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Bons baisers du Biobío

Nous voici repartis à la découverte du Chili. Nous remontons la chaîne des volcans pour nous arrêter dans le Biobío pour dix jours. Suite au crash du disque dur de l’ordinateur de Denis, nous avons perdu toutes les photos que nous avions prises au cours de ces derniers jours. Aussi nous partagerons avec vous uniquement les photos prises lors de notre dernier jour dans la région 🙁

Nous passons tout d’abord une semaine chez Antonieta, à Coronel, au bord de l’océan Pacifique. Et vous pouvez nous croire, on ne s’est pas gênés pour aller s’y baigner plusieurs fois ! L’eau est fraîche en cette saison d’automne qui commence. Et ce qui me plaît beaucoup, c’est ce sable noir, volcanique qui donne aux plages d’ici un aspect inhabituel, presque inquiétant, très dépaysant.

Chez Antonieta, nous arrivons le jeudi soir, après la tombée de la nuit. Les carabineros nous voyant un peu perdus décident de nous conduire jusqu’à chez elle. Lors de notre séjour avec Antonieta, nous visitons son quartier, le quartier Maule. Nous passons aussi une journée à Lota, petit port, proche de Coronel. Nous découvrons que cette région est marquée par l’histoire des mines, une histoire humaine très dure et qui a laissé des marques aussi bien dans le paysage que dans les constructions des habitations.

Surtout, Coronel restera pour moi l’endroit où j’ai rencontré une prof de tissage avec laquelle j’ai beaucoup appris et où j’ai passé deux jours entiers à tisser un poncho qui est maintenant le mien et dont je profite pleinement, étant donné que les températures sont bien fraîches en début et fin de journée. Dans le Biobío, l’amplitude thermique en automne peut parfois être de 15°C ! Antonieta m’a appris que dans le tissage, le geste technique est important mais compte aussi le fait d’envisager l’œuvre comme quelque chose qui n’est pas figé dès le départ, bien au contraire !

À droite, Javier, notre hôte
À droite, Javier, notre hôte

Nous quittons Coronel et Antonieta pour rejoindre Javier à Chillán. Nous passons trois jours extrêmement sympathiques en sa compagnie, dans une petite maison de ville qu’il a construite lui-même, «entre le marteau et la bière». À plusieurs reprises, nous évoquons des souvenirs de nos voyages respectifs au Paraguay. Javier est le premier voyageur que nous rencontrons, ayant vécu au Paraguay et qui en garde un souvenir vif et ému des expériences spectaculaires qu’il y a vécu. Dès le deuxième jour, il nous emmène dans la maison de campagne de sa famille, toute une journée, où nous partagerons ensemble un repas franco-italien avec un couple de couchsurfers de passage, comme nous. Le lendemain, sur ses conseils, nous partons pour une journée randonnée, autour des volcans Nevados Chillán. Pour arriver au refuge, nous devons franchir une barrière de lave qui date de la dernière éruption de ces volcans. Cela laisse l’impression un peu magique de se retrouver dans un décor de film du type «Seigneurs des Anneaux» !

Détail d'un piano signé par Claudio Arrau
Détail d’un piano signé par Claudio Arrau

Le dernier jour, nous profitons de la ville même de Chillán, de son marché municipal, avec ses étals d’objets traditionnels, de chapeaux et d’alimentation typique, sa place principale et ses graffitis. Nous visitons aussi le musée du pianiste chilien, Claudio Arrau, né ici même. Chillán est également la ville qui a vu naître le ténor wagnérien Ramon Vargas. Et les découvertes culinaires sont aussi au rendez-vous : nous goûtons à la chicha, jus de raisins légèrement fermenté accompagné de farine torréfiée et on nous initie enfin au pisco que Javier nous servira avec un tonic.

Après ces dix jours, nous remontons dans la région immédiatement au dessus, Maule, où nous sommes de nouveau attendus par des chiliens.

Sandrine

Frutillar, son lac, son théâtre, ses kuchen

IMG_1432«Mais qu’est-ce que vous faites encore au Chili ? Dépêchez-vous d’aller en Bolivie !» Voilà en substance le conseil de mon frère, Rémi, qui d’ailleurs vient de rentrer en France au terme d’un voyage de plus d’un an, principalement en Amérique du Sud. Oui, Rémi, on sait bien que les pays les plus dépaysants restent encore à visiter. Mais voilà, on s’attarde ici, dans le sud du Chili, au milieu de ses lacs1)D’ailleurs cette région s’appelle «región de los lagos». et de ses volcans.

Teatro del Lago
Teatro del Lago

Du coup, après plus de deux semaines passées au bord du lac Llanquihue dans la ferme de Katia et Victor, nous ne quittons toujours pas ce lac magnifique et nous nous installons pour 4 jours à Frutillar. Ce village, ancienne colonie allemande, est resté très attaché à la culture qui lui a donné le jour. L’architecture, très bourgeoise, est d’un goût très sûr2)Si on excepte cet horrible quartier en construction, à deux kilomètres au sud de Frutillar, genre villas résidentielles pour ultra-riches qui ne veulent pas se mélanger au reste de la population.. Les allemands, aussitôt installés, ont immédiatement fondé un chœur d’hommes et une école de musique. En 2010, une grande salle de concert, le Teatro del Lago, ouvre ses portes ; c’est l’une des seules salles de cette envergure à ne pas être rattachées à une grande ville. Enfin, on trouve ici des boutiques de gâteaux «kuchen» à tous les coins de rue.

Notre «cabane»
Notre «cabane»

Comme on a quitté la saison touristique, l’office du tourisme est fermé. Et comme on voyage sans guide, on est d’abord un peu perdus : où va-t-on dormir ? Et que va-t-on faire dans cette ville ? Un peu au hasard, on se rabat sur une location de cabañas. On est donc logés dans une petite maison en bois, avec une cuisine et un chauffage au bois. Pour ce qui est de notre emploi du temps, on va se la couler douce, faîtes nous confiance pour ça !

IMG_1479Le deuxième jour, on décide d’aller se promener vers la rive sud du lac, jusqu’à un lieu appelé «Punta Larga». Notre objectif, c’est de s’installer sur une plage déserte, loin de toute habitation, avec vue sur les volcans, le temps de pic-niquer et de peindre le paysage. Ce qu’on n’avait pas prévu … c’est qu’aucun chemin ne mène à la côte depuis la route. Qu’à cela ne tienne, on frappe aux portes d’une ferme dont les terres s’étendent entre nous et la plage espérée. Un vieil homme nous ouvre et nous invite à traverser sa propriété. Un peu plus loin, nous nous arrêtons encore : deux chiens nous aboient dessus. Sur le coup, on s’apprête à rebrousser chemin. Mais comme on a déjà fait plus de 5 kilomètres pour arriver là, on décide de persévérer. Je m’approche du plus grand chien (un berger allemand) en tendant la main. Le chien me regarde, avance en remuant la queue et … me lèche la main. Ouf, on peut passer !

IMG_1472La plage en elle-même est magnifique : des gros rochers ronds de toutes les couleurs à perte de vue. Et face à nous, trois volcans, dont le grand Osorno, que nous commençons à connaître. Tout respire la paix et l’harmonie. Après un solide pic-nic et une séance de peinture pour Sandrine, on retourne au village. En route, on cueille des mûres ; ici on est en pleine saison et on en trouve partout.

Maintenant, on reprend notre voyage vers le nord, vers la Bolivie dont tout le monde nous parle depuis le début de notre voyage. Mais il nous reste encore pas mal de choses à voir (et à vivre) au Chili. D’ailleurs, on sera hébergés chez l’habitant pour au moins les quatre prochaines étapes…

Denis

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1. D’ailleurs cette région s’appelle «región de los lagos».
2. Si on excepte cet horrible quartier en construction, à deux kilomètres au sud de Frutillar, genre villas résidentielles pour ultra-riches qui ne veulent pas se mélanger au reste de la population.

Au pied des volcans, il était une ferme…

Le volcan Osorno
Le volcan Osorno

Avec l’île de Chiloé, nous en avons pris plein les yeux (et vous aussi, non ?). Comment allait être la suite de nos découvertes ?  Il fallait, sans aucun doute, que le paysage soit aussi beau ou plus étonnant encore. Alors, que dites-vous d’une chaîne de volcans plantés sur les rives d’un lac magnifique ? Eh bien, c’est là que nous sommes !

Le jardin, notre terrain de jeu principal
Le jardin, notre terrain de jeu principal

Nous travaillons deux semaines en wwoofing, dans une ferme bio installée depuis le XIX° siècle sur les rives du lac Llanquihue, sur un terrain de 130 hectares. Nous sommes accueillis par Katia, la fille des propriétaires, seule responsable  des lieux toute l’année, avec son mari, Victor. Ils s’occupent de 350 vaches à lait (lait qui, lui, n’est pas bio), 14 chevaux pour du tourisme équestre et quelques brebis ; ils vendent aussi leur bois et possèdent un jardin bio avec un poulailler. Et c’est cette partie-là de la propriété que nous, volontaires, sommes chargés d’entretenir.

Chloé, voyageuse québécoise
Chloé, voyageuse québécoise

À notre arrivée, c’est Chloé qui nous accueille, jeune volontaire québécoise, arrivée en Amérique du Sud en février pour voyager au moins dix mois, voire plus. Avec ses 22 ans, c’est déjà une voyageuse aguerrie, habituée par ses parents dès son plus jeune âge à partir loin et longtemps. Elle nous raconte un périple familial de deux ans, avec sa famille, en bateau, dans les Caraïbes, alors qu’elle n’avait que 10 ans. Elle est chez Victor et Katia depuis une semaine et partira une semaine après nous. Deux jours après notre arrivée, nous accueillerons Joe, jeune britannique, parcourant depuis déjà huit mois l’Amérique du sud et qui n’en est pas à sa première expérience de wwoofing.

À gauche, Katia, notre hôte, en train de déposer de la crème chantilly dans la main de Sandrine
À gauche, Katia, notre hôte, en train de déposer de la crème chantilly dans la main de Sandrine

Tous les quatre, nous sommes rapidement sur la même longueur d’onde, celle de la bonne cuisine et de la rigolade. Tout d’abord, nous devons faire notre pain si nous voulons en avoir pour le petit déjeuner. Très vite, après avoir fait connaissance avec le jardin et les diverses activités de récolte et d’élaboration de conserves, de confitures et de sirops, nous mettons à profit la possibilité qu’on nous donne de piocher dans les ressources des lieux et nous cuisinons de délicieux plats et desserts. Cela va des tartes aux mûres, aux pommes, au citron à la pizza fait maison et à toutes sortes de pains, variant selon la taille, la composition, etc. Comme à chaque fois que nous faisons du wwoofing, nous mangeons très bien, des repas équilibrés et composés de produits frais et biologiques, tous quasiment issus du jardin. Ça change des repas sandwiches pain-fromage-jambon du supermarché !

À gauche : Joe, l'un des rares anglais de cette planète à parler espagnol
À gauche : Joe, l’un des rares anglais de cette planète à parler espagnol

Avec Joe, nous parlons beaucoup, en espagnol, pour faire progresser Chloé qui débute et aussi pour éviter l’anglais qui ferait ralentir Joe dans son apprentissage de cette nouvelle langue. Pour nous, cette situation est géniale. Avec Chloé, nous attrapons le virus du québécois et nous lui empruntons quelques mots de temps en temps. Du coup, nous commençons à écrire un petit lexique québécois-français, avec des mots et expressions de choix. Mais comme on n’est pas bien «vite, là»1)Y a-t-il vraiment besoin qu’on vous explique ce que ça signifie ?, on ne comprend pas toujours tout et on se marre bien !

IMG_1216Les premiers jours ont tout de même été marqués par des travaux réellement liés à la ferme. Nous avons nettoyé les étables des chevaux ; ça n’est pas une mince affaire, surtout quand ça fait longtemps que ça n’a pas été fait. À un moment, les chevaux les plus curieux n’en tenant plus, ils se sont pointés aux écuries pour voir ce qui s’y passait. Il a fallu les virer gentiment sinon ils se seraient incrustés avant qu’on ait fini. Nous avons aussi eu une bonne corvée de bois à faire, sur deux jours et demi, entre le ramassage dans divers endroits de la propriété, à l’aide d’un tracteur, et le rangement de la part qui reste à l’usage domestique des propriétaires, pour le séchage2)Si vous avez compris cette phrase, merci de l’expliquer dans les commentaires : moi je n’ai toujours pas compris. (Note de Denis) . Au jardin, nous récoltons des pommes, du sauko, fruit d’un arbre originaire d’Allemagne, pour en faire du sirop, et de la murta, fruit natif du Chili qui pousse très bien près des volcans.

Quant aux vaches, nous les apercevons de temps en temps mais les propriétaires ne s’en occupent pas. Elles sont entretenues et traites dans une ferme dont les exploitants travaillent pour Katia et sa famille. Eux y vont de temps en temps pour aller chercher du lait frais qu’ils font bouillir avant de le consommer. Une après-midi, nous apprenons à faire du fromage avec Lorena, leur employée domestique, avec laquelle nous travaillons la dernière semaine. C’est assez facile et «ça goûte bon, là»3)Merci Chloé.

La maison des volontaires
La maison des volontaires, notre maison pendant plus de deux semaines

Une fois ces tâches effectuées, à quoi ressemble notre temps libre ? Pour la première fois, nous sommes logés dans une maison à part, spécialement dévolue aux volontaires. Nous y gérons tout, du bois de chauffage pour avoir de l’eau chaude pour la douche, au ménage et aux deux repas qu’il nous incombe de préparer, le petit déjeuner et le dîner. Quand il y a du soleil, durant ces premiers jours de l’automne chilien, on file au bord du lac pour se baigner. Quoique nous fassions, nous sommes toujours accompagnés de quelques chiens. Katia en a recueillis neuf, tous anciens chiens de rue qu’elle a fait stériliser. Quatre ont été mis dans un enclos près de notre petite maison ; ils sont fugueurs et tueurs de poules et de brebis. D’ailleurs, pendant notre séjour, deux seront abattus car ayant tué pour la énième fois deux brebis durant une nuit. Il y en a toujours deux ou trois, voire tous, pour nous accompagner lors de la récolte de mûres ou de rosa mosqueta4)très connues en France sous le nom de poil à gratter ou églantier. Yack et Goyo, les deux plus grands sont toujours de la partie, accompagnés parfois de Punky, le petit qui est tombé sur la tête, tout jeune, qui est un peu bizarre maintenant5)c’est mon préféré, ou de Balu qui aboie tout le temps, on ne sait pas pourquoi.

Victor, compagnon de Katia
Victor, compagnon de Katia

Entre autres activités que nous faisons en dehors du travail, aussi parce que les abords d’un lac nous offrent cette possibilité, il y a la pêche ; Denis est allé pêcher deux fois avec Victor. Il a ramené un petit saumon que nous avons mangé le lendemain midi, cuisiné par Lorena. Délicieux !

Nous quittons ce petit coin magnifique, avec un pincement au cœur, pour partir de nouveau à la découverte du pays, en espérant garder contact avec toute cette joyeuse bande.

Sandrine

References   [ + ]

1. Y a-t-il vraiment besoin qu’on vous explique ce que ça signifie ?
2. Si vous avez compris cette phrase, merci de l’expliquer dans les commentaires : moi je n’ai toujours pas compris. (Note de Denis)
3. Merci Chloé
4. très connues en France sous le nom de poil à gratter ou églantier
5. c’est mon préféré

Passage par l’île de Chiloé Et l’automne fait son entrée

Les palofitos de Gamboa sous la pluie (Castro, île de Chiloé)
Les palofitos de Gamboa sous la pluie (Castro, île de Chiloé)

Remonter le Chili, c’est un peu faire de la géographie grandeur nature1)Cette expression me vient d’un certain Éric Plée, merci à lui.. Plus on avance, plus on se rapproche de l’équateur. Donc, théoriquement, les températures doivent augmenter. Sauf qu’en même temps, on quitte progressivement l’été pour entrer dans l’automne. Et donc, les températures doivent baisser. Paradoxal, non ? En tout cas, sur l’île de Chiloé, on arrive en même temps qu’un épisode de pluie digne de l’Écosse2)Oui, pire qu’un week-end de printemps en Seine-et-Marne.. Il en faut plus pour nous saper le moral : si on ne peut pas aller se promener, tant pis, on cuisine, on discute, on écrit.

À gauche, Gabriela en plein cours de français
À gauche, Gabriela en plein cours de français

C’est d’autant plus facile qu’on est de nouveau reçu chez l’habitant3)Grâce à l’excellent réseau CouchSurfing ; mais vous l’aviez deviné, non ?. Et cette fois-ci, c’est Gabriela qui nous héberge. Elle est professeur d’anglais et, comprenant nos besoins linguistiques, elle n’hésite pas à corriger nos fautes d’espagnol. Elle nous initie aussi aux expressions typiquement locales, comme cet énigmatique «po» que les chilotes4)habitants de l’île de Chiloé ajoutent un peu partout dans leurs phrases. Rapidement, elle nous demande de lui donner des leçons de français, au début par jeu, puis de plus en plus sérieusement.

Départ depuis Puerto Chacabuco
Départ depuis Puerto Chacabuco

Mais, puisqu’il pleut ici et  qu’on fait finalement peu de choses de nos journées, profitons-en pour vous raconter comment on est arrivés là. Vous vous en doutez, qui dit île, dit bateau. Et qui dit bateau, dit port. Pour notre part, le hasard des dates nous oblige à partir de l’un des ports les plus éloignés de Chiloé : Puerto Chacabuco. De Coyhaique, notre dernière étape5)Profitez-en pour lire notre article sur cette sympathique ville chilienne, si ça n’est pas déjà fait., à Chacabuco, c’est l’affaire de 100km, qu’on franchit en trois fois dans trois voitures différentes. Car oui, on a décidé de tester le stop au Chili. Qu’on se le dise, la légende semble vraie : il est très facile de voyager «a dedo» dans ce pays !

Plante dont les grandes feuilles sont utilisées pour préparer le Curanto al hoyo, plat typique de la région
Plante dont les grandes feuilles sont utilisées pour préparer le Curanto al hoyo, plat typique de la région

Tant qu’on y est, on fait une étape dans une réserve naturelle entre Coyhaique et Puerto Aysén. Le temps d’une petite promenade le long du Río Simpson et d’un pic-nic dans un petit chalet pittoresque. Bon, d’accord, il pleut. Mais, on vous l’a déjà dit, notre moral est très bon et il en faut plus pour nous décourager.

En route vers l'île de Chiloé
En route vers l’île de Chiloé

Notre traversée en bateau dure 30 heures et passe par les fjords. Les photos peinent à rendre la beauté des paysages qui nous entourent. Nous naviguons entre des îles très vertes au relief fortement accidenté. De temps en temps, le bateau fait escale dans un petit village perdu au milieu de nulle part. Le soleil finit par percer le temps d’une après-midi mais la pluie se réinstalle rapidement, renforçant le caractère mystérieux de notre traversée. On ne peut pas dire qu’on ait été privés de paysages magiques depuis le début de notre voyage en Amérique du Sud, mais là… on atteint des sommets ! Pour vos prochaines vacances, oubliez Ushuaïa, oubliez l’Amazonie, et arrêtez-vous au Chili dans la région de «los lagos». Et passez par Chiloé, c’est indispensable !

Intérieur tout en bois de l'église de Castro
Intérieur tout en bois de l’église de Castro

Ce qui nous ramène donc à Chiloé6)Cette transition alambiquée est sous licence libre, comme le reste du blog. Vous pouvez la réutiliser à volonté. Ou pas.. Le mardi, veille de notre départ, la pluie cesse et le soleil pointe le bout de son nez. On se précipite donc au terminal de bus. Notre objectif : Achao, dont l’église en bois est renommée. On monte dans un bus… qui fait demi-tour au bout de 15 minutes : la route est bloquée par des marins grévistes. Zut, c’est loupé ! Qu’à cela ne tienne, on se balade dans Castro7)Rien à voir avec le dirigeant cubain, c’est juste le nom de la ville où on est hébergés. en attendant que la route se dégage.

IMG_1128À Castro, il y a aussi une église en bois. Quand on la voit de l’extérieur, avec son jaune et son violet criards, on a du mal à se dire que l’intérieur vaut le détour. Et pourtant… C’est magnifique ! Vraiment, tout est en bois, même les piliers ! On songe au travail que ça a du représenter. Et aussi au nombre d’arbres qu’il a fallu couper pour réaliser tout ça… Autre curiosité de la ville : les palafitos. Il s’agit de maisons sur pilotis, magistralement alignées le long du golfe. Bien sûr, quand on s’approche, on découvre qu’une maison sur deux est … un hôtel. Que voulez-vous ma p’tite dame, faut bien vivre. D’ailleurs, il faut quand même reconnaître que l’île est loin d’être inconnue : on y croise notamment de très nombreux français. Visiblement, on ne nous a pas attendus…

Brebis dans le jardin de l'église de Chonchi
Brebis dans le jardin de l’église de Chonchi

Plein d’optimisme, on retourne au terminal, toujours dans l’espoir d’aller visiter Achao. Peine perdue : la route est toujours bouchée. Histoire de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot, on prend un bus pour Chonchi.Cette ville possède aussi son église en bois et son port. L’ambiance y est très détendue ; on y mange et on s’y promène avant de rentrer à Castro8)Et ne comptez pas sur moi pour vous raconter qu’on a essayé d’aller à Huillinco pour voir le lac, et qu’on a pas réussi à y aller ni en bus ni en stop… Y a des jours comme ça….

Quelque chose me dit qu’on est passé un peu trop rapidement à Chiloé et qu’il faudra revenir un jour finir d’en faire le tour. Dans un futur pas si lointain ? Dans une autre vie ?…

Denis

References   [ + ]

1. Cette expression me vient d’un certain Éric Plée, merci à lui.
2. Oui, pire qu’un week-end de printemps en Seine-et-Marne.
3. Grâce à l’excellent réseau CouchSurfing ; mais vous l’aviez deviné, non ?
4. habitants de l’île de Chiloé
5. Profitez-en pour lire notre article sur cette sympathique ville chilienne, si ça n’est pas déjà fait.
6. Cette transition alambiquée est sous licence libre, comme le reste du blog. Vous pouvez la réutiliser à volonté. Ou pas.
7. Rien à voir avec le dirigeant cubain, c’est juste le nom de la ville où on est hébergés.
8. Et ne comptez pas sur moi pour vous raconter qu’on a essayé d’aller à Huillinco pour voir le lac, et qu’on a pas réussi à y aller ni en bus ni en stop… Y a des jours comme ça…

À Coyhaique : se sentir voyageurs de nouveau

La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo...
La petite bande de couchsurfers, chez Alfredo, sans Alfredo…

Enfin ! Nous voilà de retour chez l’habitant ! Nous arrivons ce samedi après-midi à Coyhaique, à la maison d’Alfredo, jeune professeur d’histoire, vivant seul dans une maison des faubourgs de la ville. Quand je dis seul, il faut bien mesurer que ce n’est pas l’exacte vérité. À tout dire, nous avons l’impression d’être dans l’Auberge espagnole1)film de Klapisch, avec Romain Duris ; nous sommes six couchsurfers dans cette maison. Et encore, Alfredo, parti pour le week-end, manque à l’appel. Nous sommes donc accueillis par deux brésiliennes, Jacqueline et Béatriz, vivant chez lui tout le mois. Et arriveront quelques minutes après nous, Roberto un italien, et Rodrigo, chilien, les deux de passage quelques jours comme nous.

La rue où on a été hébergés pendant 6 jours
La rue où on a été hébergés pendant 6 jours

Nous prenons rapidement nos marques ; la maison est petite pour six mais chacun met la main à la pâte pour le repas, la cheminée à entretenir, les lessives à gérer et l’eau à faire chauffer pour la douche. Nous rencontrons enfin Alfredo le dimanche soir. Nous parlons de l’histoire de son pays, des divers présidents qu’il a connus, des bons et des pires, du fait que les ressources du pays ont été vendues petit à petit aux pays étrangers ; ainsi par exemple, l’eau au Chili appartient aux espagnols. Nous apprenons que le Chili est un pays à haut risque sismique ; c’est pour cela que les maisons sont fabriquées avec une structure d’aluminium et du bois, des plaques de bois ; le tout est très souple et bouge, plie lors de secousses, plutôt que se rompt. Ici, construire une maison de pierre ou de béton est interdit ; trop risqué.

Coyhaique
Coyhaique

La ville de Coyhaique est intéressante pour sa nature environnante. Beaucoup de personnes viennent pêcher le saumon et la truite dans la région, dans le Rio Simpson ou le Rio Coyhaique. Un jour, nous partons avec Jacqueline et Béatriz dans la réserve naturelle de la ville pour une randonnée de 8 heures et un dénivelé de 800 mètres. La forêt native de lengas réussit à nous étonner, même après plusieurs mois en Patagonie. Et pour la première fois depuis longtemps, on retrouve le pin et son odeur caractéristique. Nous croisons quelques lacs et nous décidons de pique-niquer au bord de la Laguna Los Mallines. La balade nous emmène plus haut ensuite, aux alentours de 1380 mètres, sur le Cerro Cinchao, cerné de cailloux, de pierres ; c’est un endroit quasi lunaire où rien ne pousse et où souffle un vent terrible qui assèche tout. La descente paraît interminable mais comme c’est une boucle, nous découvrons d’autres milieux naturels, avec d’autres essences d’arbres2)Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région..

IMG_0806Les jours suivants nous permettent de préparer la suite du voyage et nous en profitons aussi pour déambuler dans la ville et ses alentours. Au cours de nos balades, il n’est pas rare que nous soyons accompagnés par quelques chiens errants qui s’ennuient et en profitent pour faire un bout de chemin avec nous. Une après-midi, nous croisons Nicolas3)Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com, jeune professeur des écoles en France, parti faire le tour du monde, et qui vit de la vente de fleurs en papier, dans la rue. Il est à chaque fois hébergé par des instituteurs des écoles des villes par où il passe et en profite pour rendre visite aux élèves, leur faire une présentation sur l’école française. Ce coin du Chili est traversé par la route appelée Carretera Austral, très connue des voyageurs choisissant le Chili. Pour nous, c’est une vraie découverte et ce parcours nous plaît plus que la Ruta 40, en Argentine, dont la réputation nous paraît tout-à-coup surfaite. Les paysages le long de cette route sont composés de montagnes incroyables, de lacs offrant une palette de bleus étonnants et des forêts aux arbres imposants.

Nous quittons la ville de Coyhaique, non sans goûter aux spécialités culinaires du coin. Vous commencez à nous connaître ! Aussi découvrons-nous les sopaipillas, sorte de beignets que l’on accompagne d’une sauce à l’aji4)piment ; c’est le retour de la nourriture de la rue ! Et une bière délicieuse, la Dolbek, brassée à Coyhaique même.

C’est donc ici, dans cette ville accueillante et cette maison fantastique, que nous nous sentons de nouveau plus voyageurs que touristes.

Sandrine

References   [ + ]

1. film de Klapisch, avec Romain Duris
2. Pas toujours natifs mais bon… Le problème, c’est surtout que ça se voit : tout est un peu trop propre et régulier… Sans parler des conséquences sur les sols de l’introduction de mono-cultures d’arbres dans la région.
3. Pour consulter son blog, ça se passe ici : http://untourdumondeetdeshommes.com
4. piment