Archives pour la catégorie Chili

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Dernière étape chilienne : le désert d’Atacama

Le volcan Licancabur
Le volcan Licancabur

«Denis, réveille-toi, ça bouge !»

J’ouvre un œil et j’essaie de rassembler mes esprits. Il fait encore nuit et le salon dans lequel nous dormons est plongé dans la pénombre. Je regarde autour de moi : effectivement, ça bouge ! La sensation est proche du roulis du bateau qui nous a emmené sur ce continent, quelques dix mois auparavant. Pas de doute : c’est un tremblement de terre ! Je regarde Sandrine : elle est un peu inquiète et elle a mis ses lunettes, prête à quitter les lieux si ça ne s’arrête pas. Heureusement, ça ne dure pas et ça reste très léger : même les objets qui nous entourent sont restés à leur place. Quelques heures plus tard, en consultant internet, on apprendra qu’il s’agissait d’un séisme de magnitude 5,7. Le genre de séisme qui laisse un chilien de marbre mais qu’un français ne pourra jamais connaitre s’il ne voyage pas.

Un plateau de fromages pour l'anniversaire de Sandrine ; à droite, Reinaldo, notre hôte à Calama
Un plateau de fromages pour l’anniversaire de Sandrine ; à droite, Reinaldo, notre hôte à Calama

Quand on raconte l’épisode à notre hôte, Reinaldo, il rit de bon cœur. «No era un terremoto, era un temblor.»1)Ce n’était pas un tremblement de terre mais une secousse. Reinaldo, c’est un des nombreux employés de la mine de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre du monde. Autour d’une bonne bouteille de vin chilien, il nous fait écouter de la musique traditionnelle de son pays et de Bolivie. Lui-même joue de la guitare et danse la cueca2)Danse folklorique chilienne très codifiée, qui se pratique en costume avec un mouchoir de tissu à la main.. Dès le premier soir, il nous entraine dans le désert d’Atacama, le fameux désert qui occupe tout le nord du Chili et qui est connu pour être le plus sec au monde ! Avec lui on visite la Pukará de Lasana, ruines précolombiennes construites par les atacaméniens au Vème siècle après JC. En longeant la vallée, on s’arrête pour admirer les pétroglyphes3)Dessins gravés dans la pierre et on va casser la croute à Chiu-Chiu, adorable petit village qui possède l’église la plus ancienne du pays.

Intérieur de la cathédrale d'Antofagasta
Intérieur de la cathédrale d’Antofagasta

Parmi les villes importantes de cette région désertique, il y a d’abord Antofagasta, où nous passons deux nuits. La ville possède un patrimoine architectural important, une certaine richesse due à l’activité minière de la région (dont le salitre et le cuivre), un port et quelques plages. Ensuite, il y a San Pedro d’Atacama, la ville incontournable pour aller se promener dans le désert, point névralgique du tourisme local. Après nos expériences patagonnes de «tourisme à la queue-leu-leu» (Ushuaïa, El Calafate, Torres del Paine, etc.), on est très méfiants et on préfère s’installer à Calama, chez Reinaldo.

Mine de cuivre de Chiquicamata
Mine de cuivre de Chuquicamata

«Vous êtes hébergés à Calama ? Mais c’est très laid comme ville !!» Voilà ce qu’on nous dit à San Pedro ! Reinaldo nous avait prévenu : cette ville est détestée par tout le monde, y compris par ceux qui y habitent. Les plus amères sont d’ailleurs les ouvriers de la mine de cuivre, fraichement relogés à Calama, après que leur ville (Chuquicamata) ait été déclarée «zone saturée en micro-particules et en acide sulfurique». Chuquicamata est définitivement fermée en 2007. Codelco, l’entreprise publique4)À noter : l’état ne possède que 30% de la production totale de cuivre chilien. qui administre la mine adjacente, permet une visite de la ville abandonnée avant de nous emmener voir le trou de 4,5 km de large et de 1 km de profondeur. Impossible pour nous de nous extasier devant une telle monstruosité, on a l’impression de voir une sorte de plaie béante en plein désert. Mais cette visite nous semblait indispensable : le cuivre rapporte beaucoup d’argent au Chili et permet de subventionner une bonne partie de ses services publics.

La vallée de la Lune à San Pedro d'Atacama
La vallée de la Lune à San Pedro d’Atacama

Même méfiants, on passera quand même une pleine journée à San Pedro d’Atacama. Comme on s’y attendait, la visite de la célèbre Vallée de la Lune se fait au pas de charge et les groupes de touristes s’entassent pour regarder les mêmes choses en même temps. Mais bon… on ne va pas faire la fine bouche : c’est très très beau ! On en ressort éblouis en se disant que décidément, le Chili, ça aura été magnifique jusqu’au bout !

Coucher de soleil à San Pedro d'Atacama
Coucher de soleil à San Pedro d’Atacama

Car oui, c’est notre dernière étape chilienne avant la Bolivie ! On a beau savoir que les prochains pays que nous allons traverser comptent parmi les plus fameux au monde, on a le cœur qui se serre en repensant à tout ce qu’on a vécu dans cette bande de terre coincée entre le Pacifique et la Cordillère des Andes. À la beauté et à la variété des paysages rencontrés s’ajoute la qualité des rencontres qu’on y a faites. Merci donc au Chili et au chiliens pour ces trois mois magnifiques passés en votre compagnie !

Denis

 

References   [ + ]

1. Ce n’était pas un tremblement de terre mais une secousse.
2. Danse folklorique chilienne très codifiée, qui se pratique en costume avec un mouchoir de tissu à la main.
3. Dessins gravés dans la pierre
4. À noter : l’état ne possède que 30% de la production totale de cuivre chilien.
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Vallée d’Elqui : sur la route des étoiles

Église de Vicuna
Cathédrale de La Serena

La vallée de l’Elqui1)Du nom de la rivière maigrichonne qui serpente entre les montagnes de la pré-cordillère se situe dans la quatrième région du Chili. C’est une région très touristique en été, qui accueille beaucoup de chiliens de la capitale. Nous la découvrons en automne ; il y a moins de monde et les températures sont raisonnables et supportables.

Église Santo Domingo de La Serena
Église Santo Domingo de La Serena

Nous arrivons d’abord à La Serena, petite ville balnéaire où il fait bon vivre même avec les températures qui commencent à baisser. L’air de la mer est agréable et nous déambulons aussi bien dans le Jardin japonais et sur la Place des Armes qu’à la plage,  pour voir le phare. Celui-ci n’est plus en activité mais il reste un lieu de promenade privilégié des chiliens en vacances ici. Le cœur de la ville est très beau et les bâtiments coloniaux tellement bien conservés qu’ils sont encore utilisés comme tels. En plus des nombreuses églises que l’on croise à tous les coins de rue, le Palais de justice et la Mairie impressionnent par leur architecture.

Ici, nous sommes en hostel puisque nous n’avons pas trouvé d’habitant qui nous accueille. Nous en profitons tout de même pour échanger avec le patron et sa femme qui nous donneront quelques idées de balade dans la ville.

À Coquimbo
À Coquimbo

C’est ainsi que nous visitons la ville de Coquimbo, la sœur jumelle de La Serena, à un détail près, c’est que Coquimbo est un port de pêche, plus qu’un lieu de villégiature. Nous y passons une journée entière pour découvrir le Barrio Inglés, le Fuerte Lambert (reste d’une fortification ancienne de la ville), l’église de Guayacán, entièrement en métal et importée d’Angleterre au XIX° siècle ; et nous finissons notre tour avec la Mesquita2)Mosquée. Il s’agit d’une réplique exacte dans les détails architecturaux de la Mosquée de Marrakech sauf qu’elle est plus petite. Et aujourd’hui, elle se visite et on y trouve une bibliothèque consacrée au dialogue entre religions.

Église Immaculée Conception et Torre Bauer à Vicuna
Église Immaculée Conception et Torre Bauer à Vicuña

Après quelques jours à La Serena, on s’aventure plus dans la vallée et on s’arrête à Vicuña, la ville des observatoires d’astrophysique touristiques et de recherche. Il y en a tellement qu’on a le choix pour aller passer une soirée dans les étoiles, les vraies, pas celles du planétarium ! Que de beaux souvenirs gravés dans la tête : une image de Jupiter, magnifique et si près, Saturne, ses anneaux et quelques-unes de ses lunes comme Titan, une des étoiles composant la Croix du Sud3)et oui, on est dans l’hémisphère sud et pas question de trouver dans ce ciel une grande Ourse et Polaris qui est en fait double quand on y regarde de plus près !

Yeni et Nacho, no hôtes à Viuna
Yeni et Nacho, nos hôtes à Vicuña

À Vicuña, on est hébergés chez Nacho, Yeni et leurs trois enfants. Nous y passons vraiment un séjour très sympathique. Nous parlons de Beaudelaire que Nacho affectionne particulièrement, surtout le poème «Le Vin de l’assassin» et du Mont Blanc que Nacho va aller escalader en juin. Pour cela, il fera une grande fête pour aider au financement de son projet, un des soirs où nous sommes présents. Nous participons aux préparatifs, ce qui permet de rencontrer leurs amis très proches et les parents de Nacho. Comme c’est aussi une vallée de vignobles et la vallée du pisco, on y échappera pas ! Finalement, nous les quittons après trois jours intenses, pour aller encore plus loin dans la vallée, vers Pisco Elqui, dans un petit village de montagne : Montegrande4)village dont est originaire Gabriela Mistral.

Avec Sara, note hôte, à Montegrande.
Avec Sara, notre hôte, à Montegrande.

À Montegrande, nous passons quatre jours dans la petite maison de Sara. Elle vit ici, seule, en ermite ; elle nous le dit elle-même, elle n’aime pas la compagnie de la société. Mais elle aime à recevoir des voyageurs, et en particulier des étrangers. Cela lui remplit son quotidien pendant quelques jours ; juste assez pour ne pas la déranger dans la solitude qui lui va bien et  pour remplir sa vie d’histoires de voyageurs, même si elle sait qu’elle ne les reverra sans doute jamais. Ce qui l’anime, ce sont ces rencontres, ces aventures, ces tranches de vie.

Église du village Pisco Elqui
Église du village Pisco Elqui

Ce lieu est un vrai bonheur pour nous ! Nous nous reposons dans le silence de la montagne ; il n’y a pas un bruit. Sur les conseils de Sara, nous nous baladons et arpentons les alentours. Nous allons nous promener jusqu’à la Quebrada de Paihuano et jusqu’au village de Pisco Elqui, toujours cernés par les montagnes sèches et pelées. Et on est même retourné voir les étoiles, mais cette fois-ci, tous seuls, avec des lampes torches pour se rendre à un petit pont isolé à un kilomètre de la maison. Il y fait bien noir et on profite de l’atmosphère très sèche pour voir la voie lactée comme jamais !

Dans le jardin de la maison de Sara, Montegrande
Dans le jardin de la maison de Sara, à Montegrande

Quelle chance nous avons d’avoir rencontré Sara ! Tous les soirs, elle nous raconte des histoires,  drôles et moins drôles, sur sa famille, sur le peuple chilien ; des histoires qui ont divisé son peuple, sa famille aussi. Une de mes anecdotes préférée est celle de ce repas passé chez son oncle, chez qui elle était restée ; elle avait sept ans. Il recevait ce soir-là un ami, un camarade, Salvador Allende, accompagné d’un certain Fidel Castro ! Quelle vie !

Les bonnes choses ont une fin ; mais pour en vivre d’autres, nous quittons cette région de montagnes pelées et arides qui nous donne un avant-gout de désert.

Sandrine

References   [ + ]

1. Du nom de la rivière maigrichonne qui serpente entre les montagnes de la pré-cordillère
2. Mosquée
3. et oui, on est dans l’hémisphère sud et pas question de trouver dans ce ciel une grande Ourse et Polaris
4. village dont est originaire Gabriela Mistral
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Un séjour en musique à Viña del Mar

Avant toute chose, un mot sur la première photo (celle qui est juste au dessus de l’article). Vous avez dû constater qu’on s’était amusés, jusqu’à présent, à alterner des portraits de nous deux. Quand Sandrine écrivait l’article, on mettait un portrait de moi et inversement. Après 9 mois de voyage, on a envie de changer de recette : on inaugure ici une série d’articles qui commenceront par une peinture de Sandrine !

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Víctor, guide touristique musicien

Nos séjours chez l’habitant se succèdent mais ne se ressemblent pas ! Et c’est à chaque fois passionnant. On est ici au bord du Pacifique, à peu près à la même latitude que Santiago, dans une ville qui s’appelle Viña del Mar, qui jouxte Valparaíso. D’un point de vue strictement touristique, Valparaíso est une ville plus intéressante – ça doit se voir sur nos photos – mais quand on a découvert le profil de Víctor, on n’a pas hésité une seconde ! Car notre hôte ici est guitariste, chanteur, poète et guide touristique ! Il partage son appartement avec Monica, une voyageuse espagnole. Dès le premier soir, on a le droit à un accueil en chansons, à quoi on réplique avec quelques uns de nos duos a capela.

Un des escaliers de Valparaíso
Un des escaliers de Valparaíso

Víctor nous emmène visiter Valparaíso et nous servons de cobayes pour une promenade guidée qu’il est en train d’expérimenter. L’originalité de ce parcours, c’est qu’il est parsemé de pauses musicales : Víctor sort sa guitare à chaque étape et nous gratifie d’une petite chanson ! La ville en elle-même est d’ailleurs assez stupéfiante : installée de façon plus ou moins anarchique sur les montagnes qui font face à la mer, la ville s’est construite autour du port sans jamais avoir été fondée. Du coup, son développement s’est fait de façon très spontanée, laissant place à une certaine fantaisie, tant sur le plan urbanistique que sur le plan architectural. Évidemment, les contrastes sociaux sont aussi très accentués et les touristes sont prévenus qu’il y a certaines zones qu’ils ne doivent pas aller visiter sans la présence d’un chilien à leur côté…

Le groupe de Murga de Valparaíso
Le groupe de Murga de Valparaíso

Un soir, Víctor nous invite à assister à une répétition de son groupe de chanteurs. Il s’agit d’un groupe de Murga, un genre musical issu des carnavals uruguayens. C’est joyeux, festif et ça chante à plein poumons ! Leur répétition a lieu dans un centre culturel un peu délabré et non chauffé, ce qui renforce le caractère un peu «sauvage» de l’ensemble.

L'un des uniques Moai (statues de l'Île de Pâques) rapatriés sur le continent
Devant le musée Fonck de Viña del Mar, l’un des uniques Moai (statues de l’Île de Pâques) rapatriés sur le continent

Bien sûr, on ira aussi se promener dans Viña del Mar. On rend une petite visite à ses châteaux et à ses plages, on mange des fruits de mer et on s’arrête dans son musée archéologique. Une grande partie de ce musée est consacré à l’Île de Pâques, qui appartient au Chili depuis 1888 et qui est administrativement rattachée à la région de Valparaíso. Du fait de notre décision de ne pas prendre d’avion au cours de notre voyage, on ne pourra pas aller visiter l’île et ce musée nous permet de goûter un peu à ce qu’on aurait pu y voir. Il y a bien sûr les fameux Moai (immenses statues éparpillées sur l’île), mais aussi une culture très particulière, du fait que la population indigène (les Rapa Nui) est restée complètement isolée pendant plus de mille ans ! Au XIXème siècle, des esclavagistes en provenance du Pérou les ont quasiment fait disparaître. Il reste des Rapa Nui sur l’île de nos jours mais leur culture a été profondément transformée par les colonisateurs. Par exemple, plus personne (même pas eux) ne sait déchiffrer leur écriture, qui reste donc un mystère…

On repart de nouveau sur les routes, direction La Serena, pour notre dernière étape avant le désert…

Denis

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À Santiago, rencontres avec l’histoire du Chili

2015-05-03_008Si vous visitez Santiago, c’est surtout avec l’histoire du Chili que vous aurez rendez-vous. Elle est partout présente : à travers des rues pleines d’édifices historiques et dans ses nombreux musées.

Pour ces quelques jours dans la capitale, nous sommes hébergés par Macarena et Felipe (et leur fils Dante), couple chilien qui a vécu 12 ans en France (aux Lilas !) et qui nous parlent de leur pays, de leur ville et de sa situation politique. Felipe nous introduit à la littérature sud-américaine et nous cuisine un délicieux plat péruano-chinois.

Dans le parc des sculptures
Dans le parc des sculptures

En dépit de son ambiance brumeuse, Santiago est une très belle ville. Elle possède beaucoup de zones arborées, de parcs où il fait bon se poser pour boire un maté ou profiter d’expositions à ciel ouvert. Elle est entourée de montagnes et certains cerros, à l’intérieur même des quartiers, permettent de prendre de la hauteur. Bien sûr, il est indispensable de déambuler dans ses différents quartiers historiques. Que ce soit, dans le Casco Histórico, dans le quartier Cívico, à Bellavista, à Yungai ou à Providencia, vous croiserez très souvent de vieilles bâtisses, plutôt bien conservées ou du moins mises en valeur artistiquement. On attendait cette abondance architecturale depuis notre entrée dans le sud du Chili et on n’est pas déçus !

Vu dans le musée d'art pré-colombien ; sculpture mapuche
Vu dans le musée d’art pré-colombien ; sculpture mapuche

Vous remontrez encore plus loin dans le temps grâce au Musée d’Art Précolombien. Sa richesse est indéniable ; vous allez tomber tout entier dans l’histoire de ce pays, et ça fait un bien fou, croyez-moi ! Les objets retrouvés et mis en valeur dans un bâtiment très moderne vous emportent dans un passé lointain, allant de 6 mille ans avant JC à l’arrivée des espagnols1)Certaines pièces de ce musée sont contemporaines de l’Égypte ancienne !. On vous parle des Mapuche, des Moche, des Inka, des Yamana, des Wari ; il y en a tellement… Vous découvrirez leurs rites funéraires, leur art de la poterie, de l’orfèvrerie, leur écriture hiéroglyphique, leurs mathématiques et leurs jeux. Ils avaient un jeu dit de la pelota2)une sorte d’ancêtre du football qui consistait à régler les conflits entre tribus. Les perdants étaient décapités. Je ne sais pas si cela aurait changé la face du monde si ce jeu avait perduré ? 😉 Ainsi vous rendrez-vous compte que c’est une grave erreur d’appeler ce continent le «nouveau monde» !

Palais de la Moneda
Palais de la Moneda

L’aventure se poursuit par le Museo histórico qui retrace l’histoire du pays depuis la présence des différents indigènes sur le territoire, jusqu’à Salvador Allende. De nouveau, vous croisez des noms de libérateurs déjà vus, San Martin, O’Higgins ou Carrera. Situé sur la Plaza de Armas, au cœur de la capitale, les alentours de ce musée vous amènent aussi à découvrir des bâtiments officiels comme La Moneda3)siège du gouvernement et la cathédrale.

Musée de la mémoire et des droits de l'homme
Musée de la mémoire et des droits de l’homme

Pour en savoir plus sur l’époque de la dictature et l’après Allende, il faut aller visiter le Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme. C’est très bien fait, sans concession et il retrace l’histoire de la période depuis le jour du coup d’état militaire, un certain 11 septembre 1973 jusqu’au plébiscite d’octobre 1988, lors de la victoire du NON ! Vous traversez une première salle entièrement dédiée au jour-même du coup d’état. Il est retracé heure par heure et des hauts-parleurs diffusent le dernier discours d’Allende. Curieusement, la période suivant (de 1988 à nos jours) n’est traitée dans aucun musée et, comme nous, vous serez en droit de vous demander pourquoi…

Dans la Chascona, maison de Pablo Neruda
Dans la Chascona, maison de Pablo Neruda

Vous finirez ce parcours historique par la Chascona, la maison de l’écrivain Pablo Neruda4)pseudonyme trouvé grâce à ses lectures de jeunesse de Sherlock Holmes de Conan Doyle. La visite de cette maison construite sur les hauteurs de la ville pour y apprécier encore mieux la vue sur la Cordillière, vous emmènera également dans des époques tourmentées de l’histoire du pays mais également internationale. Ami avec Picasso, Léger et Garcia Lorca entre autres, sa maison retrace sa vie intellectuelle, amoureuse et politique. Bizarrement, cette dernière est contée sans que ne soit fait mention, à aucun moment, de son appartenance au parti communiste chilien…

Manifestation du 1er mai à Santiago
Manifestation du 1er mai à Santiago

Et pour avoir un pied dans l’Histoire en mouvement, profitez-donc d’une manifestation – pour nous ce fut celle du 1er mai, journée internationale des travailleurs – pour vous rendre compte que c’est dans la rue que le Chili continue d’écrire son histoire, en arborant fièrement l’héritage d’Allende, de la résistance mapuche et en réclamant une nouvelle constitution.

Comme nous, cette ville ne vous laissera pas indifférents. Et pour continuer le périple, rien de telle que la visite de Valparaiso, également lieu d’habitation de Neruda et haut lieu de l’histoire du Chili…

Sandrine

References   [ + ]

1. Certaines pièces de ce musée sont contemporaines de l’Égypte ancienne !
2. une sorte d’ancêtre du football
3. siège du gouvernement
4. pseudonyme trouvé grâce à ses lectures de jeunesse de Sherlock Holmes de Conan Doyle
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Ami extra-terrestre, pose-toi dans le Maule !

El Enladrillado, en la Reserva Alto de Lircay
El Enladrillado, en la Reserva Alto de Lircay

Oubliez un temps les volcans pris de folie furieuse1)Je ne sais pas si on vous en a parlé dans les informations en France, mais un nouveau volcan vient d’exploser au Chili. Il s’appelle Calbuco et il est situé au Sud-Est du lac Llanquihue, où nous avons passé plus de trois semaines et dirigez-vous vers la Cordillère des Andes en partant de Talca, dans la région Maule. Plantez votre tente dans le parc «Altos de Lircay» et montez vers le mystérieux «Enladrillado». Cette plate-forme basaltique située à 2200 mètres d’altitude est si surprenante que certains s’y sont pris à rêver que des extra-terrestres auraient pu être à l’origine de cet espace, qui auraient pu leur servir de piste d’atterrissage. D’ailleurs, la commune de San Clemente, située à mi-chemin entre le parc et Talca, invite les touristes de passage à parcourir la route ufologique et explique qu’il s’agit là d’un lieu privilégié pour voir des OVNIs… Nous qui parcourons l’Amérique du Sud depuis 9 mois, nous savons bien que la Nature est facétieuse et que s’il lui prend l’envie de faire des monuments surprenants et magnifiques, elle n’a besoin d’aucune aide venant de l’espace profond. Qu’à cela ne tienne, supposons qu’un de ces OVNIs finisse par se poser ici et qu’un extra-terrestre se mette à visiter le Chili. Après tout pourquoi pas ; puisqu’on ne cesse de vous dire que le Chili est un pays où il faut avoir mis les pieds une fois dans sa vie !

Avec Juan Pablo, au Cerro de la Virgen, Talca
Avec Juan Pablo, au Cerro de la Virgen, Talca

Ami extra-terrestre, commence donc par jeter un coup d’œil sur Talca. C’est une ville tranquille et très verte, à partir de laquelle on peut voir des collines et même des volcans. D’ailleurs, tu as tout intérêt à monter au Cerro de la Virgen pour voir de haut la ville et la rivière Río Claro. Ensuite, tu iras t’installer chez Juan Pablo. Il te dira que son appartement est en désordre mais s’il te prête son lit, comme il l’a fait pour nous, tu vas dormir comme un bébé. Et si tu as pris le temps d’apprendre un peu d’espagnol avant d’arriver sur Terre, tu pourras avoir ici quelques excellentes discussions. En particulier, fais-le parler de ses voyages, de son parcours personnel et tu verras qu’il porte un regard d’une grande richesse sur le monde. Et aussi, profites-en pour découvrir ses photos ; elles sont magnifiques et elles disent beaucoup de choses sur lui. En plus, il n’est pas avare de conseils et il t’aidera à réaliser toi-même de superbes clichés2)J’en profite pour vous dire que nous retouchons désormais la plupart des photos que nous mettons en ligne sur le blog. Plus de contraste, plus de couleurs, des cadres au petits oignons… Merci Juan Pablo pour la formation express !.

À Constitucion, restes d'une maison bourgeoise après le dernier tremblement de terre
À Constitución, restes d’une maison bourgeoise après le dernier tremblement de terre (2010)

Ensuite, tu iras voir l’océan Pacifique. Nous, on te conseille d’aller le voir à Constitución. Il y a là des pierres de formes énigmatiques tout le long du rivage – d’ailleurs, ne seraient-elles pas sculptées par l’un des tiens ? Et puis, il y a ce petit marché où tu pourras manger de délicieuses sopaipillas3)petits pains frits avec aji4)sauce au piment et acheter du raisin : profites-en, on en cultive beaucoup dans cette région pour faire du vin. Mais tu aurais tort de te rendre à Constitución sans prendre le train. Il s’agit d’un petit tortillard tout ce qu’il y a de plus bucolique, la dernière ligne de train chilienne non électrifiée. Le train part à 7h30 de Talca, à une heure où le soleil n’est pas encore levé, traverse rapidement la ville et débouche dans la partie agricole de la région. Et puis, au bout d’une bonne heure, le paysage se transforme, le brouillard se lève et le train offre quelques unes des plus belles vues du Río Maule.

À Aurora, Bernarda nous apprend à faire des empanadas...
À Aurora, Bernarda nous apprend à faire des empanadas…

Histoire de varier les plaisirs, tu pourrais venir t’installer en province, à Aurora par exemple, petit hameau situé entre Talca et San Clemente. Là, après avoir passé un magnifique petit pont métallique, tu iras t’installer chez Natalia et Juan Pablo – attention : ça n’est pas le même Juan Pablo qu’à Talca ! Ces deux-là vivent dans la maison des parents de Juan Pablo (José Luis et Bernarda) et ont une petite chambre sous les combles pour toi. Leur maison, pleine de chiens et de chats, compte aussi avec une autre petite habitante : Maria-Paz, 4 mois, fille de Natalia et Juan Pablo. Là, n’hésite pas à demander à Bernarda de t’apprendre à cuisiner les fameuses empanadas chiliennes. Une fois que tu auras bien profité de l’ambiance rurale et familiale de cette charmante petite propriété, tu pourras retourner au parc Altos de Lircay et à l’Enladrillado, c’est tout près. Si tu es discret, tu auras peut-être la chance de voir quelques animaux locaux : pic-verts, zorros5)Sorte de petit renard et petits serpents.

Au centre, Natalia et Juan Pablo, nos hôtes à Aurora
Au centre, Natalia et Juan Pablo, nos hôtes à Aurora

On espère juste que le départ de ta navette ne réveillera pas les volcans alentours : nous, on est maintenant à 250 km de là, à Santiago et on aimerait pouvoir continuer tranquillement notre voyage…

Denis

References   [ + ]

1. Je ne sais pas si on vous en a parlé dans les informations en France, mais un nouveau volcan vient d’exploser au Chili. Il s’appelle Calbuco et il est situé au Sud-Est du lac Llanquihue, où nous avons passé plus de trois semaines
2. J’en profite pour vous dire que nous retouchons désormais la plupart des photos que nous mettons en ligne sur le blog. Plus de contraste, plus de couleurs, des cadres au petits oignons… Merci Juan Pablo pour la formation express !
3. petits pains frits
4. sauce au piment
5. Sorte de petit renard