais completos de ter conhecido você. Por isso, muito obrigado ! / Nuestros caminos se cruzaron y ese encuentro nos enriqueció para siempre. Somos, de aquí en adelante, más sabios, más felices y más completos por haberte conocido. Por eso, te agradecemos !

Sandrine & Denis

Salvador : ville tendre, ville rude

Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main
Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main

Imagine un petit stand en pleine rue. Mets-y une brésilienne bien en chaire à la peau noir-d’ébène, le sourire aux lèvres et le verbe haut. Tu l’installes devant une demi-douzaine de marmites aux contenus mystérieux aux noms sentant vaguement la sorcellerie : vatapá, caruru, abará, cocada… Tu lui commandes alors un acarajé et tu la regardes garnir un gros beignet, tout juste sorti de son bain d’huile de dendê, avec le contenu des marmites sus-citées, en finissant par quelques crevettes grillées. Parce que «sem camarão, o acarajé não tem graça1)«sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.». Tu manges cet improbable sandwich debout, en te salissant les mains et le visage et en méditant sur la question suivante : à quoi ressemblerait le Brésil sans ses africains ?

20151007T094924Car on est ici à Salvador, là où la culture brésilienne est la plus intimement liée à son passé esclavagiste. Car du XVIIème siècle jusqu’à 1888, les colonisateurs ont massivement fait venir de la main d’œuvre africaine pour mieux exploiter les ressources de ce territoire immense. Et Salvador étant un des principaux ports du pays, les esclaves y étaient débarqués par navires entiers, emmenant avec eux leur culture, leur gastronomie, leurs rites. Et même plus de 100 ans plus tard, Salvador a gardé un caractère très particulier, à la fois coloré, généreux et… violent.

20151007T074944Salvador a beau être la troisième plus grande ville du Brésil, la capitale de l’état de Bahia et la principale ville du Nordeste, un certain cahot émane en permanence de ses rues tortueuses. S’y mêlent de riches vestiges de l’époque coloniale, aux façades plus ou moins défraîchies, et des habitations plus modestes qui nous rappellent plus Aubervilliers que Rio de Janeiro… L’ambiance y est joyeuse, bruyante, populaire. La ville dégage un charme fou, même sous les nuages2)Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…et surprend à chaque coin de rue. Parfois, les surprises sont mauvaises : c’est ici qu’on nous aura le plus mis en garde contre les agressions en pleine rue. Heureusement pour nous, pendant les 5 jours qu’on passe ici, on ne fera aucune mauvaise rencontre.

Avec Alexandre, notre hôte
Avec Alexandre, notre hôte

C’est même tout le contraire, d’ailleurs ! On est hébergé par Alexandre, dans un appartement où cohabitent une poignée d’étudiants. Lui, il vient de São Paulo et s’est installé récemment à Salvador. Il nous parle de la thèse qu’il est en train d’écrire sur les liens possibles entre formation des enseignants et théâtre.  Il nous parle du Brésil avec lucidité, évoquant avec tristesse la crise politique que le pays traverse. Il nous entraîne dans les rues pleines de charme du Pelourinho (quartier du centre-ville historique), visite avec nous l’église du Bonfim, nous prodigue de pertinents conseils pour bien connaître Salvador et nous cuisine une spécialité locale : la moqueca. Nous, on lui prépare une ratatouille. Autour d’Alexandre gravite une petite bande composée de ses colocataires et de leurs amis : Chris, Thaïs, Felipe, Brenda et Caio. On discute de tout et de rien, du Brésil et de la France, de notre voyage. Et on se frottera ainsi à l’accent local, fort mais élégant, à l’image de Salvador.

20151010T075724Vous parlera-t-on de notre escapade à Praia do Forte ? Oui ? Bon, rapidement alors. Parce que c’est quand même un lieu un peu indécent : des rues toutes proprettes, sans voiture, des hôtels de luxe, des plages très mignonnes mais pleines à craquer. Et puis, une association, Tamar, qui s’occupe de la protection des grandes tortues qui viennent déposer leurs œufs sur les plages brésiliennes. Leur centre est ouvert au public, qui vient par familles entières admirer ces monstres tranquilles. On jette un coup d’œil au menu des restaurants : c’est presque plus cher qu’à Paris… Où est le Brésil, dans tout ça ?…

Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.
Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.

Il y a une chose qu’on entendra régulièrement à Salvador : «allez visiter la Chapada Diamantina !». Chapada Diamantina, c’est le nom de l’immense parc national situé dans l’État de Bahia. Vus les excellents souvenirs qu’on garde de l’autre Chapada brésilienne (la Chapada dos Veadeiros dans l’État de Goias), on ne prend pas ce conseil à la légère ! On ira donc y passer trois jours. Trois jours pour renouer avec l’exubérance de la Nature brésilienne, faite de paysages fantastiques, de végétation d’une rare densité et de lieux de baignade d’une beauté à couper le souffle.

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(Cliquer pour agrandir) Depuis le haut de la cascade Fumaça

Ce parc est tellement grand qu’il y a plusieurs portes d’entrée possibles. Sur les conseils d’une colocataire d’Alexandre, on ira s’installer à Capão. On s’installe dans un chalet minuscule très mignon et on se met en quête d’informations pour les promenades des jours suivants. Et là, on se heurte à quelques petites difficultés imprévues : les chemins sont difficiles d’accès pour les piétons que nous sommes, mal indiqués et les guides sont chers. Confiants dans notre bonne étoile, on décide de se passer de guide pour notre première randonnée : la Cachoeira da Fumaça. Il s’agit d’un petit cours d’eau qui se déverse dans le vide d’un canyon gigantesque. Rapidement, le cours d’eau est chahuté par le vent et atteint le sol sous la forme d’une fine bruine. On fait alors deux constats : le chemin est plutôt simple (on n’a presque jamais hésité) et il est tellement fréquenté qu’il est impossible de s’y perdre. Et pourtant, on a entendu plusieurs fois dans le bureau à l’entrée du parc qu’il était conseillé de prendre un guide pour ne pas se perdre… En redescendant, on prend en photo le plan de la Chapada. Photo qui suffira à réaliser la randonnée du lendemain sans aucun guide.

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Dans le Poço Angélica, avec Carine et Myl, deux brésiliens qu’on croisera plusieurs fois

Notre deuxième randonnée a un nom mystérieux : Purificação. Après avoir marché une heure dans la vallée du Capão, on entre dans le parc en suivant une petite rivière. Rapidement, on débarque dans un premier lieu merveilleux : le Poço Angélica. Il y coule une cascade au pied de laquelle s’est formé un petit lac, suffisamment large et profond pour y nager voluptueusement. On poursuit notre chemin le long de la rivière et on arrive au lieu dit Purificação. Cette fois-ci, c’est carrément un enchaînement de cascades qui nous attend, la dernière étant particulièrement magistrale avec ses 8 mètres de dénivelé, encadrée par deux immenses murs de pierre. Faute de temps et de courage, notre troisième promenade sera la même que la deuxième. Car ici, dans la chapada, les différentes promenades sont très éloignées les unes des autres et il faut parfois compter un temps de locomotion conséquent avant de pouvoir marcher. Ce qui explique que la plupart des visiteurs changent plusieurs fois de camping au cours de leur séjour… Nous, on était un peu trop bien installés dans notre petit chalet pour lui faire des infidélités 😉

Avant de prendre le bus pour notre dernière étape en Amérique du Sud, on repasse à Salvador, chez Alexandre, qui a fêté la veille son 31ème anniversaire. Les retrouvailles sont chaleureuses et on se prépare à quitter Bahia avec un peu de tristesse…

Denis

PS : Il y a un an nous visitions Rio de Janeiro !

References   [ + ]

1. «sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.
2. Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…

Descendre l’Amazone (2ème partie) : et nous revoilà au Brésil !

Revenir au Brésil, c'est renouer avec les bains de cascade !
Revenir au Brésil, c’est renouer avec les bains de cascade !

On a tous une liste (plus ou moins secrète) de choses qu’on aimerait faire au moins une fois au court de sa vie. Nous, en arrivant à Belém, on a rayé deux choses de cette liste : 1) descendre en bateau le plus grand fleuve du monde ; 2) prendre un bain de minuit dans une cascade au milieu de la jungle. Pour ce qui est du premier point, on aura tout de même totalisé 11 nuits sur l’Amazone pour y arriver, nuits réparties en 4 voyages de durées croissantes : 2 fois 2 nuits au Pérou, puis 3 nuits de la frontière brésilienne (Tabatinga) à Manaus et 4 nuits pour arriver à Belém. Pour la carte, voir notre précédent article.

L'exubérant théâtre de Manaus
L’exubérant théâtre de Manaus

À Manaus, on a beau se trouver en plein milieu de la forêt amazonienne, à 3 500 km de Brasília1)Capitale du Brésil, simple rappel, on y retrouve tout ce qui fait la saveur du Brésil ! À commencer par la chaleur brésilienne ! Faites-donc l’expérience d’ouvrir une carte en pleine rue ou dans un bus : votre voisin le plus près viendra certainement vous aider et vous fera un bout de conversation. Si vous lui dîtes que vous êtes français, vous verrez même ses yeux s’allumer : comme on avait pu le constater à São Paulo ou à Rio de Janeiro, la France a encore très bonne presse au Brésil.

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Churrasco avec Rafael et Mariana

Autre force du tourisme au Brésil : vous êtes facilement accueilli chez l’habitant. Nos hôtes, Rafael et Mariana, vivent dans un condominio2)Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien., dans une banlieue industrielle de la ville. Ils travaillent pour une des nombreuses multinationales venues profiter de la zone franche de Manaus. Avec eux, on retrouve tout le confort occidental et on se remet à cuisiner ! Dès le premier soir, ils nous emmènent manger en ville et découvrir un petit bar3)Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro. où l’on joue et danse une samba endiablée !

Le Palacete Provincial
Le Palacete Provincial

La ville déborde de trésors architecturaux datant de l’époque du caoutchouc, dont un prodigieux théâtre, d’inspiration française. Le marché est lui aussi particulièrement luxueux, ce qui est un peu étrange pour nous, qui avons été habitués à des marchés plus populaires, plus modestes. Là, c’est clairement un lieu touristique, ce qui ne nous empêche pas d’y aller plusieurs fois, notamment pour y acheter des bonbons à base de chocolat fourré de cupuaçu (un fruit local) ou de castanha do Pará (sorte de grosse noix). On visite aussi les différents musées hébergés dans le très distingué Palacete Provincial.

20150919T083616Après le caoutchouc, la ville est quasiment tombée en décadence. L’installation de la zone franche en 1967 a permis de relancer la machine économique. On n’ira pas poser les questions qui fâchent, du genre : la zone franche contribue-t-elle à la déforestation ? Et pourquoi, malgré cette intense activité économique, la ville possède-t-elle un IDH4)Indice de Développement Humain si bas ? Car ici, comme partout au Brésil, les inégalités sociales sautent aux yeux. Dans une même rue, on croise des SDF écroulés sur le sol, écrasés par la chaleur, des petits marchands ambulants et des brésiliennes vêtues à la dernière mode européenne, sortant des boutiques chics sur-climatisées.

Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira
Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira

Nos hôtes nous conseillent d’aller passer quelques nuits dans la jungle. Et comme on n’est pas des aventuriers, ils nous recommandent une zone très aménagée, près de Presidente Figueiredo, une petite ville à 3 heures de route au nord de Manaus. Ils nous prêtent une tente et deux sacs de couchage et on complète notre baluchon avec quelques vivres, au cas où. Il s’avère que même en partant tôt, on a énormément de mal à atteindre le camping qu’ils nous ont recommandé : peu de transports en commun et le stop fonctionne mal. On arrive au camping à la nuit tombée et on découvre, stupéfaits, … qu’il est fermé ! À travers la grille, on hèle un homme en train de s’installer pour l’apéro et il nous apprend que le camping n’est pas ouvert le lundi. Bigre. Mais… mais, il va quand même demander à sa sœur (la propriétaire) si elle ne voudrait pas faire une exception pour nous. Conclusion, quelques minutes plus tard, on est reçus à bras ouverts dans un camping désert. «Si vous suivez le chemin, à un kilomètre, vous pourrez vous installer à deux pas de la cascade5)Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.». Qu’à cela ne tienne, on parcourt le sentier à peine éclairé par la Lune, et on débarque dans une zone bien aménagée (mais déserte) d’où l’on perçoit un glou-glou prometteur. La tente installée, on se précipite avec délice dans les eaux fraîches du cours d’eau voisin, magnifié par une cascade comme le Brésil sait les faire : généreuse, délicieuse, revitalisante.

L'une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo
L’une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo

Le lendemain, on visite une autre cascade 6)appelée Santuário, plus imposante mais plus fréquentée, où Sandrine prendra le temps de faire la désormais traditionnelle aquarelle de tête d’article. En rentrant au camping (toujours complètement vide), on s’installe une bonne heure avec nos hôtes pour parler géographie et histoire. Évidemment, la soirée se conclut de nouveau par un bain de rivière à la nuit tombante. Le paradis !

Quartier Punta Negra
Quartier Punta Negra

Le dernier jour de notre séjour à Manaus, toujours sur les conseils de Rafael et Mariana, on ira visiter la plage de Ponta Negra, et on sera surpris d’y découvrir un quartier encore plus bourgeois que le centre-ville, avec de hauts immeubles modernes, façon Copacabana7)Un des quartiers riches de Rio de Janeiro. Bon, sur la plage de Ponta Negra, vous vous doutez bien que rien ne pourrait m’empêcher de rentrer dans l’eau ! Même pas son aspect un peu obscur et son écume jaunâtre, qui rappelle vaguement le Coca-Cola. Mais elle est bien chaude et on y entre facilement. Je sèche rapidement au soleil, car ce jour-là il fait 37°C à l’ombre… Néanmoins, ça n’est pas encore là que je pourrais dire «je me suis baigné dans l’Amazone». Tout simplement parce que ce ne sont pas les eaux de l’Amazone qui baignent Manaus, mais celles du Rio Negro.

Encontro das Águas
Encontro das Águas (à gauche, l’Amazone, à droite, le Rio Negro)

Le Rio Negro, c’est le principal affluent de l’Amazone. Ses eaux sont acides et noires. Lorsque les deux rivières se rencontrent, leurs compositions chimiques sont si différentes qu’il faut plusieurs kilomètres de cohabitation avant que les deux cours d’eau ne se mélangent complètement. Du coup, à l’entrée de Manaus, on assiste à un phénomène très étrange : l’«encontro das aguas» : il y a bien une frontière très précise entre les deux rivières. On vous met une photo ci-jointe pour que vous compreniez. On passera cette ligne de démarcation sur le bateau qui nous emmène à Manaus, en provenance de la frontière.

Église de Leticia, l'une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie
Église de Leticia, l’une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie

Tiens, je constate qu’on ne vous a pas dit grand-chose de la frontière brésilienne. Pourtant, on y a passé plusieurs jours, à attendre le départ de notre bateau. On n’y aura pas été inactifs, vous vous en doutez. Et comme cette frontière avec le Pérou est aussi partagée avec la Colombie, on ira y passer une journée ! En réalité, il s’agit d’une seule et même ville : Tabatinga du côté brésilien, avec ses rues bruyantes et enfumées par les churrascos (barbecues), et Leticia du côté colombien, petite ville coquette, avec une jolie rue centrale, encadrée de parcs très verts. Ça nous donne évidemment très envie d’en voir plus mais notre budget nous l’interdit. Snif…

Partage d'un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus
Partage d’un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus

Nos deux voyages sur l’Amazone côté brésilien nous auront permis de faire pas mal de rencontres ! De Tabatinga à Manaus, nos voisines sont uruguayennes, Victoria et Augustina. On leur montre notre magnifique maté8)Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté. acheté à Montevideo et quand elles apprennent qu’on trimbale avec nous de la yerba maté9)C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão, elles sautent de joie ! Du coup, chaque jour, à l’heure du thé, on s’assoit en cercle autour du maté et on refait le monde avec d’autres voyageurs (dont un couple d’allemands et une autre uruguayenne). Entre Manaus et Belém, nos voisins, Laura et Idnane, sont français et ce seront de charmants partenaires de jeux de cartes (dont la belote et la crapette, si vous voulez tout savoir).

Ambiance coucher de soleil sur l'Amazone
Ambiance coucher de soleil sur l’Amazone

Bref, s’il me fallait résumer tout ça, je dirai que ces premiers jours de notre retour au Brésil sont à la hauteur du souvenir qu’on avait de ce pays merveilleux !

Denis

PS : Il y a un an, nous quittions nos amis agro-écologistes du Minas Gerais, après deux semaines géniales de volontariat chez Éric et Marco !

References   [ + ]

1. Capitale du Brésil, simple rappel
2. Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien.
3. Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro.
4. Indice de Développement Humain
5. Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.
6. appelée Santuário
7. Un des quartiers riches de Rio de Janeiro
8. Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté.
9. C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão

Dans les vertes vallées des Chachapoyas

2015-09-01T11-42-28Ça fait une heure qu’on est assis là, sur la place du petit village de Chocta, à attendre qu’une mobilidad1)C’est comme ça qu’on appelle les transports collectifs icipasse et veuille bien nous ramener à Luya. Luya, où nous devrons prendre un autre transport pour revenir à Chachapoyas où on a établi nos quartiers. Autant dire qu’on est ici au fin fond du Pérou. Derrière nous, une petite feria bat son plein. C’est d’ailleurs là qu’on a déjeuné – du riz, des haricots rouges et du chou cru, ce qui nous donne l’impression d’être revenus au Brésil. Tout autour de nous, les habitants portent de grands ponchos. N’allez pas croire que ce soit si courant que ça : que ce soit au Pérou ou en Bolivie, ce sont surtout les touristes qui portent ce genre de vêtements ! Je me tourne vers Sandrine ; elle a tellement froid que ses lèvres ont pris une teinte violette. On n’est décidément pas assez couverts. Il faut dire qu’on ne s’était pas renseignés sur l’altitude de notre destination, qui dépasse les 3000 m. Et qui dit altitude… dit froid. Même en pleine zone tropicale.

Sarcophages chachapoyas
Sarcophages chachapoyas

Vous me direz : qu’est-ce que vous aviez besoin d’aller vous perdre là-bas ? Eh bien, on est allé voir les fameux sarcophages de Karajía, à flanc de montagne, laissés là il y a environ 600 ans par les Chachapoyas. On les trouve pris en photos dans toutes les vitrines de la ville de Chachapoyas et dans notre hôtel notre porte-clés et notre lampe de chevet sont à leur effigie. Alors on s’est dit : tiens ! et si on allait les voir en vrai. Et maintenant que c’est fait, on comprend que peu de gens le fassent… C’est très isolé, mal documenté et le voyage du retour est incertain. D’ailleurs, on se demande où on va pouvoir dormir si aucune mobilidad ne passe. Lorsqu’enfin on nous prend, notre soulagement est immense ! La voiture s’arrête dans un village un peu plus loin, Cruz-Pata, pour y déposer quelqu’un. Une jeune fille frappe à ma vitre, j’ouvre, elle me donne une fleur et s’en va. Confondante gentillesse si typiquement péruvienne !

Rue Amazonas, dans Chachapoyas
Rue Amazonas, dans Chachapoyas

Gentillesse qui contraste avec un incident bien moins poétique qui vient de nous arriver : je me suis fait cloner ma carte bleue ! Je le découvre en consultant mon compte en banque, au retour de la semaine que nous avons passée au Bosque Berlín : mon compte courant est à sec et je note que deux retraits ont été effectués depuis le Costa-Rica. Ce genre d’incident aurait pu aussi m’arriver en France, certes, mais en voyage, ça complique tout : comment se faire envoyer une nouvelle carte-bleue quand on change de ville toutes les semaines ? On se console en allant se boire un Pisco Sour2)Cocktail à base de Pisco et de jus de citron dans un joli bar donnant sur la Calle Amazonas, sympathique rue piétonne du centre-ville.

Plaza de la Independancia
Plaza de la Independancia

La ville de Chachapoyas en elle-même n’est pas dépourvue de charme, d’ailleurs, avec ses beaux murs blancs et ses balcons. Comme d’habitude, on entre partout où on le peut, visitant les casas coloniales, le marché et les petites places où règnent une ambiance très détendue. Même les taxis se font discrets ici, c’est dire ! Cela dit, les touristes qui s’arrêtent là viennent plutôt pour le Kuélap, imposante forteresse de la culture Chachapoyas et pour la chute d’eau de Gocta, qui est l’une des plus hautes du monde.

Kuelap, forteresse chachapoyas
Kuelap, forteresse chachapoyas

Pour Kuélap, on opte pour la solution de facilité et on passe par le tour operator lié à notre hôtel. Y aller par ses propres moyens est très complexe et on a déjà été échaudés par les sarcophages de Karajía… Par chance, on tombe sur un groupe très sympathique. Notre guide vient de Puno3)Notre première étape péruvienne ! et parle de son pays avec compétence. Il évoque notamment la dualité problématique de l’identité péruvienne : ni complètement indigène, ni complètement occidentale. Il y a aussi un couple de français baroudeurs, Nat et Nico4)voir leur blog ici : natetnico.over-blog.com et un italien qui a fait du wwoofing dans le Minas Gerais5)Mais si, souvenez-vous, c’est un état brésilien proche de Rio de Janeiro, où on a jardiné pendant deux semaines avec une bande d’étudiants en agro-écologie. – forcément, ça crée des liens ! La forteresse du Kuélap vaut vraiment le détour : c’est un site archéologique immense, garni de petites maisons rondes et possédant un temple évasé très énigmatique. Ajoutons que la vue sur les vallées alentours est spectaculaire, même par temps couvert.

Sur le chemin vers la cascade
Sur le chemin vers la cascade

Notre dernière sortie sera pour aller voir la fameuse cascade de Gocta. Cette fois-ci, le soleil daigne se montrer, mais… seulement sur le chemin du retour, le bougre ! On immortalise cette promenade en prenant de nombreux clichés : quelque chose nous dit qu’il s’agit là de notre dernière excursion dans la Cordillère des Andes.

En chemin vers la cascade de Gocta
En chemin vers la cascade de Gocta

 

Parce que oui, à partir de la prochaine étape, on entame le chemin du retour. Cela dit, ne vous attendez pas à nous voir à votre porte demain : on va prendre encore pour plus de 50 jours rien que pour quitter le continent ! Et ça inclut un retour (fracassant) au Brésil en passant par l’Amazone ! Bref, on n’a pas dit notre dernier mot !

 

Denis

PS : Il y a un an, on se baignait dans les cascades du Goias.

References   [ + ]

1. C’est comme ça qu’on appelle les transports collectifs ici
2. Cocktail à base de Pisco et de jus de citron
3. Notre première étape péruvienne !
4. voir leur blog ici : natetnico.over-blog.com
5. Mais si, souvenez-vous, c’est un état brésilien proche de Rio de Janeiro, où on a jardiné pendant deux semaines avec une bande d’étudiants en agro-écologie.