Salvador : ville tendre, ville rude

Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main
Devant la maison «Jorge Amado», dans le Pelourinho, un acarajé dans la main

Imagine un petit stand en pleine rue. Mets-y une brésilienne bien en chaire à la peau noir-d’ébène, le sourire aux lèvres et le verbe haut. Tu l’installes devant une demi-douzaine de marmites aux contenus mystérieux aux noms sentant vaguement la sorcellerie : vatapá, caruru, abará, cocada… Tu lui commandes alors un acarajé et tu la regardes garnir un gros beignet, tout juste sorti de son bain d’huile de dendê, avec le contenu des marmites sus-citées, en finissant par quelques crevettes grillées. Parce que «sem camarão, o acarajé não tem graça1)«sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.». Tu manges cet improbable sandwich debout, en te salissant les mains et le visage et en méditant sur la question suivante : à quoi ressemblerait le Brésil sans ses africains ?

20151007T094924Car on est ici à Salvador, là où la culture brésilienne est la plus intimement liée à son passé esclavagiste. Car du XVIIème siècle jusqu’à 1888, les colonisateurs ont massivement fait venir de la main d’œuvre africaine pour mieux exploiter les ressources de ce territoire immense. Et Salvador étant un des principaux ports du pays, les esclaves y étaient débarqués par navires entiers, emmenant avec eux leur culture, leur gastronomie, leurs rites. Et même plus de 100 ans plus tard, Salvador a gardé un caractère très particulier, à la fois coloré, généreux et… violent.

20151007T074944Salvador a beau être la troisième plus grande ville du Brésil, la capitale de l’état de Bahia et la principale ville du Nordeste, un certain cahot émane en permanence de ses rues tortueuses. S’y mêlent de riches vestiges de l’époque coloniale, aux façades plus ou moins défraîchies, et des habitations plus modestes qui nous rappellent plus Aubervilliers que Rio de Janeiro… L’ambiance y est joyeuse, bruyante, populaire. La ville dégage un charme fou, même sous les nuages2)Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…et surprend à chaque coin de rue. Parfois, les surprises sont mauvaises : c’est ici qu’on nous aura le plus mis en garde contre les agressions en pleine rue. Heureusement pour nous, pendant les 5 jours qu’on passe ici, on ne fera aucune mauvaise rencontre.

Avec Alexandre, notre hôte
Avec Alexandre, notre hôte

C’est même tout le contraire, d’ailleurs ! On est hébergé par Alexandre, dans un appartement où cohabitent une poignée d’étudiants. Lui, il vient de São Paulo et s’est installé récemment à Salvador. Il nous parle de la thèse qu’il est en train d’écrire sur les liens possibles entre formation des enseignants et théâtre.  Il nous parle du Brésil avec lucidité, évoquant avec tristesse la crise politique que le pays traverse. Il nous entraîne dans les rues pleines de charme du Pelourinho (quartier du centre-ville historique), visite avec nous l’église du Bonfim, nous prodigue de pertinents conseils pour bien connaître Salvador et nous cuisine une spécialité locale : la moqueca. Nous, on lui prépare une ratatouille. Autour d’Alexandre gravite une petite bande composée de ses colocataires et de leurs amis : Chris, Thaïs, Felipe, Brenda et Caio. On discute de tout et de rien, du Brésil et de la France, de notre voyage. Et on se frottera ainsi à l’accent local, fort mais élégant, à l’image de Salvador.

20151010T075724Vous parlera-t-on de notre escapade à Praia do Forte ? Oui ? Bon, rapidement alors. Parce que c’est quand même un lieu un peu indécent : des rues toutes proprettes, sans voiture, des hôtels de luxe, des plages très mignonnes mais pleines à craquer. Et puis, une association, Tamar, qui s’occupe de la protection des grandes tortues qui viennent déposer leurs œufs sur les plages brésiliennes. Leur centre est ouvert au public, qui vient par familles entières admirer ces monstres tranquilles. On jette un coup d’œil au menu des restaurants : c’est presque plus cher qu’à Paris… Où est le Brésil, dans tout ça ?…

Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.
Dans le camping Seu Daí de Capão. À droite, un chalet en forme de tour.

Il y a une chose qu’on entendra régulièrement à Salvador : «allez visiter la Chapada Diamantina !». Chapada Diamantina, c’est le nom de l’immense parc national situé dans l’État de Bahia. Vus les excellents souvenirs qu’on garde de l’autre Chapada brésilienne (la Chapada dos Veadeiros dans l’État de Goias), on ne prend pas ce conseil à la légère ! On ira donc y passer trois jours. Trois jours pour renouer avec l’exubérance de la Nature brésilienne, faite de paysages fantastiques, de végétation d’une rare densité et de lieux de baignade d’une beauté à couper le souffle.

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(Cliquer pour agrandir) Depuis le haut de la cascade Fumaça

Ce parc est tellement grand qu’il y a plusieurs portes d’entrée possibles. Sur les conseils d’une colocataire d’Alexandre, on ira s’installer à Capão. On s’installe dans un chalet minuscule très mignon et on se met en quête d’informations pour les promenades des jours suivants. Et là, on se heurte à quelques petites difficultés imprévues : les chemins sont difficiles d’accès pour les piétons que nous sommes, mal indiqués et les guides sont chers. Confiants dans notre bonne étoile, on décide de se passer de guide pour notre première randonnée : la Cachoeira da Fumaça. Il s’agit d’un petit cours d’eau qui se déverse dans le vide d’un canyon gigantesque. Rapidement, le cours d’eau est chahuté par le vent et atteint le sol sous la forme d’une fine bruine. On fait alors deux constats : le chemin est plutôt simple (on n’a presque jamais hésité) et il est tellement fréquenté qu’il est impossible de s’y perdre. Et pourtant, on a entendu plusieurs fois dans le bureau à l’entrée du parc qu’il était conseillé de prendre un guide pour ne pas se perdre… En redescendant, on prend en photo le plan de la Chapada. Photo qui suffira à réaliser la randonnée du lendemain sans aucun guide.

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Dans le Poço Angélica, avec Carine et Myl, deux brésiliens qu’on croisera plusieurs fois

Notre deuxième randonnée a un nom mystérieux : Purificação. Après avoir marché une heure dans la vallée du Capão, on entre dans le parc en suivant une petite rivière. Rapidement, on débarque dans un premier lieu merveilleux : le Poço Angélica. Il y coule une cascade au pied de laquelle s’est formé un petit lac, suffisamment large et profond pour y nager voluptueusement. On poursuit notre chemin le long de la rivière et on arrive au lieu dit Purificação. Cette fois-ci, c’est carrément un enchaînement de cascades qui nous attend, la dernière étant particulièrement magistrale avec ses 8 mètres de dénivelé, encadrée par deux immenses murs de pierre. Faute de temps et de courage, notre troisième promenade sera la même que la deuxième. Car ici, dans la chapada, les différentes promenades sont très éloignées les unes des autres et il faut parfois compter un temps de locomotion conséquent avant de pouvoir marcher. Ce qui explique que la plupart des visiteurs changent plusieurs fois de camping au cours de leur séjour… Nous, on était un peu trop bien installés dans notre petit chalet pour lui faire des infidélités 😉

Avant de prendre le bus pour notre dernière étape en Amérique du Sud, on repasse à Salvador, chez Alexandre, qui a fêté la veille son 31ème anniversaire. Les retrouvailles sont chaleureuses et on se prépare à quitter Bahia avec un peu de tristesse…

Denis

PS : Il y a un an nous visitions Rio de Janeiro !

References   [ + ]

1. «sans crevette, un acarajé, c’est pas marrant !» dixit Alexandre, notre hôte ici.
2. Il pleut ici à peu près autant qu’en Bretagne…

De Belém à São Luis : nos retrouvailles avec l’océan Atlantique !

Avec Daniel (au centre) et Adrien (à droite)

Après le périple amazonien, nous voilà de retour à Belém, ville que nous avions découverte l’an dernier, à notre arrivée au Brésil. L’hôtel où nous avions séjourné il y a un an étant complet, nous nous retrouvons pour deux jours à l’hôtel Fortaleza, non référencé dans les guides et surtout peu cher. Gilda, la propriétaire, une femme à la forte personnalité, nous parle avec colère de la politique de son pays et de l’état du Pará, de la condition féminine ici, au Brésil, et de ses rencontres…surtout avec des français ! Et des français, il y en a dans l’hôtel ! Notre dernier jour, nous le passerons à déambuler dans les rues très populaires du port, en compagnie de Daniel, un sexagénaire lillois installé au Brésil, de passage à Belém, et Adrien, un jeune marin, venant d’achever un tour du globe complet, en un peu plus de trois ans, avec sa compagne, Calypso, tous deux venant passer quelques jours à Algodoal, chez Jackie, un ami. Vous vous souvenez d’Algodoal ? Nous vous avions mis l’eau à la bouche en vous faisant découvrir cette île paradisiaque, lieu de vacances privilégié des brésiliens. Le hasard veut que chacun d’entre nous, sans nous connaître, nous ayons au moins une fois rencontré Jackie, un français installé sur cette île !

Noix du Pará, noix de cajou, etc.
Noix du Pará, noix de cajou, etc.

L’an dernier, Belém nous apparaissait une ville peu intéressante et morte ; pour cause, nous y séjournions lors d’un week-end férié. Cette fois-ci, la ville respire et nous en profitons enfin pour la découvrir vivante, pleine d’activités commerciales typiques liées à la pêche, à la récolte de fruits de la région et d’autres plus tournées vers l’ésotérisme. Comme à notre habitude, nous dégustons un plat du coin sur le marché. Ce sera du poisson. Et dès que Denis évoque une envie de découverte gastronomique, Daniel rebondit aussitôt pour nous emmener à l’endroit où il pourra être satisfait. Ainsi goûtons nous la noix du Pará et l’açai frais, qui est une préparation bien différente des éternelles glaces du même parfum. Daniel nous emmène aussi découvrir deux lieux emblématiques du port, le marché des gris-gris et autres potions et la boutique des herbes médicinales où l’on trouve des remèdes pour tout (cela va de la panne sexuelle au retour de l’être aimé, en passant par les rhumatismes, l’anémie et l’éloignement des mauvaises ondes), à base de produits comme la corne de buffle, d’herbes et de noix de la forêt amazonienne.

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Rue du Portugal à São Luís

Réconciliés avec la ville de Belém, nous quittons ces deux amis, pour aller passer deux jours à São Luis, dans l’état du Maranhão, sur la côte atlantique. La ville a été fondée par des français (d’où son nom, « Saint Louis ») mais n’est restée dans leur giron qu’à peine trois ans, récupérée ensuite par les portugais. Suite à une guerre entre hollandais et portugais, la ville sera détruite et totalement reconstruite par ces derniers. C’est pour cela que l’architecture est très typique du Portugal et que le centre historique, classé au Patrimoine culturel par l’UNESCO, présente un grand nombre de maisons avec des azulejos d’une grande variété de dessins et de couleurs.

Costume typique du Babum meu Boy
Costume typique du Babum meu Boy

En dehors de l’architecture, l’état du Maranhão est aussi connu pour ces carnavals, défilés en tous genres qui ont lieu d’avril à octobre ; le plus connu étant celui du « Bumba meu boi », une fête toute aussi païenne que chrétienne, qui fête la Saint Jean et l’arrivée de l’été avec sa cohorte de bonnes récoltes, de climat clément et d’abondance, et ce jusqu’à fin septembre. Le plus fort de ce carnaval a lieu tout le mois de juin. Par ailleurs, d’avril à octobre, résonnent régulièrement dans les rues des musiques afro-brésiliennes, accompagnées des odeurs des plats épicés vendus dans des petites échoppes de rue et de petits spectacles impromptus.

Nous apprenons aussi que le reggae est une musique au statut bien particulier dans la région. Évidemment, il est issue du reggae jamaïcain, arrivé dans les années 60, par le biais d’échanges d’albums vinyles qui venaient de la Guyane française. Maintenant, le style a évolué avec des influences de la musique brésilienne. Mais ce qui le distingue du reggae traditionnel c’est la manière qu’ont les brésiliens de le danser. Ici, il se danse en couple et non seul. À l’origine, les gens ne connaissant rien à cette musique au rythme différent des musiques afro-brésiliennes, ils profitaient de ces moments de musique un peu plus douce pour se chercher une conquête et ils ont adapté leur façon de danser à deux à ce nouveau tempo ; Ici donc, le reggae se danse chaloupé et très collé-serré.

Quartier São Francisco, vu depuis le centre historique
Quartier São Francisco, vu depuis le centre historique

Nous profitons aussi de ces deux jours ici pour retrouver l’océan Atlantique que nous avions quitté juste avant notre étape en Terre de Feu. À São Luis, il se fait séducteur, venant lécher des plages de sable fin où se prélassent les gens accablés par la chaleur. Nous passons notre dernière après-midi sur la plage de Calhau, à profiter des vagues de l’océan, à peindre un peu et à regarder passer les cargos de marchandises dans le lointain…

Sandrine

PS : Il y a un an, nous visitions Ouro Preto, dernière étape dans le Minas Gerais.

Descendre l’Amazone (2ème partie) : et nous revoilà au Brésil !

Revenir au Brésil, c'est renouer avec les bains de cascade !
Revenir au Brésil, c’est renouer avec les bains de cascade !

On a tous une liste (plus ou moins secrète) de choses qu’on aimerait faire au moins une fois au court de sa vie. Nous, en arrivant à Belém, on a rayé deux choses de cette liste : 1) descendre en bateau le plus grand fleuve du monde ; 2) prendre un bain de minuit dans une cascade au milieu de la jungle. Pour ce qui est du premier point, on aura tout de même totalisé 11 nuits sur l’Amazone pour y arriver, nuits réparties en 4 voyages de durées croissantes : 2 fois 2 nuits au Pérou, puis 3 nuits de la frontière brésilienne (Tabatinga) à Manaus et 4 nuits pour arriver à Belém. Pour la carte, voir notre précédent article.

L'exubérant théâtre de Manaus
L’exubérant théâtre de Manaus

À Manaus, on a beau se trouver en plein milieu de la forêt amazonienne, à 3 500 km de Brasília1)Capitale du Brésil, simple rappel, on y retrouve tout ce qui fait la saveur du Brésil ! À commencer par la chaleur brésilienne ! Faites-donc l’expérience d’ouvrir une carte en pleine rue ou dans un bus : votre voisin le plus près viendra certainement vous aider et vous fera un bout de conversation. Si vous lui dîtes que vous êtes français, vous verrez même ses yeux s’allumer : comme on avait pu le constater à São Paulo ou à Rio de Janeiro, la France a encore très bonne presse au Brésil.

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Churrasco avec Rafael et Mariana

Autre force du tourisme au Brésil : vous êtes facilement accueilli chez l’habitant. Nos hôtes, Rafael et Mariana, vivent dans un condominio2)Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien., dans une banlieue industrielle de la ville. Ils travaillent pour une des nombreuses multinationales venues profiter de la zone franche de Manaus. Avec eux, on retrouve tout le confort occidental et on se remet à cuisiner ! Dès le premier soir, ils nous emmènent manger en ville et découvrir un petit bar3)Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro. où l’on joue et danse une samba endiablée !

Le Palacete Provincial
Le Palacete Provincial

La ville déborde de trésors architecturaux datant de l’époque du caoutchouc, dont un prodigieux théâtre, d’inspiration française. Le marché est lui aussi particulièrement luxueux, ce qui est un peu étrange pour nous, qui avons été habitués à des marchés plus populaires, plus modestes. Là, c’est clairement un lieu touristique, ce qui ne nous empêche pas d’y aller plusieurs fois, notamment pour y acheter des bonbons à base de chocolat fourré de cupuaçu (un fruit local) ou de castanha do Pará (sorte de grosse noix). On visite aussi les différents musées hébergés dans le très distingué Palacete Provincial.

20150919T083616Après le caoutchouc, la ville est quasiment tombée en décadence. L’installation de la zone franche en 1967 a permis de relancer la machine économique. On n’ira pas poser les questions qui fâchent, du genre : la zone franche contribue-t-elle à la déforestation ? Et pourquoi, malgré cette intense activité économique, la ville possède-t-elle un IDH4)Indice de Développement Humain si bas ? Car ici, comme partout au Brésil, les inégalités sociales sautent aux yeux. Dans une même rue, on croise des SDF écroulés sur le sol, écrasés par la chaleur, des petits marchands ambulants et des brésiliennes vêtues à la dernière mode européenne, sortant des boutiques chics sur-climatisées.

Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira
Notre campement près de la cascade Cachoeira da Porteira

Nos hôtes nous conseillent d’aller passer quelques nuits dans la jungle. Et comme on n’est pas des aventuriers, ils nous recommandent une zone très aménagée, près de Presidente Figueiredo, une petite ville à 3 heures de route au nord de Manaus. Ils nous prêtent une tente et deux sacs de couchage et on complète notre baluchon avec quelques vivres, au cas où. Il s’avère que même en partant tôt, on a énormément de mal à atteindre le camping qu’ils nous ont recommandé : peu de transports en commun et le stop fonctionne mal. On arrive au camping à la nuit tombée et on découvre, stupéfaits, … qu’il est fermé ! À travers la grille, on hèle un homme en train de s’installer pour l’apéro et il nous apprend que le camping n’est pas ouvert le lundi. Bigre. Mais… mais, il va quand même demander à sa sœur (la propriétaire) si elle ne voudrait pas faire une exception pour nous. Conclusion, quelques minutes plus tard, on est reçus à bras ouverts dans un camping désert. «Si vous suivez le chemin, à un kilomètre, vous pourrez vous installer à deux pas de la cascade5)Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.». Qu’à cela ne tienne, on parcourt le sentier à peine éclairé par la Lune, et on débarque dans une zone bien aménagée (mais déserte) d’où l’on perçoit un glou-glou prometteur. La tente installée, on se précipite avec délice dans les eaux fraîches du cours d’eau voisin, magnifié par une cascade comme le Brésil sait les faire : généreuse, délicieuse, revitalisante.

L'une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo
L’une des cascades du Santuário, près de Presidente Figueiredo

Le lendemain, on visite une autre cascade 6)appelée Santuário, plus imposante mais plus fréquentée, où Sandrine prendra le temps de faire la désormais traditionnelle aquarelle de tête d’article. En rentrant au camping (toujours complètement vide), on s’installe une bonne heure avec nos hôtes pour parler géographie et histoire. Évidemment, la soirée se conclut de nouveau par un bain de rivière à la nuit tombante. Le paradis !

Quartier Punta Negra
Quartier Punta Negra

Le dernier jour de notre séjour à Manaus, toujours sur les conseils de Rafael et Mariana, on ira visiter la plage de Ponta Negra, et on sera surpris d’y découvrir un quartier encore plus bourgeois que le centre-ville, avec de hauts immeubles modernes, façon Copacabana7)Un des quartiers riches de Rio de Janeiro. Bon, sur la plage de Ponta Negra, vous vous doutez bien que rien ne pourrait m’empêcher de rentrer dans l’eau ! Même pas son aspect un peu obscur et son écume jaunâtre, qui rappelle vaguement le Coca-Cola. Mais elle est bien chaude et on y entre facilement. Je sèche rapidement au soleil, car ce jour-là il fait 37°C à l’ombre… Néanmoins, ça n’est pas encore là que je pourrais dire «je me suis baigné dans l’Amazone». Tout simplement parce que ce ne sont pas les eaux de l’Amazone qui baignent Manaus, mais celles du Rio Negro.

Encontro das Águas
Encontro das Águas (à gauche, l’Amazone, à droite, le Rio Negro)

Le Rio Negro, c’est le principal affluent de l’Amazone. Ses eaux sont acides et noires. Lorsque les deux rivières se rencontrent, leurs compositions chimiques sont si différentes qu’il faut plusieurs kilomètres de cohabitation avant que les deux cours d’eau ne se mélangent complètement. Du coup, à l’entrée de Manaus, on assiste à un phénomène très étrange : l’«encontro das aguas» : il y a bien une frontière très précise entre les deux rivières. On vous met une photo ci-jointe pour que vous compreniez. On passera cette ligne de démarcation sur le bateau qui nous emmène à Manaus, en provenance de la frontière.

Église de Leticia, l'une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie
Église de Leticia, l’une des ville de la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie

Tiens, je constate qu’on ne vous a pas dit grand-chose de la frontière brésilienne. Pourtant, on y a passé plusieurs jours, à attendre le départ de notre bateau. On n’y aura pas été inactifs, vous vous en doutez. Et comme cette frontière avec le Pérou est aussi partagée avec la Colombie, on ira y passer une journée ! En réalité, il s’agit d’une seule et même ville : Tabatinga du côté brésilien, avec ses rues bruyantes et enfumées par les churrascos (barbecues), et Leticia du côté colombien, petite ville coquette, avec une jolie rue centrale, encadrée de parcs très verts. Ça nous donne évidemment très envie d’en voir plus mais notre budget nous l’interdit. Snif…

Partage d'un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus
Partage d’un maté sur le bateau entre Tabatinga et Manaus

Nos deux voyages sur l’Amazone côté brésilien nous auront permis de faire pas mal de rencontres ! De Tabatinga à Manaus, nos voisines sont uruguayennes, Victoria et Augustina. On leur montre notre magnifique maté8)Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté. acheté à Montevideo et quand elles apprennent qu’on trimbale avec nous de la yerba maté9)C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão, elles sautent de joie ! Du coup, chaque jour, à l’heure du thé, on s’assoit en cercle autour du maté et on refait le monde avec d’autres voyageurs (dont un couple d’allemands et une autre uruguayenne). Entre Manaus et Belém, nos voisins, Laura et Idnane, sont français et ce seront de charmants partenaires de jeux de cartes (dont la belote et la crapette, si vous voulez tout savoir).

Ambiance coucher de soleil sur l'Amazone
Ambiance coucher de soleil sur l’Amazone

Bref, s’il me fallait résumer tout ça, je dirai que ces premiers jours de notre retour au Brésil sont à la hauteur du souvenir qu’on avait de ce pays merveilleux !

Denis

PS : Il y a un an, nous quittions nos amis agro-écologistes du Minas Gerais, après deux semaines géniales de volontariat chez Éric et Marco !

References   [ + ]

1. Capitale du Brésil, simple rappel
2. Sorte de cité aux immeubles tous identiques, avec gardiens, jeux pour les enfants, piscine, barbecues et petit supermarché. Ça aussi, c’est typiquement brésilien.
3. Si vous le cherchez, il s’appelle Caldeiro.
4. Indice de Développement Humain
5. Qui s’appelle Cachoeira da Porteira.
6. appelée Santuário
7. Un des quartiers riches de Rio de Janeiro
8. Sorte de petit verre en calebasse servant à boire la boisson aussi appelée maté.
9. C’est le nom vulgaire de la plante qu’on infuse pour préparer un maté. À noter, au Brésil, le maté s’appelle chimarrão

Descendre l’Amazone (1ère partie) : Iquitos, dernière étape péruvienne

Lieu de confluence en ter l'Amazone et le rio Nanay
Lieu de confluence entre l’Amazone et le rio Nanay

Pour nous, le Pérou, c’est un peu une histoire d’eau ; nous y sommes entrés par le lac Titicaca, nous avons fréquenté l’océan Pacifique et nous sortons du pays par le fleuve Amazone. Ce dernier porte le nom de la tribu de femmes guerrières de la mythologie grecque alors qu’habituellement, les fleuves ont le nom de l’explorateur qui les découvre. En effet, Francisco de Orellana, colonel de Pizarro, a dû battre en retraite lors de sa première expédition sur ce fleuve, suite à une attaque par une tribu de femmes guerrières. Pour l’anecdote, ces dernières n’ont par la suite jamais été retrouvées. Il s’agit  du fleuve le plus long du monde, avec un peu plus de 7 000 kms, et par endroit, il atteint 40 kms de large, à la saison des pluies !

Les différentes étapes de notre voyage sur l'Amazone
Les différentes étapes de notre voyage sur l’Amazone – Cliquez pour agrandir

Nous quittons la ville de Chachapoyas pour rejoindre Yurimaguas afin d’y prendre un bateau, direction Iquitos. Entre les deux premières villes, nous faisons un trajet de onze heures de minibus, à travers les contreforts verdoyants de la Cordillère péruvienne, pour arriver sur les rives du fleuve Huallaga, affluent de l’Amazone. À Yurimaguas, je découvre avec stupeur que ma carte bleue a également été clonée et que des malfrats essaient de s’en servir (sans succès car la copie devait comporter des erreurs, ouf !)1)N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain..

Séance lecture studieuse
Séance lecture studieuse

Nous restons une seule nuit à Yurimaguas, le temps de trouver un bateau et l’équipement nécessaire au voyage qui dure deux jours. Après avoir fait le plein d’eau et installer nos hamacs, nous voilà partis, lentement, au rythme de l’eau, pour rejoindre Iquitos, la ville du caoutchouc. Nous sommes installés au niveau inférieur, avec les locaux. En haut, c’est presque vide : c’est là que sont les cabines2)de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés. et un petit espace pour des hamacs, uniquement occupé par des gringos. Les activités à bord sont celles que l’on choisit. Pour nous, c’est lecture, musique, apprentissage et révision du portugais du Brésil, sieste, photos et crapette3)sorte de réussite qui se joue à deux. Au hasard des escales dans certains ports, des vendeurs ambulants nous font découvrir de nouvelles spécialités culinaires et des nouveaux fruits, comme l’aguaje4)fruit du palmier-bâche, un fruit acide qu’il faut peler longuement et sur lequel il y a finalement peu de chair. Le bord du fleuve va en s’élargissant au fur et à mesure du trajet mais les rives se ressemblent ; pure forêt amazonienne et villages parsemés. Comme nous l’avions déjà constaté lors d’une étape similaire au Brésil, il y a un an, les levers et couchers de soleil sont magiques !

Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !
Chargement d’œufs qui ne seront plus très frais arrivés à Iquitos !

Je sais, descendre l’Amazone, d’aucuns diraient qu’il n’y a rien de plus facile ; nous voguons dans le sens du courant. Quand bien même, il y a les avaries possibles, le niveau d’eau insuffisant du fleuve dans certains endroits pour la saison, le risque des bestioles pour les européens à peau blanche et fragile que nous sommes, il y a l’hygiène à bord qui est très relative, il y a les nuits sans sommeil si on n’a pas l’habitude de dormir en hamac, avec des voisins bruyants, et il y a l’ennui. Bref, c’est quand même un peu l’aventure.

Place des Armes, Iquitos
Place des Armes, Iquitos

Après deux jours de bateau, on est contents d’arriver à Iquitos pour quatre jours à terre. Cette ville a connu un essor fulgurant à la fin du 19ème siècle, pendant trente ans, grâce à l’extraction du caoutchouc du chiringa (ou hévéa). Nous visitons l’un des premiers bateaux à vapeur qui chargeait le caoutchouc, le Ayapua, devenu musée aujourd’hui. De ce fait, la ville possède quelques demeures coloniales plus ou moins bien conservées et très souvent converties en boutiques ! Dès les années 1910, la production chute car le caoutchouc vient maintenant d’Asie et coûte beaucoup moins cher. La ville d’Iquitos connaît alors un déclin économique qu’elle contrebalancera par la suite avec le pétrole et plus récemment par le tourisme d’aventure.

Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana
Promenade guidée dans la Réserve Allpahuayo Mishana

Une fois fait le tour de la ville, on nous indique une réserve où aller se promener et divers centres de protection d’animaux en voie de disparition. Lors d’une journée particulièrement chaude, on ira se balader dans une partie de la forêt tropicale, réservée à la conservation des espèces, la Réserve Nationale Allpahuayo Mishana. Sans vergogne5)on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha, sans crème solaire, sans nourriture, avec un seul litre d’eau et en sandales (!), on se rend compte une fois sur place qu’on n’est pas bien préparés pour ces chemins humides, aux insectes étranges, par endroit éclairés d’un soleil qui nous cuit sur place. Une bonne heure et demie de promenade guidée aura raison de nous. Même à l’abri d’arbres centenaires, immenses et aux racines parfois étonnantes, la moiteur de l’air est étouffante. Toutefois, nous aurons rencontré des espèces médicinales rares, comme les arbustes « Pie de vache » et Camu-camu. On goûtera le fruit de ce dernier en jus bien frais, le lendemain, sur le marché. Plus loin, nous visitons un centre de protection des manatís, gros mammifères marins en voie de disparition, pouvant atteindre 3 mètres de long, chassés ou simplement tués par ceux qui les croisent dans les cours d’eau de l’Amazonie. En fait, ce sont des herbivores très dociles et tranquilles qui se laissent caresser et qui visiblement souffrent d’être tant méconnus.

Mes amis les papillons !
Mes amis les papillons !

Le lendemain, on visite aussi un autre centre de conservation d’espèces aquatiques comme le piraña, le paiche ou le caïman. Nous passerons surtout un merveilleux moment en compagnie de papillons, protégés par une famille qui gère la réserve Pilpintuwasi, pour les élever et les relâcher dans leur milieu naturel. On nous explique toutes les étapes de leur vie. Pendant les quelques heures qui suivent la sortie du cocon, les papillons restent immobiles car ils font sécher leurs ailes, instants qui permettent de les approcher, de les cueillir et de les déposer là où l’on veut 6)oreilles, cheveux, vêtements…. J’ai littéralement été troublée par cette rencontre, à en avoir de doux frissons. À la fin, nous libérons chacun un papillon, un rituel qui satisfait aux exigences écologistes des voyageurs qui passent par là. Lors de ces diverses visites, nous traversons de jolis petits villages tout tranquilles, aux petites rues étroites, où la vie semble s’écouler tout doucement. Les maisons en bois sont ici sur pilotis et leurs toits recouverts de grandes feuilles séchées du palmier-bâche7)arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore..

Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier
Le juane, riz cuisiné dans une feuille de bananier

Encore une fois, c’est sur les marchés et leurs comedores que l’on passe du temps. Dans cette partie du Pérou, la gastronomie change de nouveau. Ici, ce sont les poissons d’eau douce qui font l’honneur des grils. On goûte plusieurs plats typiques, du sábalo grillé (un poisson du coin), du chorizo et du tacacho (sorte de purée de bananes cuite dans sa feuille et servie en boule).

 

Lever de soleil à bord du Victor Manuel
Lever de soleil à bord du Victor Manuel

Après ce dernier séjour péruvien, nous quittons une nouvelle fois la terre ferme pour un voyage de quasi deux jours en bateau jusqu’à Tabatinga, ville brésilienne située à la triple frontière8)Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie. Cette fois-ci, le bateau, le Victor Manuel, a une mine un peu défraîchie mais il a le mérite d’avoir un capitaine, un pilote et un personnel efficace et compétent. Cette deuxième étape nous vaut encore des paysages luxuriants et verdoyants et une rencontre rare et furtive avec des dauphins roses, au coucher du soleil.

 

Maison typique sur les rives de l'Amazone
Maison typique sur les rives de l’Amazone

Finalement, après deux mois et un jour, que retenons-nous du Pérou ? D’abord, c’est réellement, à l’égal de la France, le pays de la gastronomie. Elle y est riche et très variée, du fait de la diversité des climats et régions. Ensuite et bien que nous n’ayons été hébergés que par peu de personnes ici, à chaque fois, les rencontres ont été sympathiques, riches en émotions et fortes en souvenir. En quittant le sol péruvien, nous nous remémorons deux étapes importantes dans notre voyage : le Bosque Berlin et sa forte volonté de sauvegarde des espèces et surtout Victoria et Jimmy aux cœurs d’or, d’Ayacucho.

Sandrine

PS : Il y a un an, on rencontrait Elis, à Belo Horizonte, dans l’état du Minas Gerais !

References   [ + ]

1. N’ayant pas utilisé ma carte depuis plus d’un an, nous savons maintenant où a lieu le trafic ; il s’agit d’un ou plusieurs distributeurs de la Banque de la Nation de Chachapoyas, dans la rue Ayacucho, seul distributeur que j’ai utilisé depuis que celle de Denis est bloquée ! Nous décidons donc de contacter les autorités rencontrées précédemment pour les en informer…en vain.
2. de confort relatif, car exiguës, sans ventilateur ni air conditionné et assez chères. Elles sont occupées par les gringos et les péruviens aisés.
3. sorte de réussite qui se joue à deux
4. fruit du palmier-bâche
5. on aime bien utiliser cette expression car on l’emploie souvent en espagnol –  sin vergüenza – et en portugais – sem vergonha
6. oreilles, cheveux, vêtements…
7. arbre utilisé entièrement, de ces fruits jusqu’à la fibre, pour la construction, la fabrication d’objets en tout genre et bien plus encore.
8. Tabatinga au Brésil, Santa Rosa au Pérou et Leticia en Colombie

Dans les vertes vallées des Chachapoyas

2015-09-01T11-42-28Ça fait une heure qu’on est assis là, sur la place du petit village de Chocta, à attendre qu’une mobilidad1)C’est comme ça qu’on appelle les transports collectifs icipasse et veuille bien nous ramener à Luya. Luya, où nous devrons prendre un autre transport pour revenir à Chachapoyas où on a établi nos quartiers. Autant dire qu’on est ici au fin fond du Pérou. Derrière nous, une petite feria bat son plein. C’est d’ailleurs là qu’on a déjeuné – du riz, des haricots rouges et du chou cru, ce qui nous donne l’impression d’être revenus au Brésil. Tout autour de nous, les habitants portent de grands ponchos. N’allez pas croire que ce soit si courant que ça : que ce soit au Pérou ou en Bolivie, ce sont surtout les touristes qui portent ce genre de vêtements ! Je me tourne vers Sandrine ; elle a tellement froid que ses lèvres ont pris une teinte violette. On n’est décidément pas assez couverts. Il faut dire qu’on ne s’était pas renseignés sur l’altitude de notre destination, qui dépasse les 3000 m. Et qui dit altitude… dit froid. Même en pleine zone tropicale.

Sarcophages chachapoyas
Sarcophages chachapoyas

Vous me direz : qu’est-ce que vous aviez besoin d’aller vous perdre là-bas ? Eh bien, on est allé voir les fameux sarcophages de Karajía, à flanc de montagne, laissés là il y a environ 600 ans par les Chachapoyas. On les trouve pris en photos dans toutes les vitrines de la ville de Chachapoyas et dans notre hôtel notre porte-clés et notre lampe de chevet sont à leur effigie. Alors on s’est dit : tiens ! et si on allait les voir en vrai. Et maintenant que c’est fait, on comprend que peu de gens le fassent… C’est très isolé, mal documenté et le voyage du retour est incertain. D’ailleurs, on se demande où on va pouvoir dormir si aucune mobilidad ne passe. Lorsqu’enfin on nous prend, notre soulagement est immense ! La voiture s’arrête dans un village un peu plus loin, Cruz-Pata, pour y déposer quelqu’un. Une jeune fille frappe à ma vitre, j’ouvre, elle me donne une fleur et s’en va. Confondante gentillesse si typiquement péruvienne !

Rue Amazonas, dans Chachapoyas
Rue Amazonas, dans Chachapoyas

Gentillesse qui contraste avec un incident bien moins poétique qui vient de nous arriver : je me suis fait cloner ma carte bleue ! Je le découvre en consultant mon compte en banque, au retour de la semaine que nous avons passée au Bosque Berlín : mon compte courant est à sec et je note que deux retraits ont été effectués depuis le Costa-Rica. Ce genre d’incident aurait pu aussi m’arriver en France, certes, mais en voyage, ça complique tout : comment se faire envoyer une nouvelle carte-bleue quand on change de ville toutes les semaines ? On se console en allant se boire un Pisco Sour2)Cocktail à base de Pisco et de jus de citron dans un joli bar donnant sur la Calle Amazonas, sympathique rue piétonne du centre-ville.

Plaza de la Independancia
Plaza de la Independancia

La ville de Chachapoyas en elle-même n’est pas dépourvue de charme, d’ailleurs, avec ses beaux murs blancs et ses balcons. Comme d’habitude, on entre partout où on le peut, visitant les casas coloniales, le marché et les petites places où règnent une ambiance très détendue. Même les taxis se font discrets ici, c’est dire ! Cela dit, les touristes qui s’arrêtent là viennent plutôt pour le Kuélap, imposante forteresse de la culture Chachapoyas et pour la chute d’eau de Gocta, qui est l’une des plus hautes du monde.

Kuelap, forteresse chachapoyas
Kuelap, forteresse chachapoyas

Pour Kuélap, on opte pour la solution de facilité et on passe par le tour operator lié à notre hôtel. Y aller par ses propres moyens est très complexe et on a déjà été échaudés par les sarcophages de Karajía… Par chance, on tombe sur un groupe très sympathique. Notre guide vient de Puno3)Notre première étape péruvienne ! et parle de son pays avec compétence. Il évoque notamment la dualité problématique de l’identité péruvienne : ni complètement indigène, ni complètement occidentale. Il y a aussi un couple de français baroudeurs, Nat et Nico4)voir leur blog ici : natetnico.over-blog.com et un italien qui a fait du wwoofing dans le Minas Gerais5)Mais si, souvenez-vous, c’est un état brésilien proche de Rio de Janeiro, où on a jardiné pendant deux semaines avec une bande d’étudiants en agro-écologie. – forcément, ça crée des liens ! La forteresse du Kuélap vaut vraiment le détour : c’est un site archéologique immense, garni de petites maisons rondes et possédant un temple évasé très énigmatique. Ajoutons que la vue sur les vallées alentours est spectaculaire, même par temps couvert.

Sur le chemin vers la cascade
Sur le chemin vers la cascade

Notre dernière sortie sera pour aller voir la fameuse cascade de Gocta. Cette fois-ci, le soleil daigne se montrer, mais… seulement sur le chemin du retour, le bougre ! On immortalise cette promenade en prenant de nombreux clichés : quelque chose nous dit qu’il s’agit là de notre dernière excursion dans la Cordillère des Andes.

En chemin vers la cascade de Gocta
En chemin vers la cascade de Gocta

 

Parce que oui, à partir de la prochaine étape, on entame le chemin du retour. Cela dit, ne vous attendez pas à nous voir à votre porte demain : on va prendre encore pour plus de 50 jours rien que pour quitter le continent ! Et ça inclut un retour (fracassant) au Brésil en passant par l’Amazone ! Bref, on n’a pas dit notre dernier mot !

 

Denis

PS : Il y a un an, on se baignait dans les cascades du Goias.

References   [ + ]

1. C’est comme ça qu’on appelle les transports collectifs ici
2. Cocktail à base de Pisco et de jus de citron
3. Notre première étape péruvienne !
4. voir leur blog ici : natetnico.over-blog.com
5. Mais si, souvenez-vous, c’est un état brésilien proche de Rio de Janeiro, où on a jardiné pendant deux semaines avec une bande d’étudiants en agro-écologie.