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Direction le Nord

Vous vous plaignez et vous avez raison : pourquoi diable ne nous écrit-il pas d’article décrivant son voyage en vélo vers Amsterdam ? Je n’ose vous répondre que le temps me manque – de la part du voyageur très «zen» que je suis, c’est difficile à entendre. Et pourtant, c’est tellement vrai !

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Avec Marcel, mon hôte à Chateau-Thierry

Je suis parti de Bombon (Seine-et-Marne) le 8 février, comme Sandrine vous l’a déjà expliqué dans le précédent article de ce blog. Mon vélo n’emporte que l’essentiel : un peu de linge, une trousse de toilette, une tente et un duvet (encore jamais utilisés), un ordinateur et un appareil photo. Et surtout, il transporte mon énorme envie d’aller à la rencontre de l’Autre. Pour cela, je vais d’hôte en hôte, via les réseaux de voyageurs en ligne (Couchsurfing et Bewelcome). Je m’arrête une ou deux nuits pour chaque étape et je reprends le vélo. C’est très court, presque trop, mais cette brièveté a une vertu insoupçonnée : les rencontres que je fais ont une intensité extraordinaire ! J’ai très peu de temps pour connaître ceux qui m’hébergent et vivre avec eux un petit quelque chose de marquant. Mes hôtes jouent le jeu à fond et m’emmènent parfois sur des territoires qui me sont parfois totalement inconnus : Bousmaha, mon premier hôte1)À Villemareuil, près de Meaux, m’invite à cuisiner avec lui et sa belle-mère un plat algérien tout en mêlant joyeusement l’arabe et le français ; Charlotte et Fabien, à Soissons, me font faire du cirque et m’entraînent dans une tournée des bars-à-musique de Reims ; Sven, mon hôte à Lille, m’invite à son cours de tango et à son club d’allemand… Mais ce qui fait la saveur de ces rencontres, ce sont toutes ces conversations tournant autour de l’art du voyage, autour du plaisir de recevoir et d’être reçu par de parfaits inconnus.

Église en briques rouges : typique du Nord !
Église en briques rouges : typique du Nord !

J’ai traversé sur mon vélo les interminables territoires agricoles de la Seine-et-Marne, de la Picardie et du Nord. Dire que je n’ai pas été profondément affecté par ce que j’y ai vu serait mentir : qui pourrait rester indifférent face aux sillons profonds et rectilignes de l’agriculture conventionnelle ? Qui pourrait décemment trouver de la beauté dans ces déserts où même les arbres sont devenues des personas non grata ? Mon esprit trouve un peu de repos dans la quiétude des petits villages – et je fais semblant de ne pas voir les panneaux «voisins vigilants en liaison direct avec la gendarmerie» qui m’accueille souvent. Mes plus belles étapes ont été celles où j’ai pu longer des canaux (notamment autour de Cambrai). La pire a été celle où j’ai croisé à trois endroits différents (le même jour !) des tracteurs en train d’épandre je-ne-sais-quoi sur leurs immenses champs de betteraves sucrières, à seulement quelques mètres de ma route. Français, si tu aimes les campagnes françaises, ne consomme plus de sucre.

Ce soir je traverse la frontière vers la Belgique. Je ressens un mélange d’impatience et d’appréhension : ce sera une étape symbolique vers ma destination finale, vers mon frère qui m’attend à Amsterdam. Mais à partir de ce soir, il me faudra parler néerlandais et … ik voel me niet klaar2)Je ne me sens pas prêt. ! Je pense à vous tous et je remercie pour vos encouragements ! Et merci, merci à tous mes hôtes : Bousmaha (Villemareuil), Marcel (Chateau-Thierry), Charlotte et Fabien (Soissons), Aurélien (Vendeuil), Ben (Saint-Quentin), Diane et Harold (Beaurevoir), Jean-Louis (Cambrai), Coraline (Somain), Victor (Villeneuve d’Ascq) et Sven (Lille).

Denis

PS : Il y a peu de photos parce que j’ai perdu mon appareil (rien de grave, hein !). De toute façon, je n’en prenais presque pas. J’ai l’impression que ce voyage se prête mieux à des récits oraux (ou écrits) qu’à des diaporamas.

References   [ + ]

1. À Villemareuil, près de Meaux
2. Je ne me sens pas prêt.

Denis fait du vélo

En ce mardi 8 mars 2016, Denis part seul pour un périple de plus de deux mois, direction Amsterdam. Il a décidé de voyager en vélo, doucement, en faisant des étapes raisonnables. Son objectif est de rejoindre son frère, Rémi qui vit aux Pays-Bas, à Amsterdam. Comme pour le voyage en Amérique du Sud, Denis est hébergé chez l’habitant, dans la mesure du possible. Il a commencé son apprentissage du néerlandais et compte bien améliorer son niveau au fil des rencontres qu’il fera.

Il a investi dans une monture de choix, équipée comme il se doit, et toute en légèreté. Les vêtements ont aussi été choisis avec soin et en prenant en compte les impératifs de température. Concernant ses préparatifs, il vous en dira plus lors d’un prochain article.

Vélo prêt pour le départ
Vélo prêt pour le départ

En tant que retraité, il n’est pas pressé. Il veut découvrir la campagne française dans un premier temps, en empruntant les petits chemins. Ensuite, ce sera les pistes cyclables européennes ! Ce matin, la journée s’annonce belle pour prendre la route ; aucun nuage à l’horizon et les services météorologiques prédisent une journée sans pluie sur son parcours. Il faut en profiter !

Ça y est ; il est parti.
Ça y est ; il est parti.

Après des adieux déchirants et pleins d’émotions, Denis prend la route, bien décidé à découvrir des contrées encore inexplorées et à revenir polyglotte.

Sandrine

Europe, nous sommes de retour !

Dans les rues de Malaga
Dans les rues de Malaga

Une semaine sous le soleil andalou ! Quelle idée formidable pour faire la transition entre le printemps sud-américain et l’Automne français qui nos attend ! Le Cayenne nous a déposé au port de Algeciras, au détroit de Gibraltar et on continue un peu l’aventure du voyage en parlant de nouveau en espagnol. On est attendus à Malaga, chez mes tantes, Adelaïda et Lily.

Denis ne connaît pas encore la ville, nous nous baladons dans les rues, nous déambulons sur les quais et nous pique-niquons un midi sur la plage. Il fait entre 19°C le matin et 29°C au plus fort de la journée1)Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis) , ce qui est fort agréable quand on pense que des températures plus basses nous attendent en France. On déguste aussi des chirimoyas que nous sommes très heureux de retrouver ici !  Et nous sommes même étonnés de trouver des noix du Brésil2)Qui, au Brésil, sont appelées “castanha do Pará” sur les marchés !

Salvador et Sandrine
Salvador et Sandrine

On fait le tour des popotes et on rend visite aux membres de ma famille espagnole : tantes, cousins, père et sœurs. À chaque fois, on raconte volontiers des moments du voyage, des rencontres que nous avons faites. On fait un peu de tourisme en visitant les ruines du palais mauresque Alcazaba. Cette semaine est aussi l’occasion de cuisiner en famille et de partager une succulente paella, chez Lela et Salvador.

Sandrine, Delphine et Ziggy
Sandrine, Delphine et Ziggy

Après une douce semaine au soleil, on arrive ensuite chez Fred et Delphine3)une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français, dans la Sarthe4)Ça y est, on est en France 😉 , pour y passer une grande semaine à travailler dans leur ferme maraîchère bio5)http://la-ferme-du-hanneton.net/. Après nos expériences de wwoofing en Amérique du Sud, nous continuons d’apprendre sur les principes de la culture biologique, des engrais végétaux et les toilettes sèches6)Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛 .

Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d'saison !
Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d’saison !

On y fait la connaissance de Ziggy, bel âne de 5 ans, et des biquets Farenne, Firmin, Fuji et Faruk, tous prompts à nous montrer leur joie de vivre ici. Pendant nos sept jours de travail, on aide à la conservation de certains légumes pour l’hiver. On seconde Delphine et Aline, unique employée de la Ferme, pour le creusement et la préparation de la terre, la récolte, le nettoyage, la pesée et la mise en jauge7)Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette des céleris et des navets et le creusement de la jauge, prête à accueillir prochainement les endives. On a également le droit de désherber les fraises qui fleurissent encore partiellement – le temps a été vraiment très doux pour elles, cette année ! Sous les hautes serres, on nettoie les haricots dont la récolte est maintenant achevée. Nous traquons même les chenilles venues s’installer dans les blettes. Un “sprouch” retentit à chaque chenille tuée sous nos doigts… Beurk ! Tout cela sous l’œil attentif de Minette, une chatte fermière toujours prête à partager un câlin sur les épaules de qui veut bien s’arrêter de bosser !

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Faruk

C’est aussi ici, à Lombron, que nos papilles reprennent contact avec le pain qui croustille, le fromage au lait cru qui pue et les rillettes (du coin)… car n’oubliez pas qu’on est tout près du Mans ! Un peu tristes, nous quittons la Ferme et tous ses habitants, la tête un peu plus pleine de connaissances nouvelles sur l’agriculture bio. On sait encore peu de choses. Mais on sait qu’on reviendra !

Notre voyage s’achève avec cette ultime étape laborieuse. Maintenant, faisons place aux retrouvailles et aux festivités qui vont avec…

Sandrine

PS : Il y a un an, on s’aventurait plus loin dans le Paraguay, après avoir passé quelques jours à Asunción et achevé notre parcours brésilien par Foz do Iguaçu.

 

References   [ + ]

1. Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis)
2. Qui, au Brésil, sont appelées “castanha do Pará”
3. une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français
4. Ça y est, on est en France 😉
5. http://la-ferme-du-hanneton.net/
6. Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛
7. Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette

Retraverser l’Atlantique en cargo : toujours trop facile !

À bord du Cayenne, au départ de Fortaleza
À bord du Cayenne, au départ de Fortaleza

Contempler le soleil se lever et se coucher, dans un ballet de nuages aux couleurs extravagantes. Sentir le temps qui passe aspirer la distance qui nous sépare de l’Europe. En profiter pour travailler un peu, lire et flemmardouiller. Voilà notre vie à bord du Cayenne, fier navire de la marine marchande française transportant un bon millier de containers d’un bord à l’autre de l’océan.

Notre bateau, le Cayenne
Notre bateau, le Cayenne

Ami lecteur, si tu as suivi notre première traversée, celle qui nous a amenée en Amérique du Sud, tu te souviens sans doute des raisons qui nous ont poussés à choisir ce mode de transport. Tu sais déjà que c’est beaucoup plus écologique qu’un avion1)Mais moins qu’un voilier, évidemment. et que ça présente pour nous l’énorme avantage de nous permettre de sentir physiquement la distance parcourue. De fait, on se prend à comparer l’aller et le retour. À l’aller, on était sur le Platon, qui était un peu plus petit (mais où notre cabine était plus grande) et moins neuf (mais tout aussi confortable). Dans les deux cas, l’équipage, moitié roumain moitié philippin, est aux petits soins avec nous. Comme à l’aller, on est toujours bienvenus sur la passerelle où on discute avec l’officier de quart ou avec le capitaine (qui parle un peu français) et où on prend connaissance de notre position sur l’océan.

Plage de Ponta Negra à Natal
Plage de Ponta Negra à Natal

Cette fois-ci, on n’aura le droit qu’à une seule escale : on s’arrête 48h à Natal, grosse ville du Nordeste brésilien. La ville en soi ressemble beaucoup à Fortaleza, qu’on vient juste de quitter. On passe une journée entière sur la plage de Ponta Negra, à une dizaine de kilomètres de la ville. Comme on est samedi, la plage est bondée et les camelots se mêlent aux plagistes, nous sollicitant très régulièrement pour nous vendre tout un tas de choses. Et notamment une place dans les nombreuses chaises longues sous parasol qui encombrent la plage. Mais nous, tout ce qu’on veut, c’est s’allonger dans le sable brûlant, transpirer sous le soleil jusqu’à ce que l’envie d’aller nous baigner se fasse irrépressible. Brésilien, si tu aimes tes plages, lutte contre les camelots.

Cette fois-ci, on quitte pour de bon l’Amérique du Sud. Le premier pas sur notre continent natal a eu lieu à Algeciras, juste à côté de Gilbraltar (en Espagne). Encore des lieux chargés d’histoire. Cependant, on se s’y attarde pas et on se rend directement à Malaga, chez les tantes espagnoles de Sandrine.

Denis

PS : Il y a un an, on était dans le Paraná, avec Mônica et Manu.

References   [ + ]

1. Mais moins qu’un voilier, évidemment.