Archives pour la catégorie Paraguay

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Dernière étape au Paraguay : Encarnación et les ruines jésuitiques

Sur le Rio Paraná
Sur le Rio Paraná

Après nos aventures dans le nord du pays, on s’accorde une journée à Asunción, que décidément, on commence à bien connaître. À tel point qu’on est capable de donner des conseils de visite à nos voisins de dortoir… On reprend ensuite la route, direction Encarnación, dans le sud du pays, à la frontière avec l’Argentine. On débarque dans une ville plutôt moderne, en passant par un pont majestueux au dessus d’une rivière très large, se jetant dans le Rio Paraná.

Une église orthodoxe d'Encarnación
Une église orthodoxe d’Encarnación

On ne va pas se mentir, la ville elle-même n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant dans cette étape. Beaucoup de commerces (frontière oblige), des rues très propres, une promenade de 17km au bord du fleuve, des plages coquettes. Certes. N’empêche, on s’y sent moins séduits que dans les villes plus modestes du nord du pays. On s’attarde tout de même sur la Plaza de las Armas, où les différentes communautés constitutives de la ville sont célébrées : les italiens, les allemands, les japonais et même … les ukrainiens ! D’ailleurs, on trouve plusieurs églises orthodoxes dans la ville.

José Luis, notre hôte
José Luis, notre hôte

Heureusement, nous avons le privilège d’être hébergés ici chez José Luis, un élu municipal d’Encarnación ! Grâce à lui, nous en apprenons un peu plus sur l’histoire récente de la ville, ses relations pas toujours simples avec l’Argentine et ses problèmes d’urbanisme liés à la montée des eaux du fleuve en 2008. Imaginez, suite à la construction d’un barrage hydro-électrique sur le Paraná, les eaux montent de 6 mètres ! Toute une partie de la ville est contrainte de se réinstaller en urgence en périphérie de la ville, dans des quartiers tout neufs, mal desservis en transports en commun. Seul avantage de cet état de fait : la municipalité en a profité pour créer 3 plages, très appréciées des paraguayens (elles sont même carrément prises d’assaut en été). En ce qui nous concerne, on s’y baigne un matin, en pleine semaine. La plage est presque vide, l’eau est chaude, le sable brûlant… Face à nous, de l’autre côté du fleuve, la ville de Posadas (Argentine) se dresse, magistrale : ce sera notre prochaine étape.

Ruines jésuitiques de Jesus de Tavarangüe
Ruines jésuitiques de Jesus de Tavarangüe

Mais en réalité, ici, le plus intéressant, c’est la proximité de la ville avec d’impressionnantes ruines des missions jésuitiques du XVIIème, réparties en deux sites. Celui de Trinidad est le plus important de la région. Du village créé par les jésuites, il ne reste que des murs, des arches et des traces ici et là de sculptures d’une finesse remarquable. On déambule longuement au milieu des ruines, essayant d’imaginer quelles relations se sont nouées ici entre les austères hommes de foi et les indigènes guaranís. Le deuxième site, Jesus de Tavarangüe, est plus petit mais en meilleur état. Dommage, les jésuites ont été expulsés du lieu avant d’avoir achevé la construction du temple…

Nous quittons maintenant le Paraguay en ayant conscience de l’avoir seulement effleuré. L’immense région du Chaco reste à visiter par exemple. Une autre fois, peut-être…

Denis

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Un peu plus loin dans le Paraguay

Au cours de ces derniers jours, nous avons découvert trois aspects du Paraguay en séjournant successivement dans Areguá, Concepción et Yby Yau.

Poncho, le perroquet de notre hotel à Areguá
Poncho, le perroquet de notre hotel à Areguá

Première étape, Areguá, petite ville de villégiature où les paraguayens, pour la plupart d’Asunción,  viennent en vacances. C’est un joli village, très vert, aux larges rues pavées où l’on croise de magnifiques villas entourées de jardins immenses. Nous y arrivons un jour de déluge et on trouve rapidement un hôtel mignon comme tout, tenu par trois femmes super sympathiques et un perroquet bavard et bruyant mais au vocabulaire limité, Pancho.

2014-11-14_11-42-53Nous passons quatre jours sur place, histoire de faire le tour de la ville, de constater qu’il s’agit bien de l’endroit au Paraguay où l’on trouve le plus d’artisans au mètre carré, que ce soit le travail du bambou, sculpture du bois, travail de la terre, de la céramique, du métal, à figure religieuse, dans le style moderne, contemporain ou néo-primitif. Quelques musées de créations contemporaines, une vieille gare désaffectée (hélas1)Le Paraguay a été le premier pays d’Amérique du Sud à se doter d’un réseau ferré pour son transport de marchandise : le ferro-carril. Malheureusement, pour des raisons qui restent obscures pour nous, il a été abandonné au profit des transports routiers), une église, le Castillo, ayant appartenu à une branche de la famille Ayala (illustre famille paraguayenne dont Eusebio Ayala), aujourd’hui entretenu par des religieuses qui ouvrent les portes de l’étage principal du château aux visiteurs de passage.

Le Cerro Kói et ses roches de coupe hexagonale
Le Cerro Kói et ses roches de coupe hexagonale

La nature étant présente tout autour, nous allons traîner au bord du lac Ypacarai, un soir, au coucher du soleil, pour vous concocter un panel de photos idylliques. Nous avons aussi l’occasion de faire une petite randonnée pique-nique jusqu’au Cerro Koï, un site qui a la particularité d’être composé d’une roche de coupe hexagonale, particularité unique au monde, d’après les gens du coin. Sur ce coup-là, on attend les commentaires de géologues éminents qui voudraient bien se manifester sur le blog 😉

Dans le centre ville de Concepción
Dans le centre ville de Concepción

Le tour de cette petite ville étant fait, on continue la route et on remonte vers Concepción pour y passer quatre jours. En allant vers le Nord, la température augmente aussi et comme on va vers l’été, ça va devenir torride dans quelques semaines. À Concepción, on est en terrain aride, l’asphalte cède fréquemment la place à des pistes de terre rouge, l’air est très sec. Ici, pas grand-chose à visiter, ce n’est pas du tout touristique. Pour preuve, le regard très insistant des gens dans la rue, leur curiosité appuyée. Les plus courageux osent nous aborder et on se met à discuter un brin avec eux. Et quand on croise une famille guaraní, c’est le large sourire d’une enfant d’une dizaine d’année, toute heureuse de voir une femme blanche aux cheveux blancs et petites lunettes. Et c’est deux mondes qui se croisent sans se toucher, émerveillés de voir que l’autre existe dans sa différence  ; c’est beau.

Piscine de l'hotel Picis (en ruines !)
Piscine de l’hotel Picis (en ruines !)

Comme il n’y a pas d’informations touristiques où que ce soit, nous faisons un tour de Concepción, grâce aux gens croisés dans la rue et un site internet trouvé au hasard. Il s’avère que nous découvrons trois musées, deux églises et quelques lieux incontournables de la ville, comme cet hôtel en ruines où les connaisseurs viennent se prélasser ou ces reliques britanniques de la révolution industrielle, déposées au milieu de l’artère principale de la ville.

Port de Concepción
Port de Concepción

Toutefois, il y a un lieu emblématique à Concepción : son port, lieu de baignade de tous ceux qui veulent se rafraîchir, lieu de départ et d’arrivée des bateaux de marchandises qui montent plus au Nord et redescendent à Asunción. Pour l’anecdote, on y rencontrera par deux fois un des cousins de Ryan Gosling. Ça ne s’invente pas.

Francys, notre hôte à Yby Yau
Francys, notre hôte à Yby Yau

Nous quittons Concepción pour le village d’Yby Yau, au Nord-Est. On se rapproche de la frontière avec le Brésil. Là, nous sommes hébergés dans une petite maison par Francys, notre hôte pour quelques jours en pleine nature. Nous allons passer quatre jours fort sympathiques dans ce petit village où la population n’a pas l’air plus étonnée que ça de voir deux étrangers déambuler dans ses rues. Il faut dire que Francys a une forte personnalité et qu’avec elle, ils en ont déjà vu dans le genre pas commun, ils sont vaccinés et préparés à tout, en quelque sorte. Le rythme de nos journées est très calme, ce qui permet à Denis de se remettre à composer son requiem et pour moi, de passer à la lecture d’un deuxième bouquin de Michel Foucault.

Côté activités découverte de la nature, nous allons deux jours de suite au bord d’une rivière dans le Cerro Cora, dont le fonds sablonneux et doux permet d’y marcher sans peine ; d’autant plus qu’il n’y a pas assez de profondeur pour y nager.

Espace balnéaire «Dos Ambiantes»
Espace balnéaire «Dos Ambiantes»

Troisième jour, encore estampillé « Nature ». De toute façon, ici, c’est l’attraction principale ; Francys nous explique que c’est pour cela qu’il y a autant d’hôtels dans ce village. On passe donc la journée entière avec elle. Elle nous emmène d’abord dans le parc Dos ambiantes où des vaches paissaient paisiblement avant notre arrivée et où nous découvrons une rivière que nous remontons, en compagnie d’un chien qui nous suivra toute cette matinée. Là, surprise. Une cascade ! Il n’en fallait pas plus pour que Denis se jette à l’eau.

Au Cerro Memby
Au Cerro Memby

L’après-midi, nous allons faire l’ascension du Cerro Memby. Cette fois-ci, sans chien mais en croisant de nouvelles espèces de petites bêtes et des arbres inamicaux. Quelle merveille de découvrir le paysage d’en haut ; un Paraguay très vert et montagneux ! Ça vaut vraiment le coup de crapahuter dans des éboulis et dans des chemins qui n’en sont pas pour découvrir les environs. Bon, à la descente, il faut simplement ne pas mettre ses mains n’importe où ! Mais nous, on a Francys qui nous dit de regarder telle bête, de faire attention aux épines, de passer par ici, plutôt que par là. Encore un avantage d’être hébergé directement chez l’habitant. On finit la journée par un cours de danse. Francys donne des cours de zumba, trois soirs par semaine, et ce soir, je m’y essaie.

Cette dernière semaine loin des grandes villes et surtout en compagnie d’une paraguayenne nous permet de faire un bond dans notre connaissance du pays, d’apprendre quelques mots en guarani, de voir comme la vie y est simple et plutôt tranquille. Décidément, rien de tel que de vivre avec l’habitant !C’est que nous allons faire de nouveau dès demain car nous sommes attendus dans le sud du pays…

Sandrine

References   [ + ]

1. Le Paraguay a été le premier pays d’Amérique du Sud à se doter d’un réseau ferré pour son transport de marchandise : le ferro-carril. Malheureusement, pour des raisons qui restent obscures pour nous, il a été abandonné au profit des transports routiers
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Asunción, capitale du Paraguay… et du tereré !

2014-11-10_12-59-08Après trois mois au Brésil, nous avions perdu l’habitude de traverser les frontières. Celle qui sépare le Brésil du Paraguay se situe sur le Pont de l’Amitié (Puente de la Amistad), qui relie les villes de Foz do Iguaçu (côté brésilien) à Ciudad del Este (côté paraguayen). Nous traversons une bonne partie de Ciudad del Este à la recherche de la gare routière ; l’occasion pour nous de découvrir que la ville est réellement défigurée par le commerce transfrontalier1)Les brésiliens viennent faire des achats ici parce que la fiscalité y est plus clémente. : de la vente de produits électroniques ou de vêtements de marque à même la rue, des panneaux publicitaires énormes et des policiers surarmés qui surveillent tout ça. Beurk ! Pour traverser le pays jusqu’à la capitale, Asunción, nous voyageons dans un bus encore plus luxueux qu’au Brésil. Seul défaut : on nous impose la télé pendant le voyage…

Casa de la Independencia
Casa de la Independencia

N’ayant pas réussi à trouver un hôte en couchsurfing à Asunción, nous nous rabattons sur un hostel en plein centre-ville. Les prix sont indécents : on nous demande 100 000 Gs2)Guaraní, nom de la monnaie du pays par nuit ! Bon d’accord, il faut diviser par 5000 pour faire la conversion en euros… Vous avez fait le calcul ? Oui ? Alors vous comprenez que ce n’est pas ici qu’on va se ruiner ! D’ailleurs, tout près de notre hostel, il y a un restaurant qui propose un délicieux buffet à volonté pour 12 000 Gs (soit moins de 2,5€).

Loma de San Jerónimo
Loma de San Jerónimo

Après une semaine passée ici, l’impression que nous laisse cette ville est très positive ! Il y a beaucoup de choses à visiter (musées, édifices religieux, parcs, etc.) et les rues de la ville sont pleines de surprises ! On a aimé le quartier Loma de San Jerónimo avec ses petites ruelles et ses maisons peintes, le marché municipal (mystérieusement appelé «número quatro») et les musées du centre-ville. On a moins aimé les hordes de moustiques du jardin botanique et zoologique, qui nous ont agressés en plein jour (les salopards !). On est presque étonnés de se sentir aussi bien ici, compte-tenu de la mauvaise réputation du pays (aussi bien au Brésil que sur internet).

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Il faut quand même dire que le Paraguay a une histoire très dure, tristement sanglante. On vous la fait brève : indépendance en 1811, guerre de la Triple Alliance (1865 à 1870) qui a fait perdre au pays plus de 60 % de sa population, guerre du Chaco (1933 à 1938) puis dictature violente de 1954 à 1989 (dirigée par un certain Stroessner). Et depuis, le pays connaît une grande instabilité politique et économique (avec, pour conséquences, d’avoir été mis à la porte du Mercosur en 2012). Les traces de cette histoire mouvementée sont visibles partout dans la capitale. Il y a ces institutions ultra-patriotiques que sont la Maison de l’Indépendance et le Panthéon des Héros. Et puis, il y a ce petit musée de l’Histoire des Mémoires de la Dictature qui assume pleinement son devoir d’inventaire (culte de la personnalité, persécutions des opposants et notamment des communistes). Et aussi ces nombreux graffitis sur les murs de la ville, moquant le président et les ministres en place. Et encore ces trois manifestations auxquelles on a pu assister le lendemain de notre arrivée : les pompiers, les sages-femmes et un petit rassemblement syndical aux mots d’ordre fourre-tout devant le Panthéon des Héros. Bref, les tensions sont palpables. D’ailleurs, comme à Ciudad del Este, on croise un peu partout de nombreux militaires/policiers surarmés.

Stand du marché, montrant des accessoires pour le tereré
Stand du marché, montrant des accessoires pour le tereré

N’empêche, l’atmosphère générale est très détendue. En fin d’après-midi, on croise de nombreux habitants qui s’installent sur leur pas de porte pour boire un tereré. Ah oui, on a failli oublié de vous expliquer ça ! Il s’agit d’une boisson d’origine guaraní, qui constitue en une infusion à froid d’un mélange à base de maté (yerba maté) et de menthe. C’est une boisson estampillée «patrimoine culturel national», carrément ! Un peu comme le vin en France, si vous voulez. Pour la consommer, il faut se doter d’un grand thermos (rempli d’eau froide), d’un verre rempli d’herbes (la guampa) et d’une paille métallique faisant office de filtre (la bombilla). C’est à la fois tonique et rafraîchissant. C’est très impressionnant de voir autant de buveurs de tereré dans les rues, avec leur thermos sous le coude et leur bombilla dans la bouche. Cette pratique étant parfaitement incompatible avec la cigarette (ou alors il faut un troisième bras), on voit très peu de fumeurs ici. Vous vous doutez bien qu’on s’est empressés d’acheter un kit à tereré !

Soirée polyglotte dans notre hostel
Soirée polyglotte dans notre hostel

Maintenant qu’on a quitté le seul pays lusophone d’Amérique du Sud, il nous faut nous remettre à l’espagnol. On a un peu l’impression d’avoir tout à réapprendre. Nous qui étions devenus très calés en fruits en légumes au Brésil, il nous faut de nouveau consulter notre dictionnaire devant le rayon confitures… Heureusement qu’on a rapidement fraternisé avec différentes personnes rencontrées dans notre hostel : Lise, qui nous initie au tereré et avec qui nous tentons de communiquer en espagnol ; André, sicilien égaré au Paraguay et ce trio de polonais hors du commun (un couple et leur interprète polyglotte, qui parle français…). Au cours d’une soirée mémorable, Sandrine tente quelques phrases en polonais3)merci la Langue de l’Autre, aux éditions Auberbabel et on leur chante Góralu, histoire de frimer. Les polonais, subjugués, nous filment : c’est pas tous les jours qu’on croise des français au Paraguay qui chantent en polonais. Finalement, devant cette petite assemblée, on donne un récital à deux voix, qu’on commence à bien maîtriser. Nos chants résonnent mélancoliquement dans le grand escalier de l’hôtel et on se prend à repenser à la France et à notre ancienne chorale.

Conclusion ? On a très envie de poursuivre notre aventure dans ce pays et on quitte demain la capitale pour découvrir d’autres villes plus petites. Et si on commençait par l’une des destinations touristiques préférées des paraguayens ?…

Denis

References   [ + ]

1. Les brésiliens viennent faire des achats ici parce que la fiscalité y est plus clémente.
2. Guaraní, nom de la monnaie du pays
3. merci la Langue de l’Autre, aux éditions Auberbabel