Archives pour la catégorie Wwoofing

Europe, nous sommes de retour !

Dans les rues de Malaga
Dans les rues de Malaga

Une semaine sous le soleil andalou ! Quelle idée formidable pour faire la transition entre le printemps sud-américain et l’Automne français qui nos attend ! Le Cayenne nous a déposé au port de Algeciras, au détroit de Gibraltar et on continue un peu l’aventure du voyage en parlant de nouveau en espagnol. On est attendus à Malaga, chez mes tantes, Adelaïda et Lily.

Denis ne connaît pas encore la ville, nous nous baladons dans les rues, nous déambulons sur les quais et nous pique-niquons un midi sur la plage. Il fait entre 19°C le matin et 29°C au plus fort de la journée1)Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis) , ce qui est fort agréable quand on pense que des températures plus basses nous attendent en France. On déguste aussi des chirimoyas que nous sommes très heureux de retrouver ici !  Et nous sommes même étonnés de trouver des noix du Brésil2)Qui, au Brésil, sont appelées « castanha do Pará » sur les marchés !

Salvador et Sandrine
Salvador et Sandrine

On fait le tour des popotes et on rend visite aux membres de ma famille espagnole : tantes, cousins, père et sœurs. À chaque fois, on raconte volontiers des moments du voyage, des rencontres que nous avons faites. On fait un peu de tourisme en visitant les ruines du palais mauresque Alcazaba. Cette semaine est aussi l’occasion de cuisiner en famille et de partager une succulente paella, chez Lela et Salvador.

Sandrine, Delphine et Ziggy
Sandrine, Delphine et Ziggy

Après une douce semaine au soleil, on arrive ensuite chez Fred et Delphine3)une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français, dans la Sarthe4)Ça y est, on est en France 😉 , pour y passer une grande semaine à travailler dans leur ferme maraîchère bio5)http://la-ferme-du-hanneton.net/. Après nos expériences de wwoofing en Amérique du Sud, nous continuons d’apprendre sur les principes de la culture biologique, des engrais végétaux et les toilettes sèches6)Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛 .

Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d'saison !
Des fraisiers en fleur fin novembre ?! Ya plus d’saison !

On y fait la connaissance de Ziggy, bel âne de 5 ans, et des biquets Farenne, Firmin, Fuji et Faruk, tous prompts à nous montrer leur joie de vivre ici. Pendant nos sept jours de travail, on aide à la conservation de certains légumes pour l’hiver. On seconde Delphine et Aline, unique employée de la Ferme, pour le creusement et la préparation de la terre, la récolte, le nettoyage, la pesée et la mise en jauge7)Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette des céleris et des navets et le creusement de la jauge, prête à accueillir prochainement les endives. On a également le droit de désherber les fraises qui fleurissent encore partiellement – le temps a été vraiment très doux pour elles, cette année ! Sous les hautes serres, on nettoie les haricots dont la récolte est maintenant achevée. Nous traquons même les chenilles venues s’installer dans les blettes. Un « sprouch » retentit à chaque chenille tuée sous nos doigts… Beurk ! Tout cela sous l’œil attentif de Minette, une chatte fermière toujours prête à partager un câlin sur les épaules de qui veut bien s’arrêter de bosser !

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Faruk

C’est aussi ici, à Lombron, que nos papilles reprennent contact avec le pain qui croustille, le fromage au lait cru qui pue et les rillettes (du coin)… car n’oubliez pas qu’on est tout près du Mans ! Un peu tristes, nous quittons la Ferme et tous ses habitants, la tête un peu plus pleine de connaissances nouvelles sur l’agriculture bio. On sait encore peu de choses. Mais on sait qu’on reviendra !

Notre voyage s’achève avec cette ultime étape laborieuse. Maintenant, faisons place aux retrouvailles et aux festivités qui vont avec…

Sandrine

PS : Il y a un an, on s’aventurait plus loin dans le Paraguay, après avoir passé quelques jours à Asunción et achevé notre parcours brésilien par Foz do Iguaçu.

 

References   [ + ]

1. Moui, enfin, pas tous les jours non plus ! (note de Denis)
2. Qui, au Brésil, sont appelées « castanha do Pará »
3. une de mes cousines, du côté Hanneton, côté français
4. Ça y est, on est en France 😉
5. http://la-ferme-du-hanneton.net/
6. Procédé qui consiste à remplacer l’eau, ici, par de la sciure de bois, ce qui permet ensuite d’utiliser ces résidus comme engrais naturel pour les arbres fruitiers. Et en plus, on s’habitue très vite à ne plus entendre le bruit de la chasse d’eau. Trop chouette 😛
7. Mettre en jauge consiste à enterrer, provisoirement et en partie, les légumes qui viennent d’être sortis de terre, dans l’attente de leur destination finale, l’assiette

Le Bosque Berlín ou les singes dans la brume

Vue du canyon depuis le Bosque Berlín, où nous travaillerons pendant une semaine
Vue du canyon depuis le Bosque Berlín, où nous travaillerons pendant une semaine

On est en route pour Bagua Grande, dans le nord du Pérou, dans ce qui constitue l’entrée occidentale de la forêt amazonienne. Quand j’entends ce nom, je rêve d’une vallée immense sur les rives du Rio Utcubamba qui descend, en cascade, depuis la Cordillère, pour abreuver un coin de paradis vert. J’imagine une forêt tropicale luxuriante et généreuse où se côtoient des bananiers, des cocotiers, des fougères géantes et des ficus, envahie par une flore excentrique et colorée, habitée par une faune bigarrée mais discrète. En fait, il n’en est rien. Le minibus qui nous mène de Chachapoyas à Bagua Grande circule entre des montagnes pelées par la sécheresse et la déforestation. Toute la vallée est maintenant dévolue à l’agriculture et devant nous s’étalent des hectares de rizières. Mon rêve ne serait qu’une vision romantique d’un monde sauvage perdu ?

2015-08-23T12:50:24
Le domaine des Rimarachín

Pour l’heure, nous sommes attendus dans une réserve, plus exactement une Aire de Conservation Privée1)ACP : Area de Conservacion Privada : le Bosque Berlín2)Forêt Berlin, nom donné à la zone par ses habitants, lors d’un vote à main levée, chez les Rimarachín. Pour y arriver, il nous faut faire un bout de chemin avec plusieurs moyens de transport différents. Et une fois arrivés à l’entrée de la zone, il faut encore marcher pendant une heure à travers la forêt, en croisant des fermes isolées ici et là. Mais nous mettrons plus d’une heure et demie à arriver jusqu’à la maison où nous allons travailler, parce qu’on s’est perdus plus d’une fois. Et à chaque fois, nous avons été accueillis par des chiens pas du tout amicaux, qui nous montraient sérieusement les crocs.

De gauche à droite : César, Yessy, Ricardo, Leyda et
De gauche à droite : César, Yessy, Ricardo, Leyda et Victoria

Nous finissons par arriver à la maison de Ricardo, Carmela et de leurs deux filles, Leyda et Victoria, en fin d’après-midi. Elle est enfin là, ma forêt rêvée ! On nous accueille avec le sourire et un goûter. On nous installe dans une grande chambre, uniquement pour tous les deux, et déjà, dès le repas du soir, avec les autres étudiants, chercheurs et travailleurs de la ferme, l’ambiance joviale s’installe. Tous ont un lien particulier avec la forêt. Victoria fait des études de biologie pour travailler à la préservation des espèces. Leyda travaille pour le gouvernement et, en parallèle s’occupe de la propriété familiale à des buts de préservation. C’est grâce à elle que la propriété est devenue depuis peu une réserve ACP. Cette dénomination est plutôt un label qui leur permet d’attirer des scientifiques, ainsi que des touristes, puisqu’ils proposent des chemins de randonnées vers divers lieux du Bosque Berlín.

Avec Leyda et Henry, les yeux levés vers la cime pour apercevoir les monos choros a cola amarilla
Avec Leyda et Henry, les yeux levés vers la cime pour apercevoir les monos choros a cola amarilla

César est étudiant en génie forestier. Il est ici en stage, pour repère des pousses d’arbres d’espèces natives qu’il replante en lisière ; c’est ça qu’on appelle la reforestation. Yessie, présente sur les lieux depuis huit mois, travaille pour une ONG d’écologistes ; elle est spécialiste des primates et elle est ici pour étudier une famille de singes Choros à queue jaune, espèce en voie de disparition. Elle doit inciter les populations à éviter la déforestation, coûte que coûte, afin de permettre aux espèces de s’étendre, voire de survivre en ce qui concerne celle-ci en particulier. Nous partageons nos derniers jours avec Henry, un ouvrier venu pour nettoyer les chemins de l’habitat des singes.

Ricardo, en pleine traite des vaches
Ricardo, en pleine traite des vaches

Les propriétaires, Ricardo et Carmela, font tourner la ferme en s’occupant du jardin et des animaux : des vaches, des cochons, des chevaux, des cuyes3)Cochons d’inde d’élevage et des poules. Ils ont une vision écologique de leur activité, s’opposant à l’utilisation d’agro-toxiques et à la déforestation. Leur ferme est constituée de deux bâtiments, l’un pour la cuisine, les bêtes et l’atelier, l’autre pour les chambres et les douches. Précisons que pendant notre séjour, le domaine est privé d’électricité. En effet, l’énergie électrique d’une centrale hydraulique qui est hors-service pour cause de sécheresse. Encore une autre conséquence de la déforestation. Pour nous, ça signifie douche froide et éclairage à la bougie.

2015-08-21T06:54:52Rapidement, sur notre demande, Ricardo et Leyda nous mettent au jardin, à la préparation de parcelles car c’est le bon moment pour faire les semences. En trois jours de travail, on bêche, on nettoie, on ratisse, on parcellise, on sème, on arrose. On fera même quelques chemins pour délimiter des zones du jardin, pas trop accessibles. Il y a de tout maintenant dans ce grand potager. Nous y avons semé de la cacahuète, différentes variétés de salades, des navets, de la tomate, du piment, du chou et une espèce de courge native de la région. Mais il y a déjà des pommes de terre, plusieurs sortes de maïs, des fraises, des aromates, des herbes à infusion, etc.

Un mono choro a cola amarilla
Un mono choro a cola amarilla

Le dimanche, on nous propose d’aller voir les singes, à une heure et demie de marche du domaine.  La forêt dans laquelle nous nous promenons appartient à une famille qui a décidé de participer à la sauvegarde de l’espèce4)elles sont très rares dans les environs ; déforester pour planter du pin et de l’eucalyptus rapportant beaucoup d’argent rapidement. Nous passons cinq heures à découvrir des papillons, des insectes, des fleurs inconnus. Nous croisons des traces d’animaux sur le sol, dont celles d’une espèce de petits tigres (ou gros chats sauvages), d’une espèce de gros rongeurs et de deux races différentes de serpents. C’est une forêt humide typique, avec ses moustiques, son odeur moite et les nuages suspendus au dessus de sa canopée. En milieu d’après-midi, c’est enfin la rencontre avec les singes. Ils sont là, sur la cime des arbres, tranquillement en train de manger, passant d’un endroit à un autre, avec une nonchalance qui nous fait croire qu’ils sont en paix ici. Nous nous installons au pied de ces grands arbres et faisons durer ce moment pendant des heures. Nous revenons au domaine, sept heures après l’avoir quitté, heureux d’avoir pu vivre quelques instants dans ce petit bout de monde sauvage.

2015-08-26T12:44:46Le lundi, on apprend qu’on ne pourra finalement pas rester autant qu’on le voudrait. En effet, Carmela est souffrante et Leyda doit retourner en ville pour travailler. Après avoir insisté, on nous permet de rester trois jours de plus, le temps d’arranger les deux entrées du domaine et de nettoyer des chemins qui ne se voyaient plus trop. Nous dégageons le passage d’accès à la maison, envahi par des herbes de toutes sortes. Nous préparons des panneaux de bois pour annoncer la bienvenue. On dessine, on peint, on coupe les piliers de bois qui vont accueillir les pancartes. J’en profite pour m’entailler le pouce gauche avec une machette. Ça met plus d’animation dans la ferme que les banales ampoules de Denis !

2015-08-26T12:46:08La ferme se vide peu à peu, les deux filles de la maison sont déjà parties et César, le planteur d’arbres retourne à ses études. Malgré cela, on se sent vraiment bien dans ce lieu de quiétude absolue même si on sait déjà qu’on ne pourra pas y rester plus longtemps. Malgré leur gentillesse, nos hôtes ne nous laissent pas prendre en charge certaines de leurs tâches quotidiennes, qui pourtant nous intéressent (comme celle de traire les vaches ou nourrir les animaux). Et c’est pourquoi cette quatrième expérience en tant que volontaires wwoofing sonne un peu comme un échec.

Sandrine

PS : Il y a un an, on visitait Brasília, après s’être prélassés sur la plage d’Algodoal.

References   [ + ]

1. ACP : Area de Conservacion Privada
2. Forêt Berlin, nom donné à la zone par ses habitants, lors d’un vote à main levée
3. Cochons d’inde d’élevage
4. elles sont très rares dans les environs ; déforester pour planter du pin et de l’eucalyptus rapportant beaucoup d’argent rapidement

Au pied des volcans, il était une ferme…

Le volcan Osorno
Le volcan Osorno

Avec l’île de Chiloé, nous en avons pris plein les yeux (et vous aussi, non ?). Comment allait être la suite de nos découvertes ?  Il fallait, sans aucun doute, que le paysage soit aussi beau ou plus étonnant encore. Alors, que dites-vous d’une chaîne de volcans plantés sur les rives d’un lac magnifique ? Eh bien, c’est là que nous sommes !

Le jardin, notre terrain de jeu principal
Le jardin, notre terrain de jeu principal

Nous travaillons deux semaines en wwoofing, dans une ferme bio installée depuis le XIX° siècle sur les rives du lac Llanquihue, sur un terrain de 130 hectares. Nous sommes accueillis par Katia, la fille des propriétaires, seule responsable  des lieux toute l’année, avec son mari, Victor. Ils s’occupent de 350 vaches à lait (lait qui, lui, n’est pas bio), 14 chevaux pour du tourisme équestre et quelques brebis ; ils vendent aussi leur bois et possèdent un jardin bio avec un poulailler. Et c’est cette partie-là de la propriété que nous, volontaires, sommes chargés d’entretenir.

Chloé, voyageuse québécoise
Chloé, voyageuse québécoise

À notre arrivée, c’est Chloé qui nous accueille, jeune volontaire québécoise, arrivée en Amérique du Sud en février pour voyager au moins dix mois, voire plus. Avec ses 22 ans, c’est déjà une voyageuse aguerrie, habituée par ses parents dès son plus jeune âge à partir loin et longtemps. Elle nous raconte un périple familial de deux ans, avec sa famille, en bateau, dans les Caraïbes, alors qu’elle n’avait que 10 ans. Elle est chez Victor et Katia depuis une semaine et partira une semaine après nous. Deux jours après notre arrivée, nous accueillerons Joe, jeune britannique, parcourant depuis déjà huit mois l’Amérique du sud et qui n’en est pas à sa première expérience de wwoofing.

À gauche, Katia, notre hôte, en train de déposer de la crème chantilly dans la main de Sandrine
À gauche, Katia, notre hôte, en train de déposer de la crème chantilly dans la main de Sandrine

Tous les quatre, nous sommes rapidement sur la même longueur d’onde, celle de la bonne cuisine et de la rigolade. Tout d’abord, nous devons faire notre pain si nous voulons en avoir pour le petit déjeuner. Très vite, après avoir fait connaissance avec le jardin et les diverses activités de récolte et d’élaboration de conserves, de confitures et de sirops, nous mettons à profit la possibilité qu’on nous donne de piocher dans les ressources des lieux et nous cuisinons de délicieux plats et desserts. Cela va des tartes aux mûres, aux pommes, au citron à la pizza fait maison et à toutes sortes de pains, variant selon la taille, la composition, etc. Comme à chaque fois que nous faisons du wwoofing, nous mangeons très bien, des repas équilibrés et composés de produits frais et biologiques, tous quasiment issus du jardin. Ça change des repas sandwiches pain-fromage-jambon du supermarché !

À gauche : Joe, l'un des rares anglais de cette planète à parler espagnol
À gauche : Joe, l’un des rares anglais de cette planète à parler espagnol

Avec Joe, nous parlons beaucoup, en espagnol, pour faire progresser Chloé qui débute et aussi pour éviter l’anglais qui ferait ralentir Joe dans son apprentissage de cette nouvelle langue. Pour nous, cette situation est géniale. Avec Chloé, nous attrapons le virus du québécois et nous lui empruntons quelques mots de temps en temps. Du coup, nous commençons à écrire un petit lexique québécois-français, avec des mots et expressions de choix. Mais comme on n’est pas bien «vite, là»1)Y a-t-il vraiment besoin qu’on vous explique ce que ça signifie ?, on ne comprend pas toujours tout et on se marre bien !

IMG_1216Les premiers jours ont tout de même été marqués par des travaux réellement liés à la ferme. Nous avons nettoyé les étables des chevaux ; ça n’est pas une mince affaire, surtout quand ça fait longtemps que ça n’a pas été fait. À un moment, les chevaux les plus curieux n’en tenant plus, ils se sont pointés aux écuries pour voir ce qui s’y passait. Il a fallu les virer gentiment sinon ils se seraient incrustés avant qu’on ait fini. Nous avons aussi eu une bonne corvée de bois à faire, sur deux jours et demi, entre le ramassage dans divers endroits de la propriété, à l’aide d’un tracteur, et le rangement de la part qui reste à l’usage domestique des propriétaires, pour le séchage2)Si vous avez compris cette phrase, merci de l’expliquer dans les commentaires : moi je n’ai toujours pas compris. (Note de Denis) . Au jardin, nous récoltons des pommes, du sauko, fruit d’un arbre originaire d’Allemagne, pour en faire du sirop, et de la murta, fruit natif du Chili qui pousse très bien près des volcans.

Quant aux vaches, nous les apercevons de temps en temps mais les propriétaires ne s’en occupent pas. Elles sont entretenues et traites dans une ferme dont les exploitants travaillent pour Katia et sa famille. Eux y vont de temps en temps pour aller chercher du lait frais qu’ils font bouillir avant de le consommer. Une après-midi, nous apprenons à faire du fromage avec Lorena, leur employée domestique, avec laquelle nous travaillons la dernière semaine. C’est assez facile et «ça goûte bon, là»3)Merci Chloé.

La maison des volontaires
La maison des volontaires, notre maison pendant plus de deux semaines

Une fois ces tâches effectuées, à quoi ressemble notre temps libre ? Pour la première fois, nous sommes logés dans une maison à part, spécialement dévolue aux volontaires. Nous y gérons tout, du bois de chauffage pour avoir de l’eau chaude pour la douche, au ménage et aux deux repas qu’il nous incombe de préparer, le petit déjeuner et le dîner. Quand il y a du soleil, durant ces premiers jours de l’automne chilien, on file au bord du lac pour se baigner. Quoique nous fassions, nous sommes toujours accompagnés de quelques chiens. Katia en a recueillis neuf, tous anciens chiens de rue qu’elle a fait stériliser. Quatre ont été mis dans un enclos près de notre petite maison ; ils sont fugueurs et tueurs de poules et de brebis. D’ailleurs, pendant notre séjour, deux seront abattus car ayant tué pour la énième fois deux brebis durant une nuit. Il y en a toujours deux ou trois, voire tous, pour nous accompagner lors de la récolte de mûres ou de rosa mosqueta4)très connues en France sous le nom de poil à gratter ou églantier. Yack et Goyo, les deux plus grands sont toujours de la partie, accompagnés parfois de Punky, le petit qui est tombé sur la tête, tout jeune, qui est un peu bizarre maintenant5)c’est mon préféré, ou de Balu qui aboie tout le temps, on ne sait pas pourquoi.

Victor, compagnon de Katia
Victor, compagnon de Katia

Entre autres activités que nous faisons en dehors du travail, aussi parce que les abords d’un lac nous offrent cette possibilité, il y a la pêche ; Denis est allé pêcher deux fois avec Victor. Il a ramené un petit saumon que nous avons mangé le lendemain midi, cuisiné par Lorena. Délicieux !

Nous quittons ce petit coin magnifique, avec un pincement au cœur, pour partir de nouveau à la découverte du pays, en espérant garder contact avec toute cette joyeuse bande.

Sandrine

References   [ + ]

1. Y a-t-il vraiment besoin qu’on vous explique ce que ça signifie ?
2. Si vous avez compris cette phrase, merci de l’expliquer dans les commentaires : moi je n’ai toujours pas compris. (Note de Denis)
3. Merci Chloé
4. très connues en France sous le nom de poil à gratter ou églantier
5. c’est mon préféré

Éco-constructeurs en Patagonie

Tout petit au milieu de la forêt patagonne
Tout petits au milieu de la forêt patagonne

Il y a des fois où on se sent tout petits. Tout petits devant l’immensité du paysage qui s’offre à nos yeux, la Cordillère des Andes dans toute sa splendeur ; tout petits devant la puissance évocatrice de la forêt au milieu de laquelle nous sommes hébergés, tout petits dans la toute petite tente qu’on nous a prêtée et que nous avons installée au milieu des arbres ; tout petits devant la maison en paille de nos hôtes, Seba et Gloria, devant l’immense travail qu’elle leur a demandé, devant le travail qui reste à faire et dont une partie nous incombe ; tout petits enfin devant leur générosité sans fin, leur capacité à tout partager, encore et encore.

Le potager avant notre intervention
Le potager avant notre intervention

Nous avons vécus là pendant trois semaines ; là, c’est-à-dire à Mallín, minuscule territoire du nord de la Patagonie, proche d’El Bolson. Pour la deuxième fois, nous sommes wwoofers1)Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce que ça signifie, disons simplement qu’il s’agit d’un site internet – http://wwoofingargentina.com – qui met en relation des petites exploitations biologiques avec des voyageurs volontaires. Les premiers offrent gîte et couverts pour une période pouvant aller de deux semaines à un an ; les seconds travaillent un peu et apprennent beaucoup. Au Brésil, nous travaillions moins de 20 heures par semaine, ici on est plus près des 30 heures. À noter, ce système existe presque partout dans le monde…. Mais, à la différence de notre expérience brésilienne, nous sommes chargés ici de faire avancer le chantier de la maison, entièrement (éco)-construite à la main. Il y a aussi un potager et quelques arbres fruitiers, encore trop jeunes pour donner. D’ailleurs, agrandir le potager sera une des dernières tâches qu’on nous confiera.

La maison de Gloria et Seba
La maison de Gloria et Seba

La maison de nos amis semble un peu perdue au milieu de nulle part ; on y accède en suivant une série de chemins de plus en plus petits, et comme on est au milieu d’une forêt2)D’ailleurs, notre «quartier» porte le nom évocateur de Entre Árboles, il est impossible de la voir avant d’être arrivés tout près. N’empêche, la propriété n’est pas isolée et fait partie intégrante d’une communauté joyeusement écolo-buddisto-hippie. Laissez-moi vous présenter quelques unes des personnes qui nous ont accompagnées au cours de ces trois semaines.

Lucero, la fille de Gloria et Seba
Lucero, la fille de Gloria et Seba

D’abord, il y a Seba et Gloria, les propriétaires de la maison ; Seba, l’homme à la barbe noire, dirige le chantier de la maison ; Gloria chante et joue de la guitare dans un groupe. Tous deux vivent de la production de confitures maison, réalisées avec les fruits du voisinage (fraises, groseilles, framboises, etc.) qu’ils vendent à Buenos Aires. Troisième habitant de la maison : Lucero, leur fille de deux ans et demi, en pleine période des «moi je veux», des «maman viens voir» et des «pourquoi». Le foyer se complète d’un chien d’origine péruvienne et d’un chat, bon chasseur de rongeurs (et ici, il y a de quoi faire!). En plus de nous deux, il y a une troisième volontaire qui avait déjà planté sa tente dans les bois avant notre arrivée : Natalia, avec sa perpétuelle bonne humeur et son charango3)instrument proche de la guitare mais avec des cordes doublées. Nous serons rejoints pendant une semaine par Lia, une autre volontaire, artiste,  vivant chez Luis, un voisin dont la maison en bois fait trois étages. Et enfin, il y a tous les voisins, dont la sœur et la mère de Seba, qui passent et repassent à longueur de journée, soit pour demander un coup de main, soit pour en donner un, soit pour partager un maté ou simplement pour prendre des nouvelles. De temps en temps, un des membres de la communauté vient consulter Seba, réputé pour sa bonne connaissance des plantes et pour ses massages.

La maison d'une voisine (Anita), typique dans le quartier
La maison d’une voisine (Anita), typique dans le quartier

La visite du «quartier» mérite le détour : toutes les maisons sont faites selon des principes d’éco-construction et on passe de l’une à l’autre en suivant de petits chemins à travers bois. La plupart possèdent un jardin avec potager et un atelier. On y fabrique de tout : des meubles en bois, des vêtements, des nouilles, de la bière, des confitures, des conserves de fruits, etc. Un des voisins, Luis, nous montre même un violoncelle en cours de construction. Luis qui, par ailleurs, possède une des plus belles maisons du coin…

2015-01-21_16-53-34Le travail qui nous est confié consiste surtout de recouvrir les murs en paille avec un mélange à base de sable et d’argile. Bon, c’est vrai, c’est légèrement répétitif. Mais, n’empêche, on se sent bien ici et on ne s’ennuie pas. On chante souvent et Natalia nous accompagne avec son charango. On cuisine et on déguste les recettes des autres. Et puis, surtout, on profite de la montagne avoisinante pour y monter en compagnie de Natalia et passer une nuit près d’un refuge : l’Encanto Blanco. On ne vous parlera pas de nos longues baignades dans des rivières d’eau bleue, froide et délicieuse… Ni du paysage que nous pouvions voir en sortant de notre tente au petit matin… Il faut le vivre pour le comprendre. Cela dit, ça se mérite : la montée dure 5 heures et il faut aller chercher du bois pour cuisiner…

Le potager après notre intervention
Le potager après notre intervention

Le dernier soir, on partage un goûter luxueux à base de tarte au citron meringuée (de Sandrine), de pudding aux fraises (de Graziela, la mère de Seba) et de maté. Là encore, on quitte ce petit paradis avec le cœur gros. Le sud de l’Argentine nous attend et nous voulons l’atteindre avant la fin de l’été.

Denis

References   [ + ]

1. Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce que ça signifie, disons simplement qu’il s’agit d’un site internet – http://wwoofingargentina.com – qui met en relation des petites exploitations biologiques avec des voyageurs volontaires. Les premiers offrent gîte et couverts pour une période pouvant aller de deux semaines à un an ; les seconds travaillent un peu et apprennent beaucoup. Au Brésil, nous travaillions moins de 20 heures par semaine, ici on est plus près des 30 heures. À noter, ce système existe presque partout dans le monde…
2. D’ailleurs, notre «quartier» porte le nom évocateur de Entre Árboles
3. instrument proche de la guitare mais avec des cordes doublées

Agroecologia

Tamisage du compost
Tamisage du compost

Notre séjour à Rio Pomba1)où, pour rappel, nous sommes wwoofers, chez Eric et Marc-Antoine, se termine tranquillement. Côté jardinage, c’est beaucoup moins impressionnant que la première semaine. On finit d’entourer les parcelles du potager avec des bambous, on nettoie une partie du verger et on remet à zéro le tas de compost. Cette dernière opération est prise ici très au sérieux. Eric prend le temps de déplacer toutes les plantes qui ont commencé à pousser (sans autorisation, hein !) dans le tas de compost. Si les plants sont intéressants (on trouve par exemple un très beau plant de tomates), il les replante ailleurs. Ensuite, on tamise le terreau obtenu. On obtient ainsi une terre hyper-fertile très fine et on remet au compost tout ce qui pourrait être mieux décomposé. On mélange ces résidus avec le tas de compost courant (contenant déjà pas mal d’épluchures et de déchets organiques divers) et on recouvre le tout avec de la paille.

L'arrosage fait désormais partie de nos tâches quotidiennes.
L’arrosage fait désormais partie de nos tâches quotidiennes.

Parmi les plants «clandestins» du tas de compost, il y a sept pieds de maracujá2)mais si, vous connaissez cette plante ! Simplement, ses fruits portent un nom très différent en France…. On aide donc Eric à préparer sept trous près des bordures du potager. Accidentellement, Eric dérange un cobra dans sa sieste. Bon, il ne fait qu’une vingtaine de centimètres de long, mais ça n’empêche que ça fait tout drôle ! J’ai le privilège de faire sortir le cobra du potager (à bout de bras, dans une longue pelle…). Au final, on aura tout de même fini par replanter ces pieds de maracujá, ce qui nous laisse tout chose, vu la quantité de jus de maracujá que nous avons bue depuis notre entrée au Brésil.

2014-09-22_15-45-43Tiago, un ami de la maison, nous ayant donné une grosse quantité de films, nous prenons le temps d’en regarder quelques uns. Ici, les gens connaissent quelques films français assez surprenants. Par exemple, on nous a plusieurs fois parlé de «la Belle Verte» (scénario de Coline Serreau). Je ne connaissait même pas le titre de ce film3)il faut dire que j’ai tendance à détester le cinéma français. Au final, on l’apprécie d’autant mieux que les gens de «la Belle Verte» ressemblent décidément beaucoup au gens qu’on côtoie ici ! Le deuxième film que nous regardons est un documentaire sur la permaculture. Bigre ! Tout à coup, on comprend beaucoup de choses sur la façon dont nos hôtes conçoivent leur cadre de vie. Il serait trop long de développer ici, mais je vous encourage vivement à aller jeter un petit coup d’œil sur l’article wikipédia (surtout si vous avez un peu de terrain pour cultiver). En gros, il s’agit de concevoir un mode de vie et de production agricole ayant un impact positif sur l’environnement. Ici, on en est encore loin, mais on s’en approche. L’organisation de l’espace, la polyculture et l’absence de pesticides ou engrais sont autant de signes qui montrent qu’ici on ne marche pas sur la tête.

Feira du samedi matin à Rio Pomba
Feira du samedi matin à Rio Pomba

Petit à petit, on a été amenés à visiter un peu tous les potagers des environs. Les étudiants de la filière agro-écologie de l’université de Rio Pomba s’entraident à tous les niveaux : culture et agriculture. On les voit souvent ensemble travailler sur leur prochain partiel (qu’ils appellent plus simplement «prova»), cuisiner ensemble, s’échanger des graines, etc. Ils se sont même montés en association pour vendre des produits de leurs jardins, des cadeaux, du beurre, etc. De temps en temps, le samedi matin, ils vont à la ville, tenir un stand sur le marché des producteurs familiaux, sous le nom de «as mãos na horta»4)les mains dans le potager. Mais ça semble bien peu par rapport à leurs besoins d’étudiants. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des rêves plein la tête. Un jour, un ami de la maison, Felipe, m’explique qu’il ne croit pas à la politique ni au grand soir et qu’il veut une vie meilleure maintenant tout de suite et ici. Il m’explique qu’il existe ici un potentiel pour monter un éco-village dans le coin avec les étudiants de la filière agro-écologie.

Maison en terre de l'éco-village
Maison en terre de l’éco-village

C’est d’ailleurs avec Felipe, Mariana et Eric que nous passons la dernière journée. Avec la voiture de Mariana, nous partons visiter un petit éco-village à une dizaine de kilomètres de Rio Pomba. L’absence d’asphalte sur la route rend le trajet chaotique. Nous fermons régulièrement les fenêtres pour ne pas laisser entrer la poussière de la route. Eric gueule après quelques aberrations écologiques entrevues sur le chemin (monocultures, sols appauvris, champs de cannes laissés à l’abandon, rivière asséchée, etc.). «Crimes contre la Nature ! Il faudrait les dénoncer, les juger !»

Dans cette photo se cache un aventurier...
Dans cette photo se cache un aventurier…

L’éco-village consiste en trois maisons en terre, entourées de potagers et de forêts de bananiers, fraîchement plantés. Le village a déjà 8 ans mais semble très peu développé. On croise deux chèvres à l’entrée, qui se laissent caresser. Mais la promenade ne s’arrête pas là ! Après avoir dépassé la dernière maison, nous atteignons une petite rivière. Nous la remontons comme on peut, tantôt sur la rive, tantôt directement dans le lit. Pour plus de commodité, nous laissons une partie de nos affaires (dont l’appareil photo) en route. Et bien sûr, on finit donc par arriver à … une petite cascade ! L’eau est froide mais on s’y jette avec délice. Chacun notre tour, nous nous installons sous la cascade pour une séance gratuite d’hydromassage.

2014-09-24_16-31-23Le soir, après avoir dégusté un bolo de bananas que nous avons improvisé pour consommer une partie des réserves de bananes qui arrivent à maturité, nous sommes gratifiés d’un dernier feu de camp. Demain, il faudra repartir après deux semaines passées dans cette petite oasis. Ici encore, nous ne quittons ce lieu qu’avec beaucoup de tristesse. Tout ici est attachant : la Nature, le jardin, les hommes. Et même les animaux.

Prochaine destination : Ouro Preto, dernière étape dans l’état du Minas Gerais.

Denis

References   [ + ]

1. où, pour rappel, nous sommes wwoofers
2. mais si, vous connaissez cette plante ! Simplement, ses fruits portent un nom très différent en France…
3. il faut dire que j’ai tendance à détester le cinéma français
4. les mains dans le potager