Archives pour la catégorie Bolivie

Sur le toit du monde, il était un lac : le lac Titicaca !

Lac Titicaca avec vue sur l'île de la Lune
Lac Titicaca avec vue sur l’île de la Lune

Copacabana, lac Titicaca, île du Soleil, ils ont des noms mythiques les lieux où nous allons séjourner au cours de cette ultime étape bolivienne. Des noms chargés d’Histoire, de légendes, d’images inscrites à jamais dans l’imaginaire collectif. Pour fixer les idées, le lac Titicaca, c’est le plus grand lac d’Amérique du Sud et c’est le plus haut lac navigable du monde. Il est situé à 3810m au dessus du niveau de la mer et il atteint 360m de profondeur (la Tour Eiffel y tiendrait dedans!). Il possède de nombreuses îles dont la plus grande s’appelle Île du Soleil.

Port de Copacabana
Port de Copacabana

Notre premier contact avec le lac aura lieu à Copacabana, petite ville côtière. On y passe deux jours, le temps de monter au Cerro Calvario pour y admirer la vue, de visiter l’imposante église et … de profiter de son marché où on peut déguster de la truite saumonée. Les boliviens viennent ici pour y faire bénir leur voiture avec force décoration. Nous, on n’a qu’un seul objectif en tête : faire du pédalo ! Pourquoi ? Tout simplement pour marcher sur les pas de Rémi (mon frère) et Céline (sa copine), qui ont entrepris l’année dernière un tour (partiel) du lac Titicaca en pédalo1)Pour plus de détails sur leur aventure, jetez un coup d’œil sur leur page facebook : les floating gringos.. Au bout de quelques mètres au milieu du port de Copacabana, on se rend compte que notre pédalo est ingouvernable. Et pour cause, le volant ne fonctionne qu’en marche arrière… Moyennant un peu de patience et de sueur, on rejoint la rive sains et saufs. On espère que Rémi sera fier de nous !

La tête de notre pédalo
La tête de notre pédalo

Et maintenant, que faire ? On se laisse tenter par une visite de l’Île du Soleil sans trop savoir à quoi s’attendre là-bas. On achète nos billets avec l’intention d’y passer une nuit. Le lendemain, à 8h30, on est au port, grelottant dans le petit vent du matin. À 9h00, il faudra bien se rendre à l’évidence : notre bateau ne partira pas. Le temps est trop mauvais, nous explique l’employé mal-aimable qui nous rembourse nos billets. Il faut dire qu’il n’y a pas un nuage à l’horizon et que le vent souffle mollement. On se dit que ces marins devraient venir faire des stages en Bretagne pour réviser leur conception du mauvais temps en mer… Qu’à cela ne tienne, on décide de s’approcher de l’île par la terre, en espérant trouver un bateau un peu plus loin sur la côte. Ça s’avère être une excellente idée : non seulement on trouvera un bateau à Yampupata (petit village qui fait face à l’île) mais en plus, on profite de magnifiques paysages tout au long de la route.

Petit déjeuner sur notre terrasse
Petit déjeuner sur notre terrasse

Notre bateau nous dépose au sud de l’île. Première surprise : il n’y a pas de voitures (et pas de routes) sur l’île ! Pour accéder au village de Yumani, on doit gravir un escalier de pierre interminable. Tout au long de l’ascension, on ressent le poids de nos mochilas2)C’est comme ça qu’on dit «sac à dos» en espagnol ; le terme «mochilero» désigne un voyageur, qui, comme nous, va d’étapes en étapes avec son sac à dos pour seul bagage. et le manque d’oxygène. L’hôtel dans lequel on s’arrête est typiquement bolivien ; c’est mignon mais rien ne marche vraiment bien : notre porte ferme mal, la chasse d’eau est détraquée (il faut verser un pichet d’eau dans la cuvette), le robinet du lavabo fonctionne une fois sur trois… Il n’y a pas de prise électrique dans notre chambre, par contre il y en a une dans une autre chambre, heureusement inoccupée pendant notre séjour. Malgré tout ça, on s’y plaît énormément : on a une terrasse pour nous tous seuls avec une vue magnifique et les propriétaires sont très sympathiques. Comme à Toro-Toro, les chambres d’hôtel ne sont qu’une petite partie de leurs activités : ils ont aussi un restaurant, une boutique d’artisanat et ils produisent des chuños3)Pommes de terre qu’on laisse noircir dans de l’eau très froide. Mon frère nous avait conseillé d’éviter ce produit à tout prix, allant jusqu’à parler de «pommes de terre pourries». Comme on n’a peur de rien, on y a goûté plusieurs fois. Il faut bien reconnaître que c’est modérément bon….

2015-07-08_12-02-19Dans cette partie de l’île, on rencontre de nombreux animaux : des moutons, des lamas, des cochons et des ânes. Comme toutes les rues et tous les chemins sont en pente, les ânes sont indispensables aux habitants pour transporter leur production d’un point à l’autre de l’île. Du coup, l’air du soir est traversé de leur plainte étrange et puissante. La journée, on profite allègrement des sentiers bucoliques qui sillonnent les environs. On ira aussi jeter un coup d’œil sur les ruines incas de l’île de la Lune, proche voisine de l’île du Soleil, comme il se doit. Là-bas, on apprend qu’à une certaine époque, on y élevait des vierges destinées à être sacrifiées sur l’autel de l’île du Soleil. Sympathique, non ?

2015-07-08_18-10-03Une après-midi, Sandrine s’installe à la sortie d’un petit village pour peindre le paysage. À notre grande surprise, tous les passants s’arrêtent pour jeter un coup d’œil, faire un commentaire aimable ou pour poser une question. Un lama curieux viendra même se pencher au dessus de l’épaule de Sandrine avant d’être remis sur le droit chemin par son propriétaire. Quelques enfants s’installent sagement à côté d’elle et la discussion s’engage. L’occasion pour nous de voir que l’espagnol n’est pas très bien maîtrisé, la langue principale de la région étant l’Aymara.

2015-07-09_15-43-49Pour la première fois depuis le début de notre voyage, on ose faire une étape à pied ! Il s’agit simplement de la traversée de l’île, du sud au nord, c’est-à-dire environ 10 km qu’on effectuera en un peu plus de 3 heures. On arrive à notre destination complètement épuisés avec les épaules très endolories. On s’installe dans un hostel plus quelconque mais plus confortable que le précédent et on s’écroule sur le lit.

Ruines de Chinkana
Ruines de Chinkana

Le lendemain, on visite Chinkana, le fameux temple en ruines censé posséder une énergie telle que ses visiteurs en repartent en meilleure santé et mieux disposés à réussir leur vie (rien que ça!). Notre guide est passionnant mais on sent qu’il a un peu tendance à prendre au premier degré les légendes qu’il nous raconte. Par exemple, ce serait ici, selon les Tiwanaku qui ont construit le temple, que le Soleil aurait foulé le sol avant de s’élever dans le ciel. Et pour preuve, il y a des traces de pas énormes au sol. Sauf qu’on est bien obligé de constater que ces traces restent petites par rapport à celles des dinosaures de Toro-Toro… Au passage, on apprend qu’il existe un temple immergé près de l’île découvert en 1983 par un certain commandant Cousteau…

2015-07-10_15-53-49Pour finir en beauté, on tente une excursion sur une des plages de l’île pour aller goûter à la fraîcheur des eaux du lac Titicaca. Il faut bien imaginer que même s’il fait entre 15 et 20°C l’après-midi, la température descend en dessous de 0°C la nuit… Bref, l’eau est vraiment froide. N’importe, j’y vais quand même. Au bout de quelques minutes difficiles («J’y vais ? J’y vais pas ?»), je finis par y faire quelques brasses. Sandrine est restée sur la rive pour peindre le paysage. En revenant à sa hauteur, je constate avec une déception immense que je ne fais pas partie du tableau. Tout ça pour ça…

Le lendemain (samedi 11 juillet), on quitte l’île, direction Copacabana pour quitter la Bolivie, après un mois et dix jours. Cette dernière étape au bord du lac Titicaca aura compensé de très loin les quelques moments de questionnements qu’on a pu avoir lors de la traversée du pays !

Denis

PS : Il y a un an, on était logés quelques jours chez Mimi et Monique.

References   [ + ]

1. Pour plus de détails sur leur aventure, jetez un coup d’œil sur leur page facebook : les floating gringos.
2. C’est comme ça qu’on dit «sac à dos» en espagnol ; le terme «mochilero» désigne un voyageur, qui, comme nous, va d’étapes en étapes avec son sac à dos pour seul bagage.
3. Pommes de terre qu’on laisse noircir dans de l’eau très froide. Mon frère nous avait conseillé d’éviter ce produit à tout prix, allant jusqu’à parler de «pommes de terre pourries». Comme on n’a peur de rien, on y a goûté plusieurs fois. Il faut bien reconnaître que c’est modérément bon…

La Paz, une ville à étages

La Paz, vue de haut
La Paz, vue de haut

Je vous le dis, et je le répète surtout pour moi car je continue de me tromper : La Paz((De son nom complet Nuestra Señora de la Paz.)) n’est pas la capitale de la Bolivie ! Ce n’est pas comme si je n’avais pas écrit l’article sur Sucre, ma ville bolivienne préférée, qui, elle, est la capitale du pays. Nous avons passé quatre jours bien remplis dans cette immense ville, située entre 3200 et 4100 mètres d’altitude. Comme d’habitude, nous prenons nos quartiers dans le Mercado central pour nos repas, et nous y prenons un petit déjeuner le dernier matin, composé de api1)une boisson chaude à base de farine de maïs et d’un gros chausson fait de pâte à pain, rempli d’une sorte de sauce blanche au fromage. Ça tient au corps !

Vue depuis le Parque Urbano
Vue depuis le Parque Urbano

Entre les tenancières des « comedores »2)sorte de petits restaurants du Mercado central et mon faiseur de jus de mandarine fraîchement pressé nous prenons vite nos habitudes et les gens nous reconnaissent. Nous discutons volontiers quelques instants avec eux, à chaque fois. À défaut d’être hébergés chez l’habitant, nous trouvons une sorte de réconfort dans ces échanges furtifs et sympathiques.

Casa Murillo
Casa Murillo

Si on se fie à l’office du tourisme paceño3)= de La Paz, il y a peu de choses à faire ici, quelques musées et trouver une agence de tours pour faire la « route de la mort » et autres attractions touristiques en dehors de la ville. Nous visitons quelques musées, en effet ; celui d’ethnographie, celui des instruments de musique et la Casa Murillo, maison d’un riche paceño du XIX° siècle, exécuté pour avoir organisé la première révolution indépendantiste, en 1809.

Vitrail de la Cathédrale
Vitrail de la Cathédrale

Cependant, la ville est aussi riche de monuments comme sa cathédrale et le couvent franciscain, du XVII° siècle, fondé sur les mêmes plans que celui de Cochabamba et que tous les couvents franciscains, composé d’une église en forme de croix romaine, jouxtant un cloître, distribuant les cellules des frères. Ces bâtisses sont très bien conservées et la cathédrale a droit à un nettoyage en profondeur cette semaine car la Bolivie reçoit François, le père de tous les frères, la semaine prochaine. On espère ne plus être dans les parages à ce moment-là4)Surtout parce qu’on ne sait pas dire « À bas la calotte en espagnol »… 😉 !

Marché des sorcières
Marché des sorcières

Au détour d’une rue, nous croisons une petite bizarrerie de La Paz : le marché des sorcières ! Preuve que la paganisme n’est pas mort, le Mercado de las brujas propose toutes sortes de fétiches et autres potions ou squelettes de bébés lamas pour aider à la bonne marche d’une entreprise naissante, pour faciliter la construction d’une maison ou pour assurer un bonheur de longue durée à un futur mariage…

Sur le Prado
Sur le Prado

Nous cherchons désespérément un coin de verdure dans cette ville pentue, perchée à flans de montagne. En se dirigeant vers le Parque Urbano, on découvre une avenue verdoyante en plein milieu de la ville, le Prado, que nous arpentons joyeusement, découvrant ainsi une statue du libérateur, Simon Bolivar. Nous ne manquerons pas également de monter à El Alto, la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde, 4100 mètres, qui est en banlieue de La Paz. Pour y accéder, une petite facilité s’offre à nous ; pas un bus, pas un microbus, pas un taxi. Non. Un téléphérique ! La ligne rouge5) la Linea roja pour être exacte. Afin de désenclaver les habitants des hauteurs6)ici, l’adage qui dit « plus haut, plus pauvre » est avéré, Evo Morales a fait construire plusieurs lignes de téléphériques dans cette immense ville. Les habitants tous fiers, avec lesquels nous partageons une cabine, ne manquent pas de nous demander ce que nous pensons de ça ! N’en déplaise aux classes aisées du centre ville-basse, nous trouvons l’idée ingénieuse.

Coroico vue depuis le cerro Uchumachi
Coroico vue depuis le cerro Uchumachi

Nous quittons les hauteurs paceñas pour quelques jours « à la campagne ». Et nous nous retrouvons à 1700 mètres d’altitude seulement, à Coroico, à deux heures de La Paz. Nous cherchions du vert et de l’air non pollué. En voilà. Ici, c’est encore les montagnes mais avec une végétation luxuriante proche de celle de la forêt tropicale ; il y a des bananiers partout et nous sommes enveloppés d’une chaleur moite qui nous rappelle le Paraguay !

Dans la forêt appelée "los Yungais", à Coroico
Dans la forêt appelée “los Yungais”, à Coroico

Au village, il n’y a pas grand-chose à voir ; le plus intéressant est à l’extérieur. C’est donc un programme randonnée pour nos deux jours, avant de revenir à La Paz. Nous montons jusqu’en haut du Cerro Uchumachi (2500 mètres, donc un dénivelé de 800 mètres environ ; en gros, ça monte tout le temps). On prend même des coups de soleils, ce jour-là !

Alors que nous nous préparions à notre deuxième randonnée, il pleut sans discontinuer toute la nuit et le jour suivant. Nous ne profiterons donc pas des rives du Rio Coroico, ni du village de Yolosita, un des points de passage du Camino del Inka, chemin de randonnée initiatique, passant par 4 pays d’Amérique du Sud7)Pérou, Bolivie, Chili et Argentine, un peu comme le Chemin de Saint Jacques de Compostelle en Europe.

De guerre lasse, face à cette pluie diluvienne8)on comprend, ce matin, pourquoi la zone est si verte, nous quittons ce village tranquille pour retrouver le bruit de la grande ville, étape qui nous permettra de poursuivre notre périple bolivien vers un lac illustre. Mais le trajet de retour à La Paz prendra plus de temps que prévu car la pluie se transformera finalement en neige avec l’altitude !

Sandrine

PS : Il y a un an, nous étions hébergés chez Marie-Hélène, Antoine et Anna et nous organisions une grande fête de départ !

References   [ + ]

1. une boisson chaude à base de farine de maïs
2. sorte de petits restaurants
3. = de La Paz
4. Surtout parce qu’on ne sait pas dire « À bas la calotte en espagnol »…
5. la Linea roja
6. ici, l’adage qui dit « plus haut, plus pauvre » est avéré
7. Pérou, Bolivie, Chili et Argentine
8. on comprend, ce matin, pourquoi la zone est si verte

Autour de Cochabamba : au cœur de la Bolivie

Place du septembre à Cochabamba
Place du septembre à Cochabamba

Rarement avons-nous vécu une étape qui nous a autant questionné, sur nous-mêmes et sur notre voyage. Tout commence la veille de notre arrivée à Cochabamba, quand la personne qui devait nous accueillir nous informe qu’elle ne peut plus nous recevoir. Ça n’est pas la première fois1)Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre., bien sûr, mais c’est toujours déprimant : on sait qu’il est impossible de trouver un nouvel hôte à la dernière minute et on se prépare donc à un nouveau séjour en hôtel. On passe par internet pour repérer quelques adresses et ne pas trop avoir à chercher avec nos sacs sur le dos. Du coup, on se retrouve dans un très bel hostel, entre touristes occidentaux (ici, on dit gringo), avec tout le confort moderne. Bolivie, où es-tu ?

Palais de Simon I. Patiño
Palais de Simon I. Patiño

Dans la ville, on repère rapidement les marchés où on peut manger pour pas cher, on se promène dans le centre historique au style colonial et on visite la demeure de Simon I. Patiño, riche propriétaire minier du début du XXème siècle. Cette dernière maison est indécente de richesse, avec ses dorures et ses jardins proprets. Même si c’est désormais un musée et le siège d’une fondation culturelle, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que ressentent les boliviens à la vue d’une telle bâtisse.

Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ
Vue de Cochabamba depuis la colline du Christ

Au bout de deux jours, devant le caractère bien peu authentique de ce début de séjour, nous décidons de changer d’hôtel. On se retrouve maintenant à mi-chemin des deux marchés de la ville, dont l’un est tout simplement le plus étendu de tout le continent ! On poursuit nos visites, en montant les mille marches qui montent au Christ qui surplombe la ville et en nous promenons dans le pueblito, petit village aujourd’hui intégré dans Cochabamba et qui a été le siège de la première tentative de fondation de la ville.

Vue dans la rue España
Vue dans la rue España

D’où vient qu’on n’arrive pas à se sentir bien ici ? Pourquoi se traîne-t-on ce léger vague-à-l’âme ? Est-ce que ça vient du fait qu’on ne trouve pas d’hôtes ? Qu’on commence à avoir un peu mal au ventre2)Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue… et qu’on est de nouveau essoufflés3)Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée. ? Est-ce que c’est notre voyage lui-même qui commence à nous fatiguer ou est-ce une petite déprime passagère ? Finalement, on prend deux décisions. À court terme, on va aller à la campagne : plusieurs villages dans les environs de Cochabamba retiennent notre attention. À moyen terme, si on ne trouve pas d’hôtes sur La Paz, on quittera rapidement le pays.

Statue d'Esteban Arze à Tarata
Statue d’Esteban Arze à Tarata

On quitte donc la ville une journée pour aller visiter un petit village colonial à une trentaine de kilomètres : Tarata. Le village est très sympathique et il y a énormément de vestiges datant de la colonisation. Il faut dire que de nombreuses figures nationales majeures sont issues de Tarata : Esteban Arze, un des héros de l’indépendance de l’Alto Perú, le Général Melgarejo, président de la république du XIXème, et le Général Barrientos Ortuño, président de la république dans les années 1960. C’est d’ailleurs lors du mandat de ce dernier que Che Guevara a été abattu par l’armée Bolivienne.

Une rue à Tarata
Une rue à Tarata

On passe par l’office de tourisme : est-ce qu’on peut visiter le musée ? Réponse de l’employé : non, je n’ai pas la clé ! Bon, et la tour de l’horloge ? Pas de clé non plus ! Bigre, on manque de chance. On s’installe sur la place principale et on commence à lire la documentation qu’on nous a remise. Quelques minutes plus tard, on voit réapparaître l’employé de l’office de tourisme qui vient à notre rencontre : une des femmes de ménage a les clés des différents monuments de la ville et il est prêt à nous ouvrir le musée. Au final, on passera environ 4 heures en sa compagnie : on a le droit à une visite guidée de l’ensemble du village ! Tout y passe : le musée, l’église, le couvent, le palais consistorial et la tour de l’horloge. Notre guide est un puits de culture intarissable ! On rentre le soir à Cochabamba avec le moral en hausse.

Notre hôtel à Toro Toro
Notre hôtel à Toro Toro

Le lendemain, on part pour un village plus lointain : Toro Toro. Le village fait partie d’un parc national proposant des expéditions variées. On s’y sent si bien qu’on y reste 4 jours ! Difficile de faire la liste de tout ce qu’on aura l’occasion d’y faire : se baigner dans un canyon, admirer des empreintes de dinosaures,  visiter une des grottes les plus profondes de Bolivie… Notre hôtel est fui par les gringos : pas très propre, pas très confortable, pas très beau. Mais nous, on s’en fout ! On s’installe dans une petite chambre au dernier étage avec vue sur les montagnes environnantes. La cour est un vrai capharnaüm : on n’est pas surpris d’y voir sécher des peaux de bêtes et d’y assister à la mise à mort … d’une chèvre (dans des conditions d’hygiène plus que douteuses). Sur la façade de l’hôtel, il est écrit : «ici essence, gasoil, poulet». Tout un programme, non ?

Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro
Sandrine, dans la grotte Umajalanta à Toro Toro

Je sais que mon article est un peu long, mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une dernière anecdote ! On passe la dernière journée à Toro-Toro en compagnie d’un groupe de 4 touristes qui voyagent ensemble dans la même voiture : un australien (le conducteur), une française, une canadienne et une italienne. Tout ce petit monde est fort sympathique et on sent qu’ils vivent une aventure formidable. Mais, au cours des visites que nous ferons ensemble, ils ne cessent de parler entre eux en anglais (d’ailleurs, deux d’entre eux parlent difficilement espagnol alors qu’ils traversent des pays hispanophones depuis plusieurs mois…) de choses et d’autres, pendant que nous discutons avec le guide de son pays, de sa région, de la végétation qui nous entoure, etc. N’y voyez pas là un jugement de valeur : leur démarche est tout à fait respectable ! Simplement, elle nous fait prendre conscience de la singularité de la nôtre et nous rappelle pourquoi nous sommes là : pour aller à la rencontre des habitants, avant tout !

Denis

PS : Il y a un an… on quittait notre appartement du Mail des Reines, à Aubervilliers.

References   [ + ]

1. Ça nous est arrivé deux fois au Chili, à Puerto Natales et à Antofagasta, et une fois en Bolivie à Sucre.
2. Oui, même après 11 mois de voyage en Amérique du Sud, on n’est pas immunisés contre toutes les cochonneries qui traînent dans l’eau du robinet ou dans la nourriture qu’on achète dans la rue…
3. Ben oui, Cochabamba, c’est à environ 2500 mètres d’altitude et, pour ne rien arranger, la ville est très polluée.

À Santa-Cruz : quelques jours de climat tropical

Cathédrale de Santa-Cruz-de-la-Sierra
Cathédrale de Santa-Cruz-de-la-Sierra

Après la capitale bolivienne, nous arrivons à Santa Cruz de la Sierra pensant y trouver la chaleur, le soleil et un peu plus d’oxygène, puisque nous sommes quasiment au niveau de la mer et dans la zone de la forêt tropicale. Nous arrivons très tôt et sous une pluie battante, alors que nous sommes en pleine saison sèche. C’est à n’y rien comprendre !

Notre séjour dans la ville même est court. Sans habitant pour nous accueillir et nous expliquer la vie dans cette nouvelle région, l’économie, l’histoire, nous passons quelques moments en visite de musées et nous préférons aller vers les villages alentours. Dans Santa Cruz, nous aurons le temps d’arpenter la place principale, de monter au Mirador de la cathédrale et de profiter d’une visite guidée du musée historique. Nous ne perdons pas nos bonnes habitudes et nous continuons de manger au Mercado central.

Église de Cotoca
Église de Cotoca

Près de Santa Cruz, nous découvrons le petit village de Cotoca où nous passons une journée tranquille à nous promener dans les rues, sur le marché et dans l’ancien cloître de la paroisse. Nous apprécions grandement une journée sans pluie.

Denis et sa nouvelle amie dans le parc botanique de Cotaco
Denis et sa nouvelle amie dans le jardin botanique de Santa-Cruz

Nous en profitons aussi pour faire un tour dans le Jardín botánico. Nous y retrouvons des espèces florales connues puisque nous sommes tout près du Brésil et du Paraguay. Par contre, nous étonnera la présence d’un drôle d’arbre ventru, le toborochi, également symbole de la ville de Santa Cruz de la Sierra.

Nous finissons notre séjour dans le département de Santa Cruz par le village de Samaipata, tout près du Parque nacional Amboró. Nous séjournons dans un hostel super sympa, en pleine nature, possédant un jardin bio en permaculture. Nous passons deux nuits dans une chambre particulière avec une cúpula1)coupole comme nous en avons découvert à El Bolsón, chez Seba et Glo. Un vrai petit paradis ! Dans les environs, il y a de quoi faire en terme de randonnées et découvertes archéologiques. Aussi nous aventurons-nous jusqu’au Fuerte de Samaipata, un site de ruines pré-hispaniques, notamment inca, mais pas que !

Notre petite maison à Samaipata
Notre petite maison à Samaipata

Dans le Parque nacional Amboró, accompagnés par Erwin, notre guide pour une journée, nous parcourons plusieurs kilomètres, dans une forêt de végétation native et sauvage. Nous sommes rapidement entourés de fougères géantes, los helechos, qui ressemblent plus à des arbres, étant donnée leur taille ! Il nous fait « rêver » en parlant d’insectes et d’animaux dangereux que nous ne croiserons pas ce jour-là. 😉 Dans le coin, ils proposent aussi des expéditions d’une journée ou plus pour faire la Ruta del Che. Nous ne la ferons pas. Faut pas déconner, non plus ! C’est se faire de l’argent sur le nom d’un révolutionnaire que les boliviens de l’époque ont aidé à capturer et exécuter…

Sandrine

References   [ + ]

1. coupole comme nous en avons découvert à El Bolsón, chez Seba et Glo

Sucre, ville blanche

2015-06-06_18-08-15Quelle est la capitale de la Bolivie ? La Paz ? Perdu ! Il s’agit de Sucre, modeste ville d’environ 400 000 habitants, ne possédant que le siège du pouvoir judiciaire – l’exécutif et le législatif étant effectivement situés à La Paz, qui est aussi la ville la plus grande du pays. Cette répartition des pouvoirs n’a pas été une franche partie de rigolade puisqu’elle s’est faite au terme d’une guerre civile à la fin du XIXème siècle.

2015-06-08_12-54-12Comme Potosí, Sucre est classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO pour son centre-ville colonial où la couleur blanche domine. Mais ici, tout est bien conservé, bien entretenu et même l’air semble moins affecté par les pots d’échappement. Cependant, très vite, on est rassuré : on est bien en Bolivie ! Les rues sont pleines d’un joyeux mélange ethnique, sorte de symphonie de visages et de vêtements, le tout cohabitant dans un mélodieux brouhaha où l’espagnol se colore de quecha. Et puis, il y a le marché central !

Dans les paniers : des oranges et des chirimoyas
Dans les paniers : des oranges et des chirimoyas

Ah le marché central ! On y trouve de tout : de la nourriture, des vêtements, des objets. Vous qui nous connaissez, vous vous doutez que c’est plutôt l’aspect culinaire qui a retenu le plus notre attention ! Des fruits et légumes à perte de vue (dont les délicieux Chirimoyas), des fromages frais et savoureux à 5 bolivianos 1)moins d’un euro !!, les fameux chorizos bien gras et juteux, des pains, des gâteaux et cette petite cour intérieure où de nombreuses vendeuses de jus de fruits haranguent les passants, derrière leurs stands où leur tête dépasse à peine tant il est chargé de fruits colorés. On s’y sent tellement bien qu’on y passe au moins deux fois par jour pour s’y alimenter ou simplement pour se promener au milieu des odeurs et des cris joyeux.

Tissus à Tarabuco
Tissus à Tarabuco

À Sucre, on dort chez l’habitant pour la première fois depuis notre entrée en Bolivie. Comme nous l’avons déjà fait dans d’autres grandes villes, nous avons accepté deux «couchs»2)C’est comme ça qu’on désigne un hôte trouvé grâce au site couchsurfing.org différents. D’abord, on est attendu chez Veronica3)Exceptionnellement, les prénoms ont été changés et nous ne mettons pas de photo du fait d’un contencieux entre nous, qu’on vous racontera plus tard… et sa fille de 14 ans, Anita. Elles habitent au onzième étage d’un des très rares edificios de Sucre. De leur appartement, on voit toute la ville et c’est très beau, de jour comme de nuit. On en profite pour y cuisiner les denrées glanées sur le marché… Veronica m’apprend quelques mots en quecha. Sur ses conseils, on va visiter un sympathique petit village des environs : Tarabuco. On y trouve une feria où on vend des tissus magnifiques, de tradition locale.

Sandwichs au chorizo sur le marché central
Sandwichs au chorizo sur le marché central

Notre deuxième expérience de couchsurfing sera plus malheureuse : on attend notre hôte en vain une heure sur la place centrale… Ça nous était déjà arrivé une fois au Chili mais ça nous laisse tout de même moroses. Pour nos deux dernières nuits, on se rabat sur un hostal un peu miteux (mais pas cher), situé en plein centre-ville, à deux pas du marché.

Cimetière de Sucre
Cimetière de Sucre

La même journée, on visite le cimetière et on y rencontre un jeune bolivien, Marco, étudiant en sociologie, qui nous fait une visite guidée. Après nous avoir plongés dans l’histoire du pays en nous montrant un certain nombre de tombes illustres, il nous parle de la période actuelle, d’Evo Morales et des grandes réformes entreprises en Bolivie récemment. Il a les yeux qui brillent en nous racontant tout ça et nous on se met à rêver : et si on élisait un jour un Evo en France. Un président qui affirmerait haut et fort que la diversité culturelle est une force et qui modifierait la constitution dans ce sens4)La constitution bolivienne est une des seules au monde à reconnaître le droit de chaque ethnie, élevée au rang de «nation», a défendre sa culture, ses traditions, sa langue, etc. un président constamment à l’écoute des syndicats et des travailleurs, un président qui dit : «la compétitivité non, la solidarité oui»

Denis

References   [ + ]

1. moins d’un euro !!
2. C’est comme ça qu’on désigne un hôte trouvé grâce au site couchsurfing.org
3. Exceptionnellement, les prénoms ont été changés et nous ne mettons pas de photo du fait d’un contencieux entre nous, qu’on vous racontera plus tard…
4. La constitution bolivienne est une des seules au monde à reconnaître le droit de chaque ethnie, élevée au rang de «nation», a défendre sa culture, ses traditions, sa langue, etc.